Manara, Newsletter du Maghreb

Manara
AOUT/SEPTEMBRE 2011

À Propos  l   Actualités de la Banque mondiale  l   Actualités des bureaux du Maghreb

FOCUS :
 Une étude pour évaluer les perspectives de l’eau dans la région MENA

Eau
La pénurie d'eau constitue un défi majeur dans de nombreuses régions du monde, affecte la qualité de vie, l'environnement, l'industrie et pèse lourdement sur les économies des pays en développement. De toutes les régions du monde, la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord est considérée comme celle affichant une des situations de stress hydrique les plus graves. Lire 
 

INTERVIEWS / ARTICLES
> Pour un secteur agricole plus performant en Algérie
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> Un prêt de politique de développement pour appuyer la transition en Tunisie
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> Un prêt pour mettre à niveau le transport urbain dans les métropoles marocaines Lire
> Projet d’amélioration de l’accessibilité des personnes à mobilité réduite Lire
> Les portefeuilles des changements climatiques quantifiés au Maroc Lire 

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À PROPOS

Manara, le phare en arabe, est la newsletter bimestrielle de la Banque mondiale pour la région Maghreb. Elle est réalisée par les équipes en place dans les bureaux de Rabat, Alger et Tunis et a pour objet d’informer le public sur les principales activités de la Banque mondiale dans les pays du Maghreb.

ACTUALITÉS DE LA BANQUE MONDIALE

Rapport sur le secteur financier dans la région MENA
La Banque mondiale est en phase d’achèvement d’une analyse approfondie sur le secteur financier de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord dont les principales conclusions et recommandations figurent dans le rapport intitulé: “Secteur financier de la région MENA: Accès et stabilité financière, une feuille de route” qui sera rendu public en septembre 2011. Le rapport permettra d’offrir aux décideurs et aux bailleurs de fonds une plateforme d’analyse et d’intervention pour permettre au secteur privé dans la région MENA de jouer pleinement son rôle de levier de croissance.

Aide d’urgence de la Banque mondiale à la Corne de l’Afrique
Quelques jours avant le sommet international d’urgence sur la crise de la famine sévissant dans la Corne de l’Afrique, la Banque mondiale a annoncé le 25 juillet son intention de fournir plus de 500 millions de dollars pour aider les victimes de la sécheresse, en plus des 12 millions de dollars en aide immédiate pour les personnes les plus durement touchées par la crise.

Appui renforcé de la Banque mondiale aux pays en développement
Durant l’exercice écoulé, l’appui du Groupe de la Banque mondiale aux pays en développement s’est chiffré à 57,4 milliards de dollars, ce qui représente un niveau d’engagements supérieur à ceux d’avant-crise. Au total, l’effort qu’il a consenti depuis le déclenchement de la crise financière, en 2008, s’élève aujourd’hui à 189 milliards de dollars. À ce sujet, le Président de la Banque mondiale a declaré que « La Banque mondiale concentre son action dans les domaines où elle peut fournir le plus de valeur ajoutée, que ce soit en ciblant les populations pauvres et vulnérables, en créant des opportunités de croissance, en s’efforçant de promouvoir une action collective mondiale, en renforçant les structures de gouvernance, ou en assurant la gestion des risques et la préparation aux crises. »

MIGA appuie les investissements dans la région MENA
L’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) relevant du Groupe de la Banque mondiale a annoncé son intention de débloquer une enveloppe d’un milliard de dollars de capacité d’assurance pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord afin de retenir et d’encourager l’investissement direct étranger dans la région. L’assurance-risque politique de la MIGA constitue un instrument de gestion important des risques non commerciaux, notamment à un moment où la région MENA a plus que jamais besoin d’investissements capables de créer de l’emploi et de relancer la croissance.

La Banque mondiale lance un nouvel instrument pour limiter les effets de la volatilité des prix
Le Groupe de la Banque mondiale a lancé un nouveau produit de gestion de risques qui permettra de dégager dans un premier temps jusqu’à 4 milliards de dollars pour aider à protéger les agriculteurs, les producteurs de denrées alimentaires et les consommateurs contre la volatilité des prix dans les pays en développement. Ce nouveau produit, dénommé « Mécanisme de gestion des risques associés aux prix des produits agricoles » (APRM), sera lancé dans un premier temps par la Société Financière Internationale (SFI) relevant du Groupe de la Banque mondiale et travaillant dans le secteur privé, et par la banque d’investissement J.P. Morgan.

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ACTUALITÉS DES BUREAUX DU MAGHREB

Un Prêt de politique de développement pour appuyer la transition en Tunisie
Le Conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé en juin le Prêt de politique de développement qui permettra de débloquer 500 millions de dollars pour appuyer les efforts du gouvernement intérimaire en vue de renforcer la gouvernance et la transparence dans le but de relancer la croissance économique et générer des opportunités pour le peuple tunisien. A ce sujet, le Président de la Banque mondiale a indiqué : « Nous nous félicitons tout particulièrement de pouvoir répondre à la demande de la Tunisie en ce moment critique et de soutenir le pays qui est engagé sur la voie de la démocratie et de la gouvernance renforcée ».

3ème édition du Forum Africain du Carbone à Marrakech
La Banque mondiale a co-organisé du 4 au 6 juillet à Marrakech la 3ème édition du Forum Africain du Carbone qui a rassemblé des représentants de plus d’une cinquantaine d’Etats africains, dont l’Algérie, le Maroc et la Tunisie et d’organisations internationales oeuvrant dans la préservation de l’environnement et l’adaptation aux changements climatiques. Cette édition a coïncidé avec le 10ème anniversaire des Accords de Marrakech qui avaient lancé le Mécanisme de Développement Propre (MDP) s’inscrivant dans le cadre du Protocole de Kyoto. Le forum était l’occasion d’examiner les défis liés aux changements climatiques et à l’évolution du marché international du carbone ainsi que d’évaluer la mise en oeuvre du MDP dans les pays d’Afrique, sachant que le continent africain représente moins de 2% des 2000 projets lancés jusqu’à présent dans le cadre du MDP.

Un atelier sur le dessalement de l’eau de mer organisé à Alger
Un atelier s’est tenu le 28 juin dernier à Alger dans le cadre de la présentation des résultats d’une étude menée par la Banque mondiale sur les perspectives de l’eau dans la région MENA à l’horizon 2050. L’atelier s’est intéressé aux différentes options disponibles en matière d'approvisionnement et de gestion de la demande en eau, avec un accent particulier sur les techniques de dessalement utilisant les énergies renouvelables. L’atelier s’est tenu en présence de représentants du ministère algérien de l’Energie et du ministère des Ressources en eau. (Plus d’informations sur cette étude dans la rubrique “Focus”)

Un prêt de 50 millions de dollars pour appuyer les PME tunisiennes
Dans le cadre des opérations menées en coordination entre le gouvernement intérimaire tunisien et le groupe de la Banque mondiale pour relancer la croissance, un prêt de 50 millions de dollars a été alloué par le nouveau dispositif d’appui aux Micro, petites et moyennes entreprises (MPME) destiné à la région MENA, en vue d’appuyer l’accès au financement pour les PME tunisiennes. La Tunisie est le premier pays de la région MENA à bénéficier d’un prêt de la part de ce nouveau dispositive qui s’associera à d’autres bailleurs de fonds pour faire des PME de la région un moteur de croissance économique.

Programme national d'extension des services d'eau et d'assainissement aux populations défavorisées
Un atelier de restitution des résultats de l'étude de finalisation menée par la Banque mondiale, du programme national d'extension des services d'eau potable et d'assainissement aux populations défavorisées périurbaines s’est tenu le 23 juin 2011 à Rabat. Cet atelier a rassemblé des représentants des départements ministériels concernés et de la Banque mondiale. L’atelier s'est accordé sur les prochaines étapes de validation du programme national cité ci-dessus.

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INTERVIEWS/ARTICLES

Pour un secteur agricole plus performant en Algérie

De plus en plus tournée vers la performance et la productivité, l’agriculture algérienne souhaite se transformer en pôle de création de richesse et en plateforme alimentant le développement du secteur agro-industriel national mais aussi le marché international. Le gouvernement algérien souhaite pleinement s’inscrire dans cette dynamique et pour atteindre cet objectif, il a déployé une série de stratégies et de projets au cours des dernières années pour faire du secteur agricole un levier de développement pour l’économie algérienne. Dans le cadre de l’Assistance Technique Remboursable établie avec la Banque mondiale, le gouvernement algérien a fait appel à la Banque pour l’assister dans une série de chantiers ayant pour objet de moderniser le secteur et de créer des filières de production compétitives. Le dernier projet en date concerne l’appui de la Banque en matière de développement d’un système de statistiques performant pour le secteur agricole.

Pierre RondotInterview avec Pierre Rondot, Chef du projet du Fonds fiduciaire pour le développement des statistiques agricoles en Algérie, nous en expose les grandes lignes.

Q- Quels sont le contexte et les perspectives de coopération entre la Banque mondiale et le gouvernement algérien dans le domaine agricole?

La coopération entre la Banque mondiale et le gouvernement algérien dans le domaine agricole remonte à plusieurs années. Depuis la mise en place cette année du nouveau partenariat avec l’Algérie qui s’inscrit dans le cadre d’une Assistance Technique Remboursable, le gouvernement algérien a demandé à la Banque de préparer avec le ministère de l’Agriculture et du développement rural des programmes d’assistance technique remboursable dans le secteur agricole. Dans ce cadre, trois programmes ont déjà été approuvés par le gouvernement algérien. Le premier concerne un appui à la mise en œuvre du Programme de Renouveau Rural, tandis que le deuxième se rapporte à un soutien à la création de pôles agro-industriels afin d’assurer une meilleure intégration des fermes d’Etat dans les filières alimentaires.

Enfin, le troisième programme d’Assistance technique remboursable concerne la mise en place d’un système d’information pour le secteur agricole. Pour ce projet, nous avons déjà commencé à recenser les bases de données disponibles en vue de mettre au point un système d’information intégré qui rassemblera et actualisera l’ensemble de ces bases de données en s’appuyant sur des statistiques agricoles mises à jour.

L’appui à la mise en place d’un système de statistiques agricole performant fait l’objet d’un don de 367.150 dollars financé par le Trust Fund for Statistical Capacity building III (Fonds fiduciaire pour le renforcement des capacités en matière de statistiques III). La mise en œuvre du don a démarré au mois d’avril de cette année et devrait se poursuivre jusqu’à fin 2012. Ce projet d’appui au département des statistiques au sein du ministère de l’Agriculture et du développement rural vise à aider à élaborer une stratégie des statistiques agricoles en Algérie. Cette stratégie s’appuiera sur la mise à jour de tous les systèmes d’information dont le ministère dispose et s’intéressera non seulement aux données récoltées au niveau des exploitations mais aussi au niveau des filières en amont et en aval des exploitations. Cette opération sera encadrée par la Banque mondiale et la FAO qui travailleront également au renforcement des capacités au sein du ministère pour mettre au point des statistiques reflétant fidèlement la réalité de la conjoncture agricole algérienne.

Je tiens à souligner l’excellence de la collaboration entre la Banque mondiale et le gouvernement algérien, en particulier dans le secteur agricole. En plus de ces programmes d’Assistance technique remboursable, le gouvernement a sollicité la Banque pour travailler également sur le domaine du foncier agricole, mais aussi le crédit agricole, la réforme du secteur coopératif ou encore la gestion et prévention des risques agricoles et des catastrophes naturelles.

L’Algérie s’apprête d’ailleurs à lancer un nouveau recensement général de l’agriculture et cet appui technique tombe à point nommé. La Banque mondiale envisage de travailler en coordination avec la FAO pour fournir l’encadrement et l’appui technique nécessaires pour la réalisation de ce recensement.

Par ailleurs, l’Algérie a l’ambition de faire de son secteur agricole le moteur de développement de son économie locale et nationale, en produisant les produits de base pour alimenter la diversification de son économie et le développement de son système agro-alimentaire national mais aussi pour tourner ces produits vers l’exportation.

Dans ce cadre, le ministère de l’Agriculture souhaite promouvoir les partenariats public-privé dans le secteur afin de mieux répondre aux exigences du marché et des industriels et de prendre en considération les moyens et les ressources des exploitants. Un chantier prometteur et ambitieux que la Banque mondiale s’engage à accompagner afin de faire du secteur agricole un pôle de croissance pour l’économie algérienne.

Q- Quel sera l’impact d’un outil statistique performant sur la gestion du secteur agricole en Algérie?

Il est indispensable de mettre à niveau les données statistiques que le gouvernement collecte pour disposer de l’ensemble des données pertinentes du secteur, tells que les intrants ou les données liées à la post-récolte, au stockage, à la logistique, au contrôle de qualité ou aux certifications. Un système statistique performant permettra non seulement au gouvernement de mieux piloter sa politique dans le secteur agricole mais aussi de mieux assurer l’intégration de l’agriculture dans les filières de production.

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Un prêt de politique de développement pour appuyer la transition en Tunisie

En vue d’appuyer la transition et les réformes entreprises dans la nouvelle Tunisie, le Conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé mardi 21 juin un Prêt de politique de développement (PPD) de 500 millions de dollars qui aura pour objet de soutenir les efforts du gouvernement provisoire tunisien en matière de gouvernance et d’accroissement des opportunités économiques.

MurrayInterview avec Eileen Murray, Représentante résidente au bureau de la Banque mondiale en Tunisie.

Q- Depuis le début de la révolution du jasmin, la Banque mondiale a déployé son appui au profit de la transition tunisienne en coordination étroite avec le gouvernement intérimaire et conformément aux aspirations du peuple tunisien. Pouvez-vous nous évoquer le travail accompli ces derniers mois et le contexte de ce PPD?

Le gouvernement intérimaire a entrepris un travail remarquable dans la mise en oeuvre de réformes concrètes dans le secteur de la gouvernance et du développement social pour répondre rapidement et dans la mesure du possible aux aspirations du peuple tunisien. L'accent a été mis sur la création d'un cadre propice pour les affaires ainsi que sur des améliorations au niveau du secteur financier afin de mettre en place un cadre favorable pour la croissance du secteur privé et la création d'emplois durables. Par ailleurs, le gouvernement a entrepris des programmes ambitieux pour les chômeurs non-diplômés afin que ceux-ci puissent s’insérer dans le marché de l’emploi pendant cette période de transition.

Q- Quels sont les principaux aspects que le PPD traitera et dans quelle mesure auront-ils un impact sur les politiques de l’Etat?

Le premier axe autour duquel s’article le PPD concerne la gouvernance dans lequel plusieurs actions ont déjà été menées, notamment la révision du cadre réglementaire pour permettre au public d'accéder aux informations d'entités publiques, l’amendement de la “Charte des noms de domaines" afin de simplifier les procédures d'enregistrement des sites Internet, la modification du cadre réglementaire pour améliorer la transparence et écourter le temps requis pour l'attribution des marchés publics ou encore la simplification des procédures administratives et bureaucratiques pour l'obtention de permis et autres documents nécessaires dans le cadre des affaires.

Le PPD travaille également sur les aspects liés à l'emploi et au développement régional. Dans ce sens, le cadre réglementaire du Fonds National de l'Emploi a été officiellement établi, préconisant le transfert de sa gestion au Ministère de l'Emploi et un programme pour insérer les diplômés-chômeurs et les chômeurs non-diplômés dans le marché de l’emploi a été mis en oeuvre.

Des actions seront également lancées dans le domaine financier et social, notamment la révision du cadre réglementaire régissant la gouvernance des Banques et la révision des critères de sélection des hauts dirigeants et des membres des conseils d'administration. Pour ce qui est des secteurs sociaux, le PPD prévoit l'établissement d'un mécanisme régulier de suivi-évaluation qui permet aux citoyens de mesurer la performance de services sociaux-clés et la mise en place d’une politique de sensibilisation pour assurer l'accès aux services de santé dans les gouvernorats les plus démunis.
En faisant face à ces défis, le secteur privé bénéficiera d'un environnement plus propice à une croissance accélérée qui génèrera des emplois. Ces mesures permettront aussi le développement d'une société civile encore plus dynamique qui jouera un rôle dans le suivi des affaires de l'Etat.

MarottaNuciforaDaniela Marotta et Antonio Nucifora, chargés du PPD, répondent à nos questions ci-dessous.

Q- La gouvernance représente l’une des principales composantes de ce PPD. De quelle façon les principes de la bonne gouvernance et de la transparence vont-ils se déployer dans le projet du PPD?

La révolution de janvier 2011 a non seulement révélé la réalité de manque d’emploi et d’opportunités économiques dans le pays, mais également une profonde frustration de la jeunesse tunisienne en ce qui concerne leur exclusion de la gestion des affaires publiques. Ainsi, dans chacun des quatre axes du PPD, notre équipe a travaillé étroitement avec le gouvernement intérimaire pour identifier et mettre en place des réformes qui marqueront le changement de façon emblématique dans la gestion gouvernementale des affaires publiques. Le gouvernement tunisien a eu le mérite d’adopter des mesures très audacieuses dans cette période intermédiaire qui a des implications très significatives, telles que l’accès aux informations administratives, la libéralisation de l’enregistrement des sites Internet, l’amélioration de la transparence et la simplification des procédures de passation de marchés et de la réglementation du secteur privé, ou encore la mise en place des règles de bonne gouvernance dans le secteur bancaire et des mécanismes de responsabilité et de contrôle par les citoyens dans la gestion des services publics.
Nous devons cependant souligner que les mesures proposées par le PPD ne constituent qu’un premier pas et que les pratiques de gouvernance ne changeront pas du jour au lendemain. La mise en œuvre des nouvelles politiques gouvernementales et la mise en place d’une meilleure culture de la responsabilité et de la participation nécessitera un engagement de longue haleine à tous les niveaux.

Q- Le PPD entend contribuer à la dynamisation de l’économie tunisienne, notamment en favorisant la création d’opportunités d’emploi. Quelles seront les mesures enterprises dans ce sens?

Afin de réduire le chômage, la Tunisie devra améliorer à la fois le rythme et la qualité de sa croissance économique. Accélérer la croissance exigera des réformes substantielles pour attirer les investissements privés, à travers des réformes de gouvernance économique audacieuses en vue d’améliorer l’environnement des affaires et ouvrir de nouvelles opportunités économiques. L’axe transversal de ce PPD s’intéresse à l’amélioration de la transparence, la responsabilité et la participation dans la prise de décision et a pour principal objet de développer le secteur privé et de créer de l’emploi. Les questions de gouvernance constituaient en effet les principales entraves aux investissements dans le secteur privé en Tunisie. L’objet du programme du PPD est d’accorder plus d’importance à la participation et à la transparence qui entraînent plus d’investissements et de compétitivité qui eux-même mènent à une croissance économique soutenue. Adopter des réformes pour améliorer le climat des affaires en mettant fin à la bureaucratie, en améliorant la transparence et le dynamisme du marché ou en luttant contre le clientélisme et les privilèges permettront d’envoyer un signal fort aux investisseurs privés que la Tunisie est désormais ouverte aux affaires.

Afin de dynamiser l’investissement et l’emploi, la Tunisie devra également entreprendre des réformes de nature sensible de son code du travail. En effet, les cotisations patronales trop élevées et les conditions de recrutement ou de licenciement trop rigides entraînent l’apparition d’un marché informel important et représentent autant de freins pour les investissements. Dans ce cadre, l’équipe de la Banque se prépare à faciliter un dialogue national sur ces réformes essentielles du code du travail. A moyen terme, la Tunisie pourrait bénéficier d’une meilleure souplesse dans les procédures d’emploi, tout en introduisant une sécurité accrue à l’emploi. Dans l’immédiat, le PPD a appuyé la réforme du Fonds National de l’Emploi afin d’introduire des programmes reprenant les meilleures expériences en matière de formation des chômeurs de façon à réduire le chômage frictionnel.

Q- Le PPD prévoit de faire participer d’autres bailleurs de fonds dans le projet de soutien à la transition tunisienne. Comment l’aide sera-t-elle coordonnée?

Le programme du PPD a été mis au point dans le cadre d’une opération conjointe de la Banque mondiale, de la BAD, de l’UE, de l’AFD et en coopération avec la JICA et le PNUD. Nous avons formé une équipe composée de plusieurs bailleurs de fonds, dont la coordination est assurée par la Banque mondiale, conformément aux souhaits du gouvernement. Cette procédure a à la fois simplifié la tâche au gouvernement qui avait affaire à une seule équipe de bailleurs de fonds et a permis d’enrichir le travail en réunissant le savoir technique et les compétences de chacune de ces institutions. La collaboration a été excellente et le gouvernement intérimaire est très satisfait par les résultats de cette opération.

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Un Prêt pour mettre à niveau le transport urbain dans les métropoles marocaines

La Banque mondiale et le gouvernement marocain ont signé mercredi 8 juin l’accord de Prêt de politique de développement (PPD) pour appuyer le secteur des déplacements urbains. Lors de l’élaboration de ce PPD, les spécificités propres au secteur ont été identifiées à travers des recherches et des consultations, en particulier en ce qui concerne les attentes des citoyens et les défis en terme de développement urbain.

CrochetJean-Charles Crochet, Chef du Projet des déplacements urbains nous en parle à travers cette interview.

Q- Le prêt de politique de développement pour appuyer la réforme du secteur du transport urbain a récemment été signé. Parlez-nous du contexte de ce projet.

Le Prêt de politique de développement relatif aux déplacements urbains représente l’aboutissement du soutien de la Banque mondiale à ce secteur depuis environ 5 ans. Confronté à une pression croissante du secteur, le gouvernement avait en effet sollicité la Banque mondiale en 2006 pour en effectuer un diagnostic et émettre des recommandations.

Nous avons alors entamé le travail avec le gouvernement par un appui technique qui a duré près de deux ans au cours desquels, nous avons produit des rapports détaillés sur tous les aspects du secteur, organisé des séminaires et échangé avec les différents acteurs impliqués. Ce travail a abouti à la réalisation en 2008 d’un rapport de stratégie qui a émis une série de propositions et de recommandations. A la suite de ce rapport, le gouvernement a alors sollicité l’appui de la Banque mondiale sous forme d’un Prêt de politique de développement dont les dispositions et mesures sont désormais mises en œuvre.

Q- Le projet comporte trois volets: le premier concerne la gouvernance, le second les infrastructures et le troisième l’adoption d’une approche durable dans la gestion du secteur. Pouvez-nous nous évoquer les mesures prévues dans chacun de ces volets.

Le volet gouvernance qui constitue l’un des principaux piliers de ce projet, a pour objet de mettre en place au niveau national et local les structures de gouvernance nécessaires pour bien gérer le secteur. Au niveau national, ces mesures se sont traduites par l’opérationnalisation d’une division chargée des déplacements urbains au sein du ministère de l’Intérieur. Il s’agit d’une division créée il y a plus de deux ans et qui a été renforcée et structurée au cours des derniers mois pour devenir pleinement opérationnelle. Le gouvernement a également créé une Commission nationale chargée des déplacements urbains qui permettra de coordonner l’action des différents ministères impliqués dans le secteur, notamment le ministère de l’Intérieur, le ministère des Finances, le ministère du Transport et le ministère de l’Habitat.

Au niveau local, une Autorité organisatrice des déplacements urbains a été créée à Casablanca. Il s’agit d’une première au Maroc dont nous espérons qu’elle fournira un modèle pour les autres grandes agglomérations du pays. En parallèle, un programme de formation de grande qualité a été mené à bien avec l’objectif de former un noyau dur de plus d’une cinquantaine d’experts marocains dans le secteur des déplacements urbains.

Pour ce qui est des infrastructures et des services de transport, des mesures importantes ont été prises sur le plan réglementaire, notamment l’adoption d’un décret d’application qui uniformise les procédures d’appels d’offres pour les délégations de services publics. Il s’agit là d’une mesure fondamentale sachant que dans quasiment l’ensemble des villes du Royaume, les services de bus représentent le moyen de transport en commun le plus populaire et sont gérés par des opérateurs privés ou des concessionnaires dans le cadre de délégations de services publics.

Dans ce domaine également, des critères d’éligibilité ont été mis au point pour que les villes puissent bénéficier du financement de l’Etat pour leurs investissements en infrastructures de déplacements urbains. Ces critères revêtent une grande importance et permettront de hausser le seuil d’exigence de gestion du secteur par les collectivités locales.

Sur l’aspect des infrastructures et services, les deux principales agglomérations du Royaume, Rabat et Casablanca, qui sont de confrontées à une augmentation substantielle de la demande en matière de déplacements urbains, ont connu une restructuration de leurs systèmes de transport par autobus, conformément aux dispositions du PPD.

Enfin, concernant l’approche durable dans la gestion du secteur, dernier volet du projet, deux mesures phare ont été prises. Tout d’abord l’harmonisation et la restructuration du système des centres de visites techniques, pour garantir une inspection rigoureuse et régulière des véhicules en circulation et leur conformité aux exigences techniques et environnementales. Cela aura non seulement un impact sur la sécurité routière mais également sur le contrôle des émissions de polluants et donc sur la qualité de l’air.

La seconde mesure concerne l’approbation par les ministères concernés d’un Plan d’action pour améliorer l’accessibilité des personnes à mobilité réduite, une mesure importante que le PPD a servi à placer dans l’ordre du jour du gouvernement (voir interview Ziad Nakat).

Q- La question de l’amélioration du transport urbain figure au coeur des préoccupations quotidiennes du citoyen marocain. Quels sont les défis que le Maroc devra affronter dans les prochaines années en matière de transport urbain?

Le secteur des déplacements urbains est un secteur relativement complexe qui implique de nombreux intervenants. Les défis liés aux déplacements urbains sont multiples, tout d’abord en raison de la modification de la structure même des villes marocaines. L’accroissement de la population, l’exode rural, la multiplication des véhicules au sein des familles représentent autant de défis qui ont un impact direct sur la structure des villes et sur les besoins en terme de déplacements des populations. Par ailleurs, il existe des facteurs de nature sociale qui doivent également être pris en considération tels que l’accès des ménages aux crédits, donc aux véhicules, impliquant ainsi un besoin croissant en déplacements quotidiens.

De façon générale, le secteur est confronté aux trois thèmes abordés par le PPD. Pour la partie gouvernance, le PPD a participé à en améliorer la consistance mais des efforts doivent être déployés à long terme pour en maintenir le degré d’exigence. Dans ce sens, le modèle de gestion des déplacements urbains mené à Casablanca doit être appliqué à d’autres agglomérations du Royaume.
Pour ce qui est des infrastructures et services, la Banque est disposée à poursuivre son appui au gouvernement et aux collectivités locales et à partager les expériences les plus réussies en matière de déplacements urbains dans des pays comparables au Maroc, tout particulièrement ceux d’Amérique latine.

Enfin, pour la partie développement durable, les efforts doivent se poursuivre pour préserver durablement la qualité de l’air dans les grandes villes. Nous avons déjà commencé à travailler sur la deuxième étape du projet qui devrait inclure les composantes changements climatiques et Plan d’action pour les personnes à mobilité réduite, un plan qui devrait prochainement être mis en œuvre, notamment grâce à un financement du gouvernement japonais.

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Projet d’amélioration de l’accessibilité pour personnes à mobilité réduite au Maroc

L’accessibilité des Personnes à Mobilité Réduite (PMR) revêt une importance particulière en terme d’inclusion sociale et constitue un principe essentiel de solidarité. Une préoccupation confirmée à travers la ratification par le Maroc de la Convention des Nations-Unies relative aux droits des personnes handicapées ainsi que son protocole facultatif.

Suite aux discussions sur l’accessibilité des PMR dans le cadre de la préparation du Prêt de politique de développement relatif aux déplacements urbains, la Banque mondiale travaille actuellement sur la mobilisation d’un don d’un montant global de 3 millions de dollars dans le cadre d’un fonds fiduciaire fourni par le gouvernement japonais et en coordination avec les ministères marocains compétents, en vue de mettre en œuvre un projet d’accessibilité pour les PMR. Marrakech en sera une première étape dans le cadre d’un projet pilote d’accessibilité urbaine.

NakatZiad Nakat, chef du projet accessibilité, nous expose en détail le contenu de ce projet.
 
Q- La Banque mondiale travaille actuellement dans le cadre d’un fonds fiduciaire en coordination avec le gouvernement marocain pour mettre en oeuvre un projet favorisant l’accessibilité des personnes à mobilité réduite. Pouvez-vous nous en exposer les grandes lignes?

Dans le cadre de la préparation du Prêt de politique de développement relatif aux déplacements urbains, nous avons initié un dialogue depuis environ deux ans avec le gouvernement marocain sur les questions d’accessibilité des PMR. Dans une première étape, nous avons effectué des consultations avec des ONG œuvrant dans le domaine et avec les départements ministériels concernés, notamment le ministère du Développement Social qui chapeaute ce dossier et les ministères “techniques”, tels que les ministères de l’Urbanisme, du Transport, et de l’Intérieur. Nous avons aussi effectué des visites sur le terrain pour élaborer une note de diagnostic et établir un état des lieux des aspects liés à l’accessibilité. Suite à ce travail, un Plan d’action a alors été mis au point en coordination avec les départements ministériels concernés puis approuvé.

La prochaine étape de ce projet sera la mise en œuvre des dispositions du Plan d’action. Dans ce sens, une des principales dispositions du Plan a récemment été mise en application. Il s’agit de l’adoption du décret d’application sur l’accessibilité des PMR par le Conseil du gouvernement, qui constituera une base légale permettant de réglementer tout projet lié à l’accessibilité urbaine.

Le projet pilote d’accessibilité des PMR se compose de deux principaux volets. Un premier volet d’un coût global d’un million de dollars relatif au renforcement des capacités, notamment à travers la réalisation d’études en coordination avec les ministères techniques en vue de mettre en place une stratégie nationale pour les personnes en situation d’handicap, l’élaboration de guides techniques, et la formation des ingénieurs municipaux et des ONGs. Ce volet comporte également une assistance au ministère de l’Urbanisme pour inclure les questions d’accessibilité dans le nouveau code de l’urbanisme, actuellement en cours d’élaboration.

Pour le second volet de ce projet, relatif à la mise en œuvre des dispositions du Plan d’action sur le plan des infrastructures, près de 2 millions de dollars seront alloués à un projet pilote d’amélioration de l’accessibilité à Marrakech à travers des aménagements urbains, notamment la mise en place de trottoirs et de rampes conformes, de passages piétons, de signalisations ou encore l’aménagement de bâtiments publics à forte fréquentation.

La proposition technique du projet pilote a été pour sa part finalisée et approuvée par le comité technique du don. Suite à l’approbation du gouvernement japonais, la dernière étape en sera la signature de l’accord de don que l’on espère interviendra prochainement.

Q- Quels sont les enjeux de ce projet et les mesures effectives engagées pour favoriser la mobilité des personnes handicapées et par là leur insertion sociale et économique?

La mise en œuvre de ces projets a été menée en étroite collaboration avec les ONGs que nous avons souhaité impliquer à chaque étape de l’exécution du projet. Une fois mis en œuvre, ce projet ne bénéficiera pas seulement aux personnes handicapées ou à déficience auditive, visuelle ou cognitive, mais également à d’autres catégories de la population, telles que les personnes âgées, les femmes enceintes ou avec des poussettes. En ajoutant ces catégories, le projet pourrait cibler entre 25 et 30% de la population de la ville de Marrakech.

Nous espérons étendre par la suite cette expérience à d’autres villes du Royaume, telles qu’Oujda ou Rabat. Grâce au travail de sensibilisation des ministères concernés, des ONGs et de la Banque mondiale, plusieurs autres villes, fort intéressées par l’amélioration de l’accessibilité urbaine en leur sein, envisagent même de débloquer des fonds propres pour aménager leurs espaces publics conformément aux recommandations internationales en matière de mobilité urbaine.

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Les portefeuilles des changements climatiques quantifiés au Maroc

Engagé dans la voie du développement durable, le Maroc a franchi de nombreuses étapes en faveur de la protection de l’environnement, notamment grâce à la ratification en 1995 de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, celle du Protocole de Kyoto en 2002 ou encore grâce à l’appel lancé par Sa Majesté le Roi lors du Discours du Trône en 2009 pour l’adoption d’une Charte nationale de l’environnement et du développement durable.

En ratifiant la convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, le Royaume du Maroc s’est engagé dans le processus mondial de lutte contre le réchauffement climatique par la limitation de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et la mise en place de stratégies d’adaptation et d’atténuation compatibles avec sa politique de développement durable. Pour faire connaître les mesures que le Maroc prend volontairement en matière d’atténuation et les mesures qu’il a déjà lancées ou qu’il prévoit en matière d’adaptation, le gouvernement a mis en place le Plan National de lutte contre le Réchauffement Climatique (PNRC) qui recense les actions gouvernementales retenues pour lutter contre les changements climatiques.

Afin de renforcer le PNRC, le gouvernement en partenariat avec la Banque Mondiale a lancé une Revue des Dépenses Publiques et Analyse Institutionnelle (RDPAI) pour apporter une dimension financière et de gouvernance à sa réalisation.

Von ThaddenSylke Von Thadden, chargée de la réalisation de cette étude, nous en parle.

Q- La Banque mondiale a été sollicitée pour effectuer une étude sur la mise en oeuvre d’un point de vue budgétaire du Plan national de lutte contre le réchauffement climatique. Pouvez-vous nous exposer les principaux aspects de cette étude ?

La question des changements climatiques revêt une importance particulière pour le Maroc qui est tout à fait conscient des effets potentiels désastreux des changements climatiques sur son développement et son économie. Le ministère des Finances et le Département de l’Environnement ont décidé de faire appel à la Banque mondiale pour effectuer une étude afin de déterminer les besoins budgétaires et financiers du gouvernement en matière de changements climatiques, dans le cadre d’une étude intitulée Revue des dépenses publiques et analyse institutionnelle en matière de changements climatiques (RDPAI). L’objectif de cette étude est d’examiner les mesures prises dans le cadre du PNRC et de voir de quelle manière ces mesures se traduisent dans le budget général de l’Etat.

Outre la partie concernant l’analyse quantitative, qui examine de quelle manière les mesures du PNRC sont quantifiées dans le budget de l’Etat, nous avons également travaillé à la mise en place d’indicateurs de performance pour évaluer le degré d’efficacité et de performance des mesures. L’étude évaluera aussi l’élaboration d’un Cadre de Dépenses de Moyen Terme (CDMT) lié aux changements climatiques visant à examiner la possibilité d’en faire un instrument de planification et de budgétisation en matière de changements climatiques.

L’étude a débuté en février dernier lorsque des discussions conceptuelles ont eu lieu avec le ministère des Finances et le Département de l’Environnement pour définir les secteurs prioritaires. En coordination avec les parties impliquées, nous avons décidé de limiter l’analyse dans une première phase à cinq secteurs clés inscrits dans le PNRC (l’énergie, l’eau, l’agriculture, les eaux et forêts et les déchets).

L’étude devrait aider le gouvernement à mobiliser un financement extérieur en rendant visible l’engagement financier du gouvernement en matière de changements climatiques et devrait constituer un outil de dialogue pour les Départements avec le Ministère des Finances et les bailleurs de fonds concernant l’utilisation des ressources et des demandes budgétaires sur la base des priorités nationales.

Q- La mise en oeuvre du Plan suppose une conjugaison des politiques et synergies entre les différents départements ministériels et agences autonomes impliqués dans le secteur du changement climatique. Comment la RDPAI peut-elle contribuer à atteindre cet objectif ?

La coordination entre les départements impliqués constitue le socle de cette stratégie. Dans ce sens, l’étude comporte un volet analyse institutionnelle qui examinera les fonctions de gouvernance en matière de changements climatiques et effectuera un benchmarking au niveau international. Les meilleures pratiques et normes internationales en matière de changements climatiques seront alors adaptées au contexte et aux spécificités marocaines et des scénarios seront mis au point afin d’établir un mécanisme de coordination institutionnelle.

Q- Quelles seront les prochaines étapes de la RDPAI et les mesures qui seront mises en oeuvre?

Une version préliminaire du rapport devrait être présentée en octobre prochain. Nous examinerons avec les différents départements impliqués les résultats préliminaires de l’étude. Il faut dire que nous avons relevé un intérêt certain de la part de l’ensemble des départements et les attentes sont nombreuses dans ce domaine. Nous envisageons dans une deuxième phase d’associer d’autres secteurs à ce travail afin d’établir un aperçu global et actualisé des besoins du gouvernement marocain en terme de financement en matière de limitation des effets des changements climatiques sur le Royaume.

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FOCUS

Une étude pour évaluer les perspectives de l’eau dans la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord

La pénurie d'eau constitue un défi majeur dans de nombreuses régions du monde, affecte la qualité de vie, l'environnement, l'industrie et pèse lourdement sur les économies des pays en développement. De toutes les régions du monde, la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) est considérée comme celle affichant une des situations de stress hydrique les plus graves. Les nappes phréatiques y sont surexploitées, la qualité de l’eau s’y détériore et les services d’adduction d’eau et d’irrigation y sont souvent rationnés, avec les conséquences que cela implique pour la santé des populations, la productivité agricole et l’environnement.

Dans ce contexte, la Banque mondiale a réalisé une étude régionale intitulée « Perspectives de l’eau dans la région MENA à l’horizon 2050», qui permettra d’évaluer le potentiel représenté par le dessalement pour faire face aux pénuries d’eau dans la région ainsi que les besoins énergétiques associés et promouvoir les énergies renouvelables pour en limiter l’empreinte sur l’environnement.
Etant donné que la technologie de dessalement est habituellement à forte intensité d’énergie, la combinaison entre dessalement et énergies renouvelables doit être considérée afin de limiter l’impact environnemental de cette technologie, dans une région ouverte sur les océans et mers et dotée de durées d’ensoleillement importantes le long de l’année.

L'étude couvre non seulement une grande partie de la région MENA, puisqu’elle comprend 21 pays, mais également une période de quarante ans, de nos jours à 2050.

BebekeBekele Debele Negewo, chargé de l’étude « Perspectives des ressources en eau dans la région MENA à l’horizon 2050: dessalement et énergies renouvelables », nous parle plus précisément du contenu et des conclusions de cette étude.

Q- Le constat alarmant des perspectives hydrauliques dans la région MENA a poussé la Banque mondiale à se pencher sur la question de la pénurie de l’eau à l’horizon 2050. Parlez-nous du contexte de cette étude sur le dessalement de l’eau.

Abritant plus de 6,3% de la population mondiale, la région MENA dispose seulement d’1,4% des ressources hydrauliques accessibles à travers le monde. La région a également connu une des plus importantes croissances démographiques au cours des dernières décennies: la population de la région MENA a en effet quadruplé entre 1950 et 2007, tandis que la disponibilité des ressources hydrauliques par habitant s’est réduite de plus de 75% entre 1950 et 2000. Cette tendance baissière devrait se poursuivre et ce taux devrait se diviser de moitié par habitant à l’horizon 2050. De plus, les prévisions de l’impact du changement climatique sur la disponibilité des ressources hydrauliques dans la région sont préoccupantes et annoncent une réduction de ces ressources de 20% à l’horizon 2050.

Il s’agit évidemment d’un scénario alarmant, sachant que si l’on examine la situation actuelle dans la région, certains pays sont déjà confrontés à des défis difficilement surmontables pour alimenter leurs populations en eau douce, que ce soit pour la consommation, l’agriculture ou l’industrie. Aujourd’hui, plusieurs pays de la région comblent leurs besoins en eau douce, en surexploitant les nappes phréatiques qui tendent à s’épuiser.

Le dessalement constitue une alternative de plus en plus préconisée pour la préservation des eaux de surface et eaux souterraines, notamment dans les zones arides. Il s’agit d’un processus consommateur en énergie et relativement onéreux pour la production d’eau douce, cependant, étant donné la proximité de la mer/océan des pays de la région et la baisse des coûts relatifs du dessalement, cette technologie apparaît de plus en plus attractive et mériterait d’être envisagée comme une alternative par les pays de la région. Le développement des énergies renouvelables en parallèle peut contribuer à alimenter ces programmes et diminuer les impacts sur l’environnement, en particulier en terme d’emissions de gaz à effet de serre.

Pour mettre en place cette technologie, les pays sont encouragés à réfléchir à les intégrer dans leurs politiques de gestion et de planification des ressources hydrauliques et énergétiques disponibles, en vue de leur utilisation optimale et de planifier l’augmentation de ces resources hydrauliques et énergétiques pour satisfaire les besoins socio-économiques liés à l’alimentation en eau sur le long terme. Il faut noter néanmoins qu’afin de rendre les nouvelles options hydrauliques et énergétiques viables, celles-ci doivent être accessibles financièrement.

Plusieurs pays de la région, du Maroc à l’Algérie en passant par le Qatar ou l’Arabie Saoudite, ont saisi l’importance de ces défis communs pour le développement que représente la préservation des ressources hydrauliques et énergétiques et oeuvrent à travers des programmes ambitieux à les relever. Aujourd’hui, la région MENA est leader mondial en matière de dessalement, représentant plus de 50% de parts du marché mondial de dessalement. Des efforts sont également déployés dans plusieurs autres pays pour exploiter l’énergie solaire abondante ou encore l’énergie éolienne pour diversifier les sources d’énergies alimentant les usines de dessalement.

C’est à travers cette optique que la Banque mondiale, en coopération avec les gouvernements de la région, a initié cette étude intitulée “Perspectives des ressources en eau dans la région MENA à l’horizon 2050: dessalement et énergies renouvelables”. L’étude a pour objet d’évaluer la disponibilité des ressources hydrauliques et la demande actuelle et à l’horizon 2050 ainsi que l’impact du changement climatique associés, afin de quantifier le déficit de demande en eau et les options viables pour combler ce déficit à l’horizon 2050. L’étude identifie également le coût d’intervention à la fois au niveau de la gestion de la demande et de l’offre, avec un accent particulier sur les dispositifs de dessalement utilisant les énergies renouvelables, et enfin l’étude évalue l’impact d’un volume de dessalement croissant sur l’environnement.

Q- Quels sont les premiers constats qui en ont été tirés et pensez-vous que le dessalement pourrait à terme apporter une solution à cette pénurie?

Les conclusions de cette étude ont confirmé l’importante menace qui pèse sur la région en matière de rareté des ressources en eau et de la demande en énergie qui l’accompagne pour combler le déficit en eau. L’étude indique qu’à l’horizon 2050, le déficit en eau dans la région MENA devrait se creuser pour passer de 50 milliards de mètres cubes par an aujourd’hui à près de 200 milliards de mètres cubes. Pour vous donner une idée, la région nécessitera deux à trois fois le flux d’un fleuve comparable au Nil à l’horizon 2050 pour combler ce déficit et un budget supplémentaire de plus de 100 milliards de dollars par an pour fournir de l’eau douce à ses populations.

Concernant la technologie du dessalement, celle-ci constitue en effet une alternative viable à la pénurie d’eau étant donné que cette technologie a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays ou zones arides et que les coûts associés, tant en construction qu’en exploitation, ont considérablement baissé. Etant donné les perspectives d’avancée en matière de technologies de dessalement et d’énergies renouvelables, on estime que le coût de l’eau dessalée baissera significativement dans les prochaines années et décennies. Une fois que cela se réalisera et que les impacts environnementaux d’un dessalement croissant seront gérés convenablement, le dessalement pourra alors s’ériger en option viable d’alimentation en eau dans la région MENA.

Concernant la viabilité économique de cette technologie, l’étude a mis au point une courbe des prix marginaux pour le secteur de l’eau dans laquelle un menu d’options d’intervention et leur combinaison ont été évaluées en terme de perspectives d’économie d’eau et des coûts associés.

Q- Quelles ont été jusqu’à présent les mesures et politiques proposées par la Banque mondiale pour aider les pays de la région MENA à protéger durablement leurs ressources d’eau douce ?

L’étude a émis une série de recommandations et de mesures pour aider les pays à mieux gérer les ressources hydrauliques disponibles et trouver des alternatives d’approvisionnement en eau douce. La Banque mondiale a déjà appuyé plusieurs pays de la région en terme de services de conseil et de soutien financier aux projets menés en matière de production ou de traitement d’eau douce. Cet appui porte sur des investissements dans des infrastructures liées au domaine hydraulique, tels que l’irrigation, l’alimentation en eau potable ou l’assainissement et la gestion globale des ressources hydrauliques. Le soutien de la Banque s’est également matérialisé à travers des services de conseil en matière de cadres législatifs et réglementaires.

Q- Quel est le bilan hydrique de la région Maghreb et quelles sont les politiques déjà entreprises dans la région en matière de dessalement?

La rareté de l’eau dans le Maghreb est relativement moins alarmante comparée par exemple aux pays du Golfe persique. Les pays du Maghreb disposent d’une quantité relativement satisfaisante d’eau renouvelable. Cependant, tous les pays de la région devraient être confrontés à une pénurie d’eau à l’horizon 2050 en raison de la croissance démographique et économique, impliquant une hausse significative de la demande en eau, et des impacts du changement climatique qui devraient être particulièrement graves dans la région du Maghreb.

En terme de politiques conduites jusqu’à présent par les pays du Maghreb en matière de dessalement de l’eau de mer, la législation en matière de dessalement est habituellement comprise dans la stratégie globale du secteur hydraulique. D’ailleurs, de bonnes stratégies de gestion des ressources hydrauliques le sont également souvent en matière de dessalement.

Des lois très ambitieuses dans le domaine de l’énergie sont également en cours d’élaboration dans les pays du Maghreb pour tenter d’associer les deux secteurs, eau et énergie, et répondre aux défis des deux secteurs à la fois. A titre d’exemple, l’Algérie, la Tunisie et le Maroc ont entrepris des projets ambitieux pour rationnaliser les coûts des énergies renouvelables qui pourraient alors être utilisées pour alimenter les usines de dessalement et ainsi réduire les coûts de l’eau dessalée. A ce titre, nous pouvons saluer la politique visionnaire des pays du Maghreb, qui bien que n’étant pas confrontés dans l’immédiat à une pénurie sévère d’eau, anticipent les effets démographiques et de changement climatique sur cette denrée. La région du Maghreb peut économiser des quantités importantes d’eau simplement en modifiant la façon dont les ressources hydrauliques disponibles sont gérées et utilisées, en intégrant la composante des énergies dont dispose chaque pays dans cette gestion.

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