Bilan du 4ème Forum Mondial de l’Eau - Mexico, mars 2006 Trop ou très peu d’eau peut signifier une catastrophe pour les nations les plus pauvres au monde. De fortes pluies ont provoqué des glissements de terrain aux Philippines en février dernier, rayant ainsi de la carte un village de 1 800 habitants. La grande sécheresse en Afrique, avec ses corollaires de déficits alimentaires, menace la vie de millions de personnes. Au Kenya, des affrontements ont éclaté autour des rares réserves d’eau et de pâturages. «Les extrêmes en matière d’alimentation en eau causent des chocs inacceptables dans les pays en développement», affirme M. David Grey, Conseiller Principal en Eau de la Banque mondiale. Il continue, en affirmant que les moussons, les sécheresses, la réduction des ressources d’eau souterraine et les typhons dévastent les pays pauvres parce que ces derniers sont si faibles économiquement qu’ils ne peuvent pas réduireleurs risques. «La situation est grave et ne fait que s’empirer», explique M. Grey, membre de la délégation de la Banque mondiale au Quatrième Forum Mondial de l’Eau tenu à Mexico du 16 au 22 mars.
Dans leur document thématique, L’Eau pour un Développement Responsable, dont la publication coïncide avec la tenue du Forum Mondial sur l’eau, M. Grey et Mme Claudia Sadoff, économistes de la Banque mondiale soulignent la nécessité d’une aide aux pays les plus pauvres au monde pour les aider à renverser la tendance. Ces pays ont, en effet, besoin de financements publics et privés afin de promouvoir un développement responsable de l’eau dans les pays les plus défavorisés et de réduire la pauvreté. « Ce n’est pas un débat idéologique, mais plutôt une question de mobilisation de ressources à cette fin », poursuit Grey.
Situation sérieuse Déjà, un milliard de personnes à travers le monde n’ont pas accès à l’eau potable. En Amérique Latine seulement, 15% de la population -soit environ 76 millions de personnesn’ont pas accès à l’eau potable et 116 autres millions de personnes n’ont pas accès aux services d’assainissement, confie Mme Kathy Sierra, Vice Présidente de la Banque mondiale pour les Infrastructures, et chef de la délégation de la Banque au Forum Mondial sur l’eau. Pour elle, le manque d’infrastructures d’eau retarde les pays en développement. Le potentiel de développement et de croissance de l’Ethiopie est intrinsèquement lié à la pluviosité. Une seule sécheresse peut réduire le potentiel de croissance de 10% sur une longue période et les niveaux historiques de variation pourraient diminuer d'un tiers le potentiel de croissance.
L'eau au Yémen dépend entièrement de la pluviosité, des ressources en eaux souterraines et des crues subites. Le pays ne dispose d'aucune institution susceptible d'apporter des solutions à l'une des pénuries d'eau les plus graves du monde, qui pourrait induire des déplacements importants de population. Au Kenya, la sécheresse La Nina de 1998-2000 et les inondations d’El Nino de 1997-98, ont fait chuter le PIB respectivement de 16% et de 11%. L’industrie a enregistré 58% de pertes totales. Ces indications sur la situation en Ethiopie, Yémen et Kenya sont toutes décrites dans les « Stratégies d’Assistance du Pays en eau » préparées par les équipes de la Banque.
Eau et croissance Grey et Sadoff affirment que « Les nations riches ont vite maîtrisé l’eau dans leur processus de développement et l’ont transformée en moteur de croissance ». Bénis par des climats généralement tempérés et de bonnes infrastructures d’eau, les pays développés peuvent quand-même faire face à de terribles catastrophes liées à l’eau, tel que l’ouragan Katrina.
Grey et Sadoff avancent que les pays en développement ont besoin de ce type de « sécurité hydraulique » c'est-à-dire des sources d’eau fiables et des risques acceptables par rapport aux inondations et aux autres situations imprévues, y compris celles liées aux changements climatiques. Cependant, les pays en développement sont pris dans un engrenage. Ils ne disposent pas de ressources financières permettant de construire des infrastructures ou d’améliorer la gestion de l’eau, nécessaires à la sécurité hydraulique. Ils ne disposent pas non plus de sécurité hydraulique qui pourrait les aider à se développer et à générer des revenus pour les projets d’infrastructures. Grey et Sadoff voient un lien étroit entre la modernisation du système de gestion d’eau dans un pays et sa santé économique. Les investisseurs préfèrent éviter les pays où la production alimentaire est imprévisible, où la mauvaise qualité de l’eau entraîne des problèmes de santé et où la production d’électricité est peu fiable. Ils affirment que les investissements sont improductifs dans les pays où les catastrophes liées à l’eau causent de sérieux problèmes socioéconomiques et de grosses pertes en vies humaines. Besoins en investissements Grey et Sadoff identifient 4 types d’investissements en gestion des ressources en eau et en infrastructures hydrauliques, susceptibles de réduire la pauvreté dans les pays en développement : • La régulation des cours d'eaux et l'emmagasinement des eaux naturelles ou artificielles ; • Les projets de gestion des ressources en eau en faveur de populations pauvres comme la réhabilitation des bassins versants dégradés dans les régions pauvres ; • Des projets de renforcement à grande échelle des services d'approvisionnement en eau, par exemple ceux qui visent à améliorer la performance des compagnies et régies de distribution d'eau ; • Des projets qui bénéficient directement aux populations pauvres comme des projets d’adduction d’eau, d’assainissement ou d’irrigation. Grey et Sadoff prédisent que les coûts pourraient être astronomiques pour les pays les moins développés, où les défis posés par la nature sont les plus difficiles. Il est essentiel que l’approche soit parfaitement adaptée aux pays et dose de la façon la plus appropriée les apports en infrastructure et le renforcement de la gestion.
Dans ce sens, Mme Sierra, Vice- Présidente de la Banque mondiale, a exhorté les participants au Forum Mondial sur l’Eau à instaurer et à renforcer des liens de partenariat entre les pays donateurs, les gouvernements des pays en développement, le secteur privé et les communautés locales. «Si ces défis sont relevés, les pauvres en seront les heureux bénéficiaires», conclut-elle. Pour accéder au texte intégral du document thématique "L’eau pour un développement responsable", consultez : www.worldbank.org/4wwf |