Février 2006 - InfoDev a organisé, du 31 janvier au 3 février 2006 à Casablanca au Maroc, un Forum sur la «Promotion de l’innovation et de l’entreprenariat dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) : stratégies et partenariats». Cette rencontre relève d’une série de forums régionaux mis en oeuvre par InfoDev dans le cadre de son initiative sur les incubateurs. Il s’agissait du premier forum du genre dans la région, ce qui a attiré un public diversifié : universitaires, chercheurs, banquiers, directeurs d’incubateurs et de parcs technologiques et responsables de l’éducation, de l’industrie, des sciences et de la technologie et / ou ministres de l’information et de la communication de 12 pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, avec un total d’environ 150 participants. Cette rencontre a été préparée par le bénéficiaire de la subvention d’InfoDev, l’incubateur du Technopark de Casablanca.
Le Forum a été ouvert par M.Théodore Ahlers, Directeur du département Maghreb à la Banque mondiale, qui a mis en exergue les objectifs de développement de la Banque mondiale dans la région, le besoin en partenariats, l’urgence de créer des emplois et l’importance d’un environnement favorable (climat des affaires, bonne gouvernance, enseignement pertinent) au développement du secteur privé. L’un des messages importants est le besoin d’assurer aux citoyens de toutes les couches de la société l’égalité des opportunités d’accès au financement, à la santé, à l’éducation et aux infrastructures. Avant d’émettre des recommandations, les participants se sont penchés sur les défis les plus urgents que doivent relever les entrepreneurs régionaux du secteur des technologies de l’information et de la communication : déficits du financement (type de financement et à quelle étape du cycle de vie de l’entreprise, instruments de la dette / des investissements, etc.), marchés et canaux ciblés, compétences en ressources humaines et changements culturels nécessaires, à tous les niveaux de la société, pour la création d’entreprises et la rétention des entrepreneurs.
Le Forum a permis d’aborder des discussions fructueuses sur l’impact et les limites des programmes sponsorisés par le gouvernement en vue d’encourager les secteurs des technologies de l’information et de la communication et l’innovation par la création de grands projets comme les parcs technologiques qui hébergent des incubateurs d’entreprises ou de technologies de l’information et de la communication. Les relations et dépendances entre incubateurs, parcs technologiques et instituts de hautes études ont été étudiées, en particulier les liens entre ces organismes pour ce qui concerne la chaîne de l’offre d’innovation et le besoin de mesures publiques pour promouvoir la création de sociétés rentables à travers un programme de politiques industrielles.
Les participants ont identifié un certain nombre de thèmes à soumettre à l’attention des bailleurs de fonds, soulignant l’importance de la réforme des services des marchés pour permettre aux PME du Sud de concourir et d’obtenir des contrats financés par le bailleur de fonds dans le secteur des technologies de l’information et de la communication. Ils ont aussi émis un certain nombre de recommandations concrètes sur la création d’un réseau régional d’incubation. Enseignements tirés des incubateurs
Les trois incubateurs actuellement financés par InfoDev (en Iran, en Jordanie et au Maroc) et les incubateurs d’Algérie, de Bahrein, de Gaza, de Jordanie, de Syrie, de Tunisie, de la Bande de Gaza et du Yémen ont présenté leurs expériences. Ont été également abordés les avantages établis liés à l’installation d’incubateurs dans les instituts d’apprentissage, les universités et / ou les parcs technologiques (qui peuvent également accueillir des universités ), bénéficiaires des centres de recherche existants, de la proximité à l’industrie et de l’existence de connections large bande peu coûteuses et de personnel compétent en matière de marketing, de comptabilité, de conseil juridique et organisationnel et de montage technologique. L’accent a été mis sur la métrologie et les indicateurs pour mesurer l’impact de l’incubation et la réussite : (1) des parcs technologiques (le cas échéant) ; (2) des incubateurs ; (3) des gérants ; (4) des investisseurs (pour la plupart des Etats, des ONG ou des bailleurs de fonds) et (5) les environnements (en termes de planification urbaine et d’intégration dans les écosystèmes). Il est clair que davantage de recherche est nécessaire dans ce domaine.
Les politiques destinées à promouvoir un climat d’innovation dans le secteur des technologies de l’information et de la communication ont été examinées et comparées pour l’Algérie, l’Egypte, la Jordanie, le Liban et l’Arabie saoudite. Les programmes publics suivants, qui favorisent les technologies de l’information et de la communication et l’innovation, méritent d’être retenus :
1. Les programmes d’accès pour tous, en particulier à Internet, comme les ordinateurs, la connexion large bande et la formation à travers les programmes du e-gouvernement ou les partenariats public-privé ciblant la famille comme base de la société de l’information (Algérie, Egypte, Arabie saoudite, Tunisie et Turquie) : les gouvernements proposent le microcrédit aux familles pour l’achat de l’équipement, avec remboursement sur trois ans. Il a été proposé que la Banque mondiale envisage l’appui à ce genre d’initiative. Ce programme comprend la mise à niveau des infrastructures, la création de services Internet (en particulier dans les zones rurales), les importations d’équipement, les unités de montage et d’essais et la création de nouvelles industries et d’emplois à grandes retombées économiques ; 2. Les programmes pour faciliter le commerce à travers la simplification des procédures d’exportation et d’importation, la réforme des douanes, la simplification des processus d’enregistrement des PME, les impôts et les assurances et l’offre d’allègements fiscaux et/ou incitations fiscales aux exportations, la localisation dans des zones spécifiques de grappes industrielles, etc. ; 3. Les programmes de formation d’une main-d’oeuvre qualifiée et entrepreneuriale dans le secteur des TIC ; 4. Les programmes de politiques visant la création de parcs technologiques, ainsi que leur promotion auprès de sociétés multinationales de technologies de l’information et de la communication, leurs filiales et revendeurs : la conception doit inclure des universités techniques. Malheureusement, la plupart des gouvernements semblent s’enliser dans la construction de ces grands projets et le temps que le parc soit construit, une nouvelle administration ou des changements d’environnement viennent ralentir le processus ; 5. Les programmes de promotion d’un secteur financier flexible avec une bonne combinaison de placements privés et d’investisseurs privés souhaitant investir dans des très petites entreprises : les participants ont demandé la création d’un fonds régional qui puisse investir dans un réseau d’incubateurs et l’accès à la micro-finance ; 6. Les programmes offrant un cadre réglementé et adapté à la culture des technologies de l’information et de la communication visant à la compétition du secteur privé en matière de services et à la protection des investisseurs en matière d’application des droits de propriété internationale, etc. 7. Les programmes visant la création de conditions locales comme le e-gouvernement. Principaux obstacles à l’innovation et à l’entreprenariat
Les droits de propriété intellectuelle, la recherche de partenaires extérieurs et de financiers, le recrutement d’entrepreneurs et la fuite des cerveaux ont été mentionnés comme les obstacles majeurs actuels à la régularisation réussie des gérants d’incubateurs. Tous les participants ont reconnu le potentiel des parcs technologiques, mais ceux-ci doivent offrir aux gérants des infrastructures haut de gamme, avec accès abordable à la vidéoconférence et à la bande large ; une bonne structure organisationnelle en termes de services et d’experts en marketing, ventes et droit ; la proximité stratégique de sociétés de technologies de l’information et de la communication, adaptées à la grappe industrielle développée dans le parc et un leadership fortement engagé.
Former une main-d’oeuvre entrepreneuriale qualifiée demeure encore un grand défi pour les responsables de l’enseignement supérieur, car il faut mettre à niveau les compétences des enseignants, augmenter les budgets et recruter du personnel pour la recherche, créer des programmes d’échange industriel aux niveaux national et régional pour les étudiants ainsi que des clubs d’entrepreneurs et des concours pour récompenser l’imagination créatrice. Les équipements, les mises à niveau des laboratoires et les licences de logiciel sont onéreux et la plupart des professeurs universitaires ont demandé une assistance mieux ciblée de la Banque mondiale dans la réforme de l’enseignement supérieur. L’objectif ultime est de créer un cours destiné à des jeunes qui auraient de nouvelles idées et inventeraient de nouveaux produits. Ceci requiert que les éducateurs soient formés à encourager et promouvoir l’innovation, et non seulement la conformité, dans le comportement et les valeurs de leurs étudiants. Recommandations des participants à InfoDev 1. Appuyer le développement général d’un réseau régional d’innovateurs dans le secteur des technologies de l’information et de la communication. 2. Contribuer à la création d’un fonds régional pour l’innovation (une sorte de marché de l’innovation pour la région du MENA). 3. Mieux diffuser les produits de connaissance appropriés d’InfoDev auprès de toutes les parties prenantes. 4. Plaider auprès des collègues de la Banque mondiale la cause des technologies de l’information et de la communication dans le développement et leur rôle comme accélérateur du développement. 5. Transmettre les messages clés au service des marchés du bailleur de fonds pour permettre aux PME de soumissionner à de grands contrats. 6. Intégrer les facteurs d’innovation et d’incubation dans les programmes d’éducation, en investissant davantage dans les parcs technologiques / cyberparcs/couloirs de connaissance, étant donné qu’ils sont considérés comme des grappes industrielles qui, bien planifiées, bien situées et gérées, peuvent créer beaucoup de croissance dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, les investissements étrangers directs et leurs écosystèmes urbains. 7. Faire des entrepreneurs du secteur des technologies de l’information et de la communication les champions du changement. Il est vrai que le public, ayant été le premier de la région à se connecter au reste du monde par le biais d’Internet et du courrier électronique, ayant constamment un aperçu de ce qui se passe à l’extérieur de la région, etc., semble être le plus ouvert que nous ayons vu depuis longtemps ; il pourrait par exemple être le leader en termes d’ouverture, propulser des valeurs séculiers, promouvoir une éthique de travail basée sur le mérite, etc. Contexte du programme d’incubation d’InfoDev
L’initiative InfoDev sur les incubateurs vise à promouvoir l’entreprenariat et le développement du secteur privé dans les pays en développement en facilitant, par la voie de l’incubation, l’émergence et le développement de PME rentables et habilitées en matière de technologies de l’information et de la communication. InfoDev appuie un réseau international de 43 incubateurs, dont trois dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Depuis 2002, le programme est financé par le gouvernement japonais, avec l’apport de fonds supplémentaires fin 2005. |