Note de présentation de la Tunisie

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Contexte

En étant le premier pays d’Afrique du Nord dont la population soit descendue dans la rue contre le pouvoir en place, la Tunisie a subitement accaparé l’attention de l’opinion internationale. Avec le renversement du régime du président Zine el-Abidine Ben Ali, en place depuis 23 ans, elle a été à l’origine d’une vague de soulèvements populaires qui a déferlé sur d’autres pays de la région. Moment historique, la révolution du Jasmin a aussi marqué un tournant pour les Tunisiens : après avoir vu leur appel au changement aboutir, ils se sont engagés sur la voie d’une transition pacifique et démocratique. Mais, après l’euphorie de la révolution, la complexité de la réalité a émergé, et avec elle de très nombreux défis. Si les mésententes politiques ont en outre fait naître de nouvelles difficultés, le gouvernement intérimaire est tout de même parvenu à  avancer sur plusieurs fronts, avec notamment le renforcement du Fonds national de l’emploi, la création de programmes pour l’emploi, le lancement du processus des réformes du secteur financier et social et l’amélioration de la transparence.

Avant la révolution, la Tunisie était connue pour ses avancées en matière de développement, sa société plus libérale qu’ailleurs, l’existence d’une classe moyenne importante et une situation d’égalité entre les sexes. Mais en dépit de ces progrès apparents, les Tunisiens vivaient sous le poids d’un système politique étouffant. Et si, à de nombreux égards, des avancées avaient certes été faites au cours des 20 dernières années, le pays n’avait pas su répondre au problème persistant posé par son fort taux de chômage (13,3 % en 2009), ni à un malaise croissant sur le plan politique. C’est sur les jeunes et les diplômés que le fardeau du chômage pesait surtout, avec un taux culminant à 30 % dans le groupe des 20-24 ans, et à 25 % chez les titulaires d’un diplôme universitaire. Trois séries de facteurs ont contribué à la montée du chômage : le gonflement de l’offre de main-d’œuvre liée à l’afflux de jeunes fraîchement issus de l’université, le fait que les secteurs économiques établis (agriculture, textile et vêtements, industrie automobile) sont principalement demandeurs de main-d’œuvre peu qualifiée, et l’insuffisance de secteurs d’activité économique à forte composante de savoir.

En 2010, le taux de croissance réelle avait atteint 3,8 %, tandis que le déficit budgétaire tombait à 1,3 % et la dette publique à 40 % du PIB. Mais la révolution ainsi que la crise qui a éclaté chez son voisin libyen ont porté atteinte aux perspectives économiques de la Tunisie, surtout dans le domaine du tourisme et pour l’investissement direct étranger. Alors qu’il était jusqu’ici censé augmenter, son PIB est désormais projeté à la baisse, ce qui devrait entraîner une poussée notable du taux de chômage. Mais en dépit de ces difficultés sur le court terme, les perspectives économiques de la Tunisie restent globalement positives. Le rythme de la croissance devrait augmenter dans les deux années qui viennent, à mesure que l’Union européenne, principal partenaire commercial du pays, se relève de la crise financière de 2008. D’autres facteurs peuvent jouent dans le sens de la croissance, notamment la reprise des exportations, le coup de pouce donné par un volet majeur d’investissements publics, ainsi que le programme de réformes engagé par le gouvernement intérimaire.

Celui-ci a annoncé un programme de relance de 1,5 milliard de dollars, ainsi qu’un plan d’urgence économique et social. Ce plan prévoit une série de 17 mesures principales couvrant des aspects tels que la sécurité, l’emploi, l’appui au secteur privé et sa croissance, le développement régional, et des mesures sociales ciblant les familles les plus nécessiteuses et les émigrés tunisiens de retour de Libye.

Stratégie

 

Depuis les événements de janvier, la Tunisie a demandé à la Banque mondiale de s’associer à un nouveau programme qui prend appui sur les acquis de la révolution et marque une rupture par rapport aux pratiques antérieures. Le gouvernement intérimaire a défini à cet égard quatre axes d’action : 1) renforcer la transparence, la responsabilité sociale et la participation citoyenne ; 2) créer des emplois ; 3) accroître le degré d’intégration économique et sociale ; et 4) promouvoir une croissance tirée par le secteur privé.

Les Administrateurs de la Banque mondiale ont approuvé et décaissé un prêt à l’appui des politiques de développement de 500 millions de dollars destiné à soutenir le programme de réformes du gouvernement intérimaire. Ce prêt a permis de mobiliser 800 millions de dollars supplémentaires auprès de la  Banque africaine de développement (BAD), de l’Agence française de développement (AFD) et de l’Union européenne.

Le 14 juillet 2011, le Conseil des Administrateurs a aussi approuvé un financement de 50 millions de dollars en faveur du Service de promotion des micros, petites et moyennes entreprises axé sur l’apport de financements à moyen et long terme. Elle a par ailleurs entrepris de mettre en œuvre selon des procédures accélérées deux projets de développement communautaire récemment approuvés, pour un montant global d’environ 125 millions de dollars, qui visent à assurer la mise en place d’initiatives concrètes de création d’emplois et de programmes correspondants dans les régions défavorisées. Enfin, elle finance une assistance technique pour la création d’emplois, la formation de revenu et la fourniture de services dans les régions intérieures défavorisées et le soutien aux habitants les plus touchés par la crise libyenne.

L’appui de la Banque mondiale en Tunisie se déroulera selon trois étapes : 1) appui au gouvernement intérimaire ; 2) appui au deuxième gouvernement intérimaire nommé par l’Assemblée constituante élue le 23 octobre 2011 et chargée de rédiger la nouvelle Constitution ; 3) appui au nouveau gouvernement élu conformément aux dispositions de la nouvelle Constitution.

Résultats

 

L’aide apportée par la Banque mondiale à la Tunisie a permis d’importantes avancées sur le plan économique et social dans ce pays au cours des dix dernières années ; en voici quelques aspects :

  • Le Projet de développement des zones montagneuses et forestières du Nord-Ouest a contribué à relever de 85 % les revenus agricoles moyens des ménages, à porter le taux d’accès à des routes pour les communautés des zones ciblées de 56 à 81 %, et à faire passer la part des ménages ayant accès à l’eau potable de 69 à 81 % (ce qui représente 4 980 ménages de plus). Par ailleurs, le couvert végétal et forestier dans les zones du projet est passé de 32 % en 2003 à 38 % en 2009 ; les surfaces cultivées ont sensiblement augmenté, passant de 17 à 23 % pour les cultures fourragères et de 0,8 à 2 % pour les cultures maraîchères ; quant aux rendements, ils ont quasiment doublé dans le cas de la culture des olives, et augmenté de 40 % pour le blé. En outre, grâce à l’apport de petites quantités de matériels ou matériaux et à la formation dans des domaines techniques et organisationnels dont ont bénéficié certains membres des communautés locales, le projet a abouti à la création de 101 comités de développement et de trois coopératives.

  • Toute une série de programmes de prêts à l’appui des politiques de développement a été menée pour renforcer la compétitivité de la Tunisie et accélérer la croissance de son économie. Ses exportations totales ont doublé sur une période de 10 ans, et la productivité globale des facteurs, qui affichait un taux négatif dans les années 80, s’est redressée pour atteindre 1,24 % dans les années 90 et 1,4 % pour la période 2000-06. Qui plus est, ses exportations de marchandises ont doublé en valeur entre 1996 et 2007, tandis que les apports d’investissement direct étranger progressaient régulièrement sur une base annuelle : de 2,2 % du PIB en moyenne pour la période 1996-2000, ils sont passés à 2,6 % en 2002-05 et à 5 % en 2006-08. Au classement établi par le Forum économique mondial de Davos en 2009, la Tunisie venait en tête de tous les pays africains en termes de compétitivité. Tout cela s’est traduit par un taux de croissance de 5 % depuis le milieu des années 90, en dépit de chocs à répétition au plan interne (sécheresses) et externe.

  • Dans le domaine de l’emploi, l’axe suivi a consisté à soutenir d’importants changements au niveau des politiques et réglementations régissant le marché du travail. Un programme financé par la Banque a ainsi contribué à la restructuration du portefeuille de politiques d’intervention directe sur le marché du travail, et aidé le pays à réformer le fonctionnement et les procédures de ses services publics de l’emploi afin de les rendre plus efficaces et efficients. Ce programme a permis l’embauche de plus de 16 000 demandeurs d’emplois (issus de filières professionnelles et techniques) dans le secteur privé en 2009, grâce à des initiatives de formation reposant sur le partenariat public-privé. Il a également aidé à la création de 464 emplois, et soutenu un effort de modernisation des lois, réglementations et procédures des services publics de l’emploi pour le traitement des cas les plus épineux de chômage de longue durée. Ce volet a jusqu’ici permis à 2 300 personnes de trouver un emploi, et le placement de 5 000 autres demandeurs est prévu d’ici 2012.

  • Dans le secteur de l’éducation, c’est sur la qualité de l’enseignement que l’effort a porté, au moyen d’un prêt de 99 millions de dollars destiné à soutenir la mise au point de nouveaux programmes, la production et la distribution de nouveaux manuels, ainsi que la mise en place de nouveaux outils de mesure des résultats scolaires. Un vaste programme de formation a en outre été lancé à l’intention des enseignants, afin de les familiariser à de nouvelles méthodes pédagogiques destinées à inculquer des connaissances de base dans tout un ensemble de matières fondamentales, tout en exigeant d’eux qu’ils concentrent leur attention sur les besoins et les progrès individuels de chaque élève. Le Programme des écoles à priorité éducative couvre aujourd’hui quelque 600 écoles primaires et 100 écoles préparatoires. Des classes de jardin d’enfants ont en outre été créées dans plus de 400 établissements pour répondre aux besoins des plus défavorisés.

 

Partenaires

 

L’action de la Banque mondiale en Tunisie s’inscrit dans le cadre d’un effort associant tout un ensemble de partenaires internationaux, dont la Banque africaine de développement, l’Union européenne, divers donateurs bilatéraux (France, Japon et États-Unis, entre autres) et les organismes des Nations Unies. Le gouvernement intérimaire a pris en charge le processus de coordination entre ces divers bailleurs de fonds.

Septembre 2011

Pour toute information, veuillez contacter :
À Washington: Esther Rosen,
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