Valoriser la place des femmes dans les politiques économiques au Maghreb La Banque mondiale a lancé, le 1er novembre 2005, un forum de discussion électronique sur le thème des femmes dans les politiques économiques au Maghreb. Cette initiative conjointe des départements Maghreb et Genre a été entamée dans le but de continuer le fructueux dialogue entamé lors de la Table Ronde du Maghreb qui s’est tenue les 24 et 25 mai derniers à Tunis. Suivant le souhait des participants de créer des forums de discussion sur les thèmes de la Table Ronde (gouvernance, commerce extérieur, genre et emploi), la Banque mondiale a invité un groupe d’environs 250 personnes à participer à un forum de discussion électronique afin de débattre du genre, de l’emploi et de l’économie au Maghreb. Chaque quinzaine de jours, les participants se voient poser une nouvelle question liée au thème du forum. La discussion électronique a rassemblé plus de 50 participants issus de la société civile, des gouvernements et du milieu académique algérien, marocain et tunisien. Les thèmes de débat ont suscité un très vif intérêt chez les participants et ont donné lieu à un dialogue animé sur des questions aussi variées que les femmes travaillant dans l’industrie manufacturière et la vulnérabilité des femmes face à la pauvreté. La discussion s'est achevée le 1er décembre 2005, au terme de 4 semaines de débats. Veuillez trouver ci-dessous les rapports récapitulatifs des débats et des propositions mises en avant par les participants chaque semaine ainsi que le rapport final du forum de discussion. Rapport final du forum de discussion électronique (pdf)
Compte-rendus des débats par semaine: Première semaine : Les femmes travaillant dans l’industrie manufacturière exportatrice
Deuxième semaine : Les femmes et la pauvreté au Maghreb
Troisième semaine : Le fragile équilibre entre vie familiale et vie professionnelle
Quatrième semaine : Discriminations sur le marché de l'emploi
Première semaine : Les femmes travaillant dans l’industrie manufacturière exportatrice Les débats de la première semaine de discussion étaient liés à la question posée sur le type de programme de sécurité sociale qui devrait être adopté pour les femmes ayant déjà travaillé dans les industries exportatrices du textile. Il a été convenu qu’un tel programme doit avoir pour vocation le soutien, au long terme, des mécanismes conduisant au développement humain, à la promotion de la force du travail et aux politiques du développement du secteur privé. La discussion a été inaugurée en mettant l'accent sur le démantèlement des AMF, lequel a crée une forte pression sur les employés du secteur textile à dominance féminine. Certains participants se sont interrogés sur les mesures de protection sociale qui sont offertes aux femmes travaillant dans les entreprises manufacturières exportatrices. Le problème principal est que les autorités ne sont pas suffisamment conscientes de la situation précaire des femmes travaillant dans ces industries et que les mesures de protection sociale ne sont pas adéquates pour faire face à cette précarité. Paradoxalement, l'Etat est à la fois omniprésent et quasi-défaillant. En parlant de l'Algérie, l'accent a été mis sur le système d'assurance chômage (CNAC). Ce système, ne couvrant que les CDI, est financé par les cotisations des employeurs et des employés prélevées à la source. De même, la Tunisie a mis en évidence des fonds de solidarité (2626 ou 2121) pouvant, entre autres, contribuer sensiblement à l'allégement des effets néfastes du disfonctionnement du système de sécurité sociale. Cependant, il a été soutenu qu’il s’avérait fort difficile de mettre en place des systèmes de sécurité sociale pour les femmes ayant perdu leurs emplois dans le domaine de l'industrie manufacturière au Maroc. En effet, il semble que cela serait une initiative complexe confrontée notamment à la rareté des ressources et à l'absence en général d'une couverture contre la perte d'emploi. Il se pose aujourd’hui un nouveau problème. Il semble que, face à une concurrence asiatique accrue, le secteur formel, étant incapable de résister, se soit redéployé en petites unités productives employant une main d'oeuvre féminine non déclarée. Ce redéploiement ne fait qu'accroître les inquiétudes des participants, qui s’alarment du démantèlement des unités économiques pré-existantes. Par ailleurs, certains se sont interrogés sur la meilleure façon de juger du besoin des femmes pour une assistance sociale et financière. En d'autres termes, les indicateurs de la qualité de la vie, et particulièrement celle des femmes, sont-ils fiables ? Sur cette question, les avis des participants divergent. Certains ont mis en cause la façon dont ces indicateurs sont formulés. Ceux-ci soutiennent que les femmes sont toujours parmi les plus vulnérables dans toute société, qu'elle soit développée ou en voie de développement. D'un autre coté, certains participants ont soutenu l'idée que les enquêtes que réalisent régulièrement l'ONS auprès des ménages montrent que la réalité est fort complexe. Il semble que les femmes qui travaillent dans le secteur structuré (formel) appartiennent plutôt à la frange moyenne supérieure de la société et que la pauvreté touche plutôt des femmes du milieu rural et des secteurs informels en milieu urbain. Au fil des discussions, les participants ont formulés diverses recommandations à l’attention des gouvernements qui s’interrogent sur les mécanismes et les modes de financement pour aider les femmes travaillant dans l’industrie manufacturière exportatrice : 1- L'action de l'Etat devrait se concentrer sur un meilleur accompagnement des secteurs menacés ou en difficulté pour éviter les pertes d'emplois. 2- Il est fondamental de repenser les modes de gestion des systèmes de sécurité sociale et des assurances actuellement en vigueur. 3- Il faudrait développer un système unique applicable à tous les pays du Maghreb basé sur le système d'assurance chômage en Algérie et sur les fonds de solidarité en Tunisie. 4- Une option serait de créer un programme spécifique d'aide à la réinsertion destiné aux sortants du système et plus particulièrement aux femmes. 5- Les organismes de la sécurité sociale peuvent contribuer de près dans cette opération de réinsertion par le biais d'une assistance sociale aux femmes concernées. 6- Une allocation temporaire devrait être accordée à ces femmes concernées en attendant leur réinsertion sur le marché. Cette allocation prendre la forme d’une avance sur la pension de retraite, en attendant de retrouver un emploi. 7- Il est nécessaire de penser à des filets sociaux impliquant les ONG ou autres types d’organisations.
Deuxième semaine : Les femmes et la pauvreté au Maghreb Au cours de la deuxième semaine du forum, les participants se sont interrogés sur les politiques de lutte contre la pauvreté au Maghreb et leur contribution réelle à la promotion d'un développement humain durable ou à la réduction des inégalités du genre. Il a aussi été question des mécanismes à mettre en œuvre pour qu'un équilibre social profitable aux hommes et aux femmes ne soit pas seulement un moyen mais un but à part entière. La discussion a été inaugurée par une mise en cause de la planification centralisée qui n’est plus conforme à un discours de lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités. L’absence de conformité rendra toute évaluation hasardeuse et toute politique adoptée incohérente. En effet, l’intégration des femmes dans la vie économique dépend en premier lieu des mentalités qui restent rétrogrades. La place de la femme au sein des postes de responsabilité et de décision politique n’est considérée que comme un alibi. En se référant au cas algérien, bien que le code de travail ne fasse aucune discrimination fondée sur le sexe, il semble que l’intégration des femmes dans la vie économique ne fasse pas partie de la stratégie globale de développement. S’agit-il ici d’un problème de valorisation du rôle et de la place de la femme au sein de la vie économique dans les pays du Maghreb ? Néanmoins, les chiffres montrent que la féminisation de certains corps de métier continue à progresser à des rythmes soutenus. Ceci est notamment le cas, par exemple, dans l’enseignement, ou les femmes sont maintenant plus nombreuses que hommes. De plus, les femmes algériennes représentent 60% du personnel de la santé, 30% du corps de la justice, 55% des journalistes, etc. D’après certains participants, les femmes représentent la population active la plus vulnérable dans notre société. En effet, il a été soutenu qu’elles sont plus rapidement licenciées que leurs collègues masculins bien qu’elles soient tout aussi motivées. Ainsi, la ségrégation professionnelle semble venir non seulement du marché du travail mais aussi d’une discrimination flagrante et latente à tous les niveaux. Les femmes forment donc une main-d’œuvre recrutée pour les taches les moins gratifiantes et les moins qualifiées, laissant les postes les plus élevés aux hommes. La discussion a démarré en mettant en évidence les conditions de vie de la femme ainsi que sa place dans le système éducatif et économique. La pauvreté est-elle toujours rattachée à ces questions? Dans les faits, il existe une forte corrélation entre le niveau d’éducation et la participation active des femmes. D’ailleurs, cette corrélation positive est suivie d’une corrélation négative entre la participation active et la pauvreté des femmes. De plus, l’éducation contribue négativement à la fécondité. Or, les enquêtes ont montré depuis toujours cette corrélation positive entre la pauvreté et la taille du ménage. Ainsi, l’éducation, en tant que facteur de développement durable pourrait contribuer à l’éradication du phénomène. Par ailleurs, une question s’est posée au sujet des retombées néfastes de l’appauvrissement accru des femmes au Maghreb. Il a été conclu que la crise économique et la baisse des revenus des ménages ont entraîné une restructuration du marché du travail qui s’est traduite par une explosion du secteur informel et des travaux à domicile. Est-ce là un refuge ou une complication de la situation ? Il est vrai que la crise économique actuelle a contribué de près à la dégradation de la situation de la femme et précisément de celle en position de chef de ménage. Le secteur informel se présente ainsi comme un refuge qui absorbe, entre autres, la main-d’œuvre féminine qui a été exclue du secteur formel. Les travaux à domicile sont quant à eux un moyen plus discret pour faire face aux difficultés financières. L’exemple des couturières et des fabricantes de gâteaux traditionnels en est la preuve. Sous certains aspects, ces activités informelles et à domicile sauvent les femmes de la pauvreté. Au fil des interventions, il est apparu clair que la discussion sur la pauvreté est loin d’être achevée. De nombreuses autres questions restent à explorer : - L’informel n’est-il pas un moyen pour la société de palier l’absence de réponse institutionnelle au chômage et à la diminution du pouvoir d’achat ?
- Comment se fait-il que, d’après les enquêtes et les statistiques, les ménages ayant à leur tête une femme soient en moyenne plus pauvres?
- Dans quel sens s’établie la relation entre les emplois sous rémunérés et le genre ?
- Dans quelle mesure les programmes d’ajustement structurel mis en vigueur depuis les années 80 au Maghreb ont-ils contribué à la précarisation des emplois féminins ?
- Peut-on affirmer qu’en général la pauvreté au Maghreb à un visage rural et féminin ?
Par ailleurs, plusieurs recommandations ont été présentées par les participants: - Rechercher un nouveau système qui ne soit ni capitaliste ni caractérisé par une centralisation bureaucratique afin que les rapports d'exploitation deviennent superflus.
- Mettre en place de mécanismes spécifiques pour appuyer le processus d'institutionnalisation de l'approche du genre.
- Encadrer les femmes qui travaillent dans l’informel afin qu’elles puissent travailler en toute sécurité sans perturber le fonctionnement du marché de l’autre.
- La mise en place d’un système éducatif permettant à toutes et à tous de garantir une formation adéquate facilitant leur insertion définitive dans le marché du travail.
Troisième semaine : Le fragile équilibre entre vie familiale et vie professionnelle Au cours de la troisième semaine du forum, les participants se sont interrogés sur l’arbitrage que fait la femme maghrébine entre sa vie privée et sa vie professionnelle. En quoi les Gouvernements des pays du Maghreb ont-ils contribué à faciliter l’articulation entre ces deux sphères ? Quelles réglementations peuvent être mises en place pour améliorer le sort des femmes maghrébines qui peinent pour conjuguer leur vie professionnelle avec leur vie familiale ? Le problème de la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle est, tout d’abord, un problème de société puisque le paradigme dominant est de dire que la conciliation est une affaire féminine et que c’est aux femmes de s’organiser pour en faire face. Ce problème peut être considéré, ensuite, comme un problème de politique sociale étant donné que la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle concerne aussi bien les hommes que les femmes. Le problème est enfin privé du moment où la division des rôles de genres dans la famille et dans la société n’a pas beaucoup bougé dans les mentalités même si elle a bougé dans la réalité. D’ailleurs, nous continuons à penser que la vie de famille est, d’abord, la responsabilité des femmes et la place des femmes est, d’abord, dans la famille. Dans ce sens, certains participants ont supposé que la participation féminine sur le marché du travail n’a été davantage acceptée que lorsque l’homme lui-même en a senti la nécessité. En d’autres termes, cette participation n’est devenue tolérée que parce que les conditions matérielles de la famille sont devenues difficiles. D’autres ont lié la participation accrue, principalement, au développement de la scolarisation qui joue un rôle déterminant à côté des aspirations en matière de promotion sociale et de qualité de la vie. D’ailleurs, les enquêtes algériennes, bien que limitées, ont montré qu’une femme qui a fait ses études supérieures assume pleinement ses responsabilités tant professionnelles que familiales quelles que soient les contraintes qu’elle subisse. Mais à quel prix ? Il est clair que le problème est ici un problème de mentalité. Dans ce sens, et précisément en Algérie, des discussions ont été entamées avec des jeunes étudiants et ont permis de conclure qu’un nombre assez élevé de garçons pensent que la femme ne doit travailler qu’à mi-temps ou bien qu’elle ne doit pas exercer certaines professions qui la mobiliseraient très loin de son foyer. Evidemment, les filles avaient un avis contraire. Cet exemple de discussions nous renvoie aux enquêtes budget temps qui son réalisées de part et d’autre au Maghreb et qui ont montré que la répartition des rôles entre homme et femme au sein de la famille évoluent mais lentement voire même plus lentement que les revendications des féministes. En Tunisie, les très rares enquêtes de ce type ont même révélé que les limites entre les taches masculines et les taches féminines se déplacent. Toutefois, en Algérie, ce type d’enquête a montré que l’essentiel des taches domestiques est assuré par les femmes qu’elles travaillent ou non. Il est vrai que les hommes commencent à changer leurs comportements à cet égard mais ceci reste marginal surtout que les services domestiques sont très peu développés. Par ailleurs, le débat a soulevé un autre problème qui porte en lui-même une solution plus au moins discutable pour faire face à la conciliation entre la vie professionnelle et la vie familiale : recourir à du personnel domestique. C'est le travail des femmes souvent analphabètes ou de petites filles arrachées à leurs familles qui permettent à certaines femmes de travailler en dehors de chez elles. Plusieurs associations ont dénoncé le travail des "petites bonnes" qui restent sans statut légal de travailleur, sans retraite, ni assurance maladie, ni organisation en termes d'heures de travail. Malgré tout, elles permettent à d'autres hommes et femmes de concilier leur vie professionnelle et familiale. A la base de ces interventions, nous avons pu recenser quelques recommandations faites de la part des participants qui ont proposé de: Multiplier les enquêtes budget temps en accompagnant une annexe budget temps aux questionnaires habituels des enquêtes sur la population, l’habitat ou l’emploi afin de sensibiliser et d’attirer l’attention des gouvernements de nos pays. Assurer un travail de médiation qui pourrait être mené avec des représentant(e)s de la population en vue d’identifier les pistes possibles d’une réelle politique d’équité. Analyser la répartition des rôles selon l’approche genre au sein du ménage dans tous les domaines en veillant surtout à identifier les obstacles empêchant la distribution équitable des activités. Mettre en place une stratégie complète pour un travail de sensibilisation et de transformation des mentalités et de changement des représentations afin d’aboutir à une plus grande implication des hommes dans la vie familiale. Veiller à ce que l'éducation des garçons et des filles au sein de leurs familles soit équitable, et ne pas permettre aux garçons d’être servis par leurs soeurs ou leurs parents. Ne pas se contenter des stratégies individuelles qui peuvent contribuer au retardement de la maternité ou même à la chute des taux de natalité pour que la femme puisse vivre une vie de couple et avoir une carrière professionnelle. Sensibiliser les gouvernants pour mettre au point des systèmes d'aide fonctionnels (temps social plus souple, congés de maternité, crèches, jardins d’enfants, cantines, espaces de loisir, transport facile, etc.) qui permettront à la femme maghrébine d'améliorer le niveau de vie de sa famille tout en gardant sa santé, et ainsi de participer au développement de notre société.
Quatrième semaine : Discriminations sur le marché de l'emploi La question de la dernière semaine de débats était de savoir dans quelle mesure la femme maghrébine est discriminée sur le marché de l’emploi? Quelles sont les femmes les plus susceptibles de souffrir de ce phénomène ? Est-ce que cette discrimination est généralisée dans les secteurs publics et privés ? Quelles sont les retombées socio-économiques de cette discrimination ? Quels types de politiques économiques faut-il adopter pour remédier à ce phénomène ? Les discussions ont été inaugurées en mettant l’accent sur le fait que les inégalités de droits, de chances entre hommes et femmes favorisent la précarisation du statut des femmes sur le marché du travail (salaires moins élevés que les hommes, carrière professionnelle entravée, chômage plus accentué ...) et par conséquent leur plus grande vulnérabilité économique. A vrai dire, le Maghreb souffre du manque d'études approfondies à ce sujet. Ce n'est pas faute de volonté des chercheurs ou d'ignorance de ces problèmes, mais souvent ces volontés sont bloquées par le manque de statistiques intégrant le genre ou encore de la monopolisation de l'information statistique. D’ailleurs, une étude qui ne consentira pas la mise en exergue des aspirations et ambitions des femmes par rapport à leurs carrières et les raisons de leur non satisfaction ne sera qu’une des nombreuses études qui continueront sagement à désagréger les données par sexes, sans que cela ne provoque un réel changement visant à créer un environnement plus sensible au genre. Malgré la rareté indiscutable des recherches faites dans ce sens, il a été noté qu’au Maroc urbain, une étude empirique a montré, à partir d’un échantillon de salariés travaillant dans le public et le privé, que les femmes salariées sont en moyenne rémunérées à peu près 31% moins que les hommes. La même étude a conclu que 40% de cet écart salarial est du à des différences de caractéristiques et 60% à des pratiques discriminatoires. Il est clair donc que le problème de la discrimination dans ce pays du Maghreb ne tolère guère son ignorance. Par ailleurs, en Algérie, la législation du travail en vigueur ne fait qu’entériner le principe constitutionnel d’égalité des sexes devant la loi. D’après certains intervenants, la législation est plutôt favorable aux femmes puisque la loi les dispense de certaines activités pénibles, insalubres ou nocturnes où les accidents de travail sont nombreux. Pourtant, il a été constaté que les femmes, dans le privé, occupent des postes de travail souvent dévalorisés. Cependant, dans le secteur public, bien que la stabilité de l’emploi est relativement plus importante, les promotions sont confiées à l’appréciation de la hiérarchie faute de plans de carrières clairement établis et honnêtement appliqués. C’est dans ce sens qu’il a été souligné, au cours des discussions, qu’hormis le code de la famille, l'égalité prônée par les textes est largement limitée par le code social qui fait qu'une femme est refreinée dans son élan aussi bien dans l'occupation de postes d'emploi que dans l'espace. De même, pour le cas tunisien, la femme rencontre plus d'obstacles que l'homme pour accéder à des postes clés malgré une volonté politique affichée au plus haut niveau de l'Etat pour garantir une certaine discrimination positive. En effet, le programme présidentiel 2004-2009 insiste sur le fait que d'ici 2009, au moins 30% des postes de responsabilité doivent être tenus par des femmes. Mais, l'imposition de tels critères quantitatifs ne garantie pas l'accès d'une certaine population à tous les types d'emploi. Les participants ont, par ailleurs, mis en évidence les études ayant montré comment l'industrie reproduit et maintient la discrimination à l'égard des femmes travailleuses. En effet, dans l'industrie, les femmes occupent souvent les emplois les moins rémunérés et les plus précaires, et cela même dans les nations industrialisées. La structure de ces emplois féminins se présente ainsi : bas salaires, niveau de syndicalisation peu élevé, protection juridique inexistante et concentration dans les industries à fortes intensité en main-d'oeuvre. Or les réalités sociales et économiques sont telles que ces emplois sont nécessaires aux femmes pour survivre, quelque soit la discrimination qui peut en découler. C’est ainsi qu’il y a eu, en Algérie, la création du comité femmes de l’UGTA (un des plus importants syndicats algériens des travailleurs) où les représentantes de ce groupe sont très actives et tentent avec beaucoup de courage de traquer toutes les discriminations qui se présentent aux femmes travailleuses. A la fin des discussions, nous avons pu dénombrer quelques recommandations faites de la part des intervenants comme: * Favoriser le développement de la formation, de l’éducation et du niveau culturel de nos sociétés. * Etudier sérieusement les mécanismes menant vers une discrimination positive. * Concevoir les études ou enquêtes selon des indicateurs qui permettront la mesure des discriminations subies par les femmes. * Multiplier les travaux empiriques pour sensibiliser nos gouvernements à ce type de problèmes fréquemment rencontrés sur le marché du travail. * Encourager le développement de l'entraide féminine via les lobbies et les associations qui auront pour tache l'amélioration de la condition de la femme et son intégration dans une économie confrontée de plus en plus à la mondialisation. * Fournir un effort double, de la part des femmes, pour montrer que leur accession n'est due qu'à leurs aptitudes professionnelles. |