Manara, Newsletter du Maghreb

Manara
Février/Mars 2012

À Propos  l   Actualités de la Banque mondiale  l   Actualités des bureaux du Maghreb

FOCUS :
 Rapport sur l’accès aux ressources financières dans la région du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord

Couverture
Le nouveau rapport régional de la Banque mondiale, intitulé "Accès aux ressources financières et stabilité : feuille de route pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord", effectue un diagnostic global du secteur financier dans la région et émet une série de recommandations sur les réformes pouvant être entreprises pour améliorer sa performance. Lire 
 


 

 

INTERVIEWS ET ARTICLES
Un atelier régional sur l’emploi et la protection sociale. Lire
Les technologies de l’information au service de l’engagement civique. Lire 
 
Lancement de l’Initiative pour l’amélioration de la qualité de l’éducation dans les pays arabes. Lire 

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À PROPOS

Manara, le phare en arabe, est la newsletter bimestrielle de la Banque mondiale pour la région Maghreb. Elle est réalisée par les équipes en place dans les bureaux de Rabat, Alger et Tunis et a pour objet d’informer le public sur les principales activités de la Banque mondiale dans les pays du Maghreb.

ACTUALITÉS DE LA BANQUE MONDIALE

Rapport sur les perspectives de l’économie mondiale
Le rapport de la Banque mondiale sur les Perspectives pour l’économie mondiale 2012 a récemment été rendu public. Le rapport souligne que les pays en développement doivent se préparer à de nouveaux risques de détérioration de la conjoncture économique et relève que la crise de la dette dans la zone euro et l’affaiblissement de la croissance dans plusieurs grandes économies émergentes assombrissent les prévisions de croissance dans le monde. Le rapport indique également que le ralentissement de la croissance est d’ores et déjà perceptible dans le fléchissement des échanges mondiaux et la diminution des prix des produits de base. Bien que les exportations mondiales de biens et de services aient connu un essor estimé à 6,6 % en 2011 (contre 12,4 % en 2010), elles ne devraient augmenter que de 4,7 % en 2012.
L’intégralité du rapport ainsi que les données qui l’accompagnent sont disponibles ici.

De quoi le monde arabe a-t-il besoin aujourd’hui? – Conversations avec la Vice-présidente de la région MENA
Un chat en direct avec la vice-présidente de la région MENA auprès de la Banque mondiale, Mme Inger Andersen, a eu lieu en janvier sur le site de la Banque mondiale, sous le thème “De quoi le monde arabe a-t-il besoin aujourd’hui?”. Le forum de discussion a permis à plus de 600 internautes de la région et d’ailleurs de dialoguer avec Mme Andersen et de partager avec elle les grands défis auxquels la région doit faire face pour combattre les inégalités et améliorer la gouvernance. La question de l’emploi a figuré au coeur des revendications des participants, qui ont souligné que cette problématique a été l’un des moteurs des mouvements qui ont secoué le monde arabe au cours des derniers mois. Pour sa part, Mme Andersen a indiqué que l’accès à l’information et l’implication de la société civile dans les aspects de gouvernance sont essentielles pour mettre en oeuvre les réformes nécessaires dans les domaines de l’éducation, de l’économie et autres. Retrouvez l’intégralité des échanges ici.

La Banque mondiale et Google mettent en place l’outil Map Maker au service du développement
La Banque mondiale et Google ont annoncé en janvier un partenariat visant à renforcer l’aptitude des pays en développement à utiliser les outils et les données de cartographie communautaire disponibles sur le Web pour assurer un meilleur contrôle des services publics et améliorer les interventions en cas de catastrophe ou de crise humanitaire. En vertu de l’accord qui vient d’être conclu, Google fournira à la Banque mondiale et à ses organisations partenaires — y compris aux administrations publiques et aux agences des Nations Unies — l’accès à son service Map Maker. Cet outil d’intégration de données géospatiales, qui est à la base de cartes détaillées de plus de 150 pays, permet à quiconque de participer directement à la création de cartes en faisant appel à ses propres connaissances ; ces ajouts sont ensuite publiés sur Google Maps et Google Earth.

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ACTUALITÉS DES BUREAUX DU MAGHREB

Un appel à propositions du Fonds pour le soutien à la société civile
Le Fonds d’ Appui à la Société Civile (FSC) relevant de la Banque mondiale lance un appel à propositions aux organisations de la société civile de la région MENA pour prendre part à un concours qui récompensera entre 10 et 20 projets en matière de responsabilisation sociale et ce, pour une enveloppe totale de 950.000 dollars. L’appel à propositions concerne cette année quatre pays dans la region MENA: le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie. La soumission des projets prendra fin le 17 février 2012. Les conditions de participation et les critères d’éligibilité sont disponibles sur le site de la Banque mondiale (Civil Society Fund).

Atelier sur le genre et les transports dans la région MENA
Un atelier sur la question du genre dans les transports urbains s’est tenu à Alger, Rabat et Tunis en décembre via vidéo-conférence et a réuni plusieurs acteurs de la société civile, professionnels du domaine des transports, bailleurs de fonds et militants de la cause féminine. Lors de cet atelier, les principaux résultats d’une étude réalisée dans la région sur le genre et les transports ont été exposés. Celle-ci  a démontré l’existence de disparités sur le plan des niveaux de services dans les différents pays de la région tout en soulignant que les défis restaient les mêmes, notamment en terme de sécurité au niveau des stations et arrêts et à bord des véhicules, ou d’accessibilité, soulevant notamment la question du poids des traditions dans l’accès de la femme arabe aux moyens de transport. La présentation a été suivie d’une discussion sur les recommandations des différents acteurs pour l’amélioration des infrastructures et des conditions de transport de façon à s’adapter aux besoins spécifiques non seulement de la population féminine mais aussi de l’ensemble des usagers.

Un atelier sur les Outils de planification du système électrique dans les pays du Maghreb
Un atelier organisé par la Banque mondiale, réunissant des représentants des ministères de l’Energie et des acteurs du secteur du Maroc, d’Algérie et de Tunisie s’est tenu le 19 décembre dernier à Alger. Sous le thème “Outils de planification du système électrique pour une meilleure intégration des énergies renouvelables dans la région du Maghreb”, l’atelier a permis aux pays participants de mieux saisir les possibilités offertes par la nouvelle génération des outils de planification des systèmes de production d’électricité et d’identifier les outils les mieux adaptés à leurs décisions de planification et de mise en œuvre. L’atelier d’Alger fait suite à un premier atelier tenu en juin dernier à Rabat et réunissant les mêmes interlocuteurs pour étudier les modèles appropriés pour la région en matière de planification du système électrique. Cette assistance technique, menée par le consultant technique AF Mercados sous la supervision de la Banque mondiale, a permis par ailleurs de souligner l'importance d'une planification à l'échelle régionale et une coordination du dispatch dans le développement et l'opération d'un système électrique avec une forte pénétration d'énergies renouvelables intermittentes.

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INTERVIEWS/ARTICLES

Un atelier régional sur l’emploi et la protection sociale

Rebekka GrunUn atelier régional sur l’emploi et la protection sociale s’est tenu les 16 et 17 janvier à Tunis à l’initiative de la Banque mondiale et en coordination avec la Commission économique et sociale de l’Asie occidentale (CESAO) et l’Organisation internationale du travail (OIT). L’atelier a réuni les acteurs concernés des domaines de l’emploi et de la protection sociale afin de discuter des défis actuels auxquels font face les sociétés de la région Afrique du Nord et Moyen Orient (MENA) en la matière.

Rebekka Grun, Économiste sénior auprès de la Banque mondiale et chargée de l’organisation de l’atelier, nous en parle :

1- Dans quel cadre s’est inscrite l’organisation de cet atelier régional et quels ont été les principaux sujets ou défis abordés ?

Rebekka Grun : Cet atelier organisé en coordination avec d’autres partenaires s’inscrit dans le cadre de consultations pour la nouvelle stratégie de protection sociale de la Banque mondiale pour la région MENA. Les participants à cet atelier ont été consultés sur leurs opinions et expériences en matière d’accès et de dissémination des informations, d’inclusion des jeunes et des femmes sur le marché du travail, de gouvernance, de renforcement des programmes d’assistance sociale et de réforme du système de subvention. Les participants ont également émis des recommandations concernant les aspects prioritaires que devrait viser la stratégie ainsi que la nécessité d’une étroite collaboration entre les différents programmes de protection sociale et entre les bailleurs de fonds.

2- Quel est le résultat escompté de cet atelier pour la région Maghreb, notamment en terme de coordination des efforts entre les bailleurs de fonds impliqués en matière d’amélioration de l’emploi et de la protection sociale dans la région ?

RG : La CESAO et l'OIT ont exprimé leur désir de lancer des partenariats dans la région, notamment pour les questions liées à l'accès aux données statistiques, à l’inclusion des personnes handicapées et au dialogue social. La Banque mondiale se réjouit d’un tel intérêt et de la complémentarité des savoirs-faire des bailleurs dans ces domaines. En outre, l'effort financier nécessaire pour améliorer les systèmes de collecte, de gestion, de préparation et d’analyse des données statistiques est important. Une meilleure coordination des bailleurs pourrait permettre de mieux couvrir ces problématiques.

3- On peut dire que les questions de la protection sociale et de l’emploi figurent au cœur des préoccupations des sociétés arabes. De quelle manière les gouvernements en place peuvent-ils relever ces défis et quelles sont les recommandations de la Banque mondiale dans ce domaine ?

RG : Ces questions appellent une réponse complexe incluant un ensemble d’activités et de réformes sur le court, moyen et long terme. Par ailleurs, les priorités diffèrent selon les pays: la réglementation de l'embauche et du licenciement font l’objet d’un véritable débat en Tunisie par exemple, beaucoup moins qu’en Égypte ou au Liban. À notre avis, pour toute réforme réussie, deux ingrédients seront importants dans l’ensemble des pays de la région :

  • Un dialogue social inclusif, c’est à dire un dialogue fort et ouvert entre les partenaires sociaux traditionnels comme les représentants des employeurs et les syndicats, mais aussi avec les partenaires non-traditionnels tels que les jeunes et les chômeurs. Ceci est indispensable pour que les futures réformes du code du travail ou de l'assurance sociale soient établies sur un consensus équilibré.

  • Un accès facilité à l’information, ainsi qu’une transparence des moyens et méthodologies utilisés, afin de garantir l’accès des partenaires sociaux à des données fiables et récentes. Cet accès permettra aussi de favoriser les analyses de ces données par les scientifiques et les médias et donc, in fine, de permettre à la population de mieux s’informer sur les choix politiques effectués par les dirigeants et leurs implications concrètes.

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Les technologies de l’information au service de l’engagement civique

Les technologies de l'information au service de l'engagement civiqueS’appuyer sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) pour renforcer la gouvernance et l’implication du citoyen dans la gestion de la chose publique, tel est le pari d’un nouveau projet lancé récemment par la Banque mondiale en Tunisie.

À la suite des bouleversements politiques et sociaux qu’a connus la Tunisie, l’amélioration de la gouvernance et de la transparence a été au cœur des revendications des citoyens qui souhaitent s’impliquer en faveur de l’amélioration des prestations des services publics.


Le projet de renforcement de l’engagement civique s’appuyant sur les TIC est basé sur une nouvelle forme de collaboration entre les citoyens, les développeurs, la communauté de « technologistes civiques » et les autorités municipales, recourant aux nouveaux outils technologiques (téléphones mobiles, Internet, logiciels et applications mobiles).
La mise au point de ces outils permettra aux citoyens de mieux communiquer avec les autorités municipales, pour transmettre de l’information sur des problèmes existants (par exemple, problèmes d’éclairage de la voie publique) mais aussi pour recevoir de l’information de la part des autorités. Les citoyens auront ainsi un moyen de participer de façon transparente à l’amélioration des conditions de prestation des services publics.
Ce projet devrait permettre à terme d’instaurer des bases solides de bonne gouvernance et de donner aux citoyens les outils nécessaires pour faire entendre leur voix et assurer un contrôle de la gouvernance locale. Les autorités auront pour leur part un outil de mesure de la qualité des services rendus aux citoyens afin de mieux répondre à leurs attentes.

Isabelle HuynhIsabelle Huynh, Responsable senior des opérations auprès de la Banque mondiale et du Projet de renforcement de l’engagement civique à travers les nouvelles technologies, nous en parle:

1- Quel est le contexte de ce projet et quels sont les acteurs impliqués dans sa réalisation ?

Isabelle Huynh : Ce projet s’inscrit dans le contexte de l’après 14-janvier, qui représente une rupture dans l’histoire politique et sociale de la Tunisie et vise à démontrer les effets gagnants-gagnants d’une meilleure coopération entre citoyens et prestataires de services publics au niveau municipal. Ce projet implique une nouvelle forme de coopération entre trois groupes : les citoyens usagers de services publics, les autorités municipales prestataires de services et la communauté des « technologistes », c’est-à-dire des personnes expertes en TIC. Cette communauté revêt des caractéristiques diverses : il peut s’agir d’étudiants en informatique, mais il peut aussi s’agir de jeunes sans diplômes qui ont une passion pour l’informatique ou de jeunes professionnels travaillant dans les départements informatiques de petites, moyennes ou grandes entreprises.  Leur point commun est l’engagement civique et leur atout repose dans leur maîtrise des TIC. Leur apport dans ce projet est crucial et il est double : d’une part, familiariser les citoyens et les autorités municipales avec les capacités de l’informatique (Internet et téléphones portables principalement), d’autre part, « inventer » des solutions informatiques légères (applications qui peuvent être téléchargées sur des appareils téléphoniques portables plus ou moins sophistiqués) ou personnaliser des applications existantes (utilisées dans d’autres pays par exemple) en prenant en compte les spécificités locales tunisiennes.

2- De quelle manière les nouvelles technologies de l’information peuvent-elles jouer un rôle en matière de renforcement de la gouvernance ? Pouvez-vous nous citer des exemples ?

IH: 95% des Tunisiens possèdent un téléphone portable et cela représente une formidable plateforme de communication et d’échange d’information, y compris pour l’amélioration des services publics. Lorsqu’un lampadaire public ne fonctionne pas, cela peut prendre une semaine à un employé municipal pour s’en rendre compte, mais un résident de la rue peut le remarquer immédiatement et le notifier par sms aux services municipaux. Ainsi notre projet consiste à mobiliser les citoyens parce qu’ils sont les mieux à même de procurer une information (« feedback ») sur les prestations des services publics.  De leur côté, les administrations municipales collecteront un nombre massif d’informations transmises par les citoyens et avec l’aide d’applications informatiques plus ou moins légères (et développées par des technologistes tunisiens), pourront en tirer un grand nombre d’analyses susceptibles d’alimenter leur système de décisions. En retour, les administrations pourront partager des informations agrégées avec les citoyens. Ainsi cela contribue à une meilleure interaction entre citoyens et administrations, à plus de transparence dans la gestion des services publics et à une meilleure gouvernance.

3- Quels sont les résultats escomptés de ce projet et les prochaines étapes ?

IH : L’équipe projet de la Banque a visité en janvier certaines municipalités (Tunis-Bardo, Sfax, Gafsa, Kasserine, Jendouba) et doit sélectionner 2 ou 3 d’entre elles pour commencer activement à mettre en place cette plateforme de collaboration sous forme de pilote. D’ici juin, l’équipe, avec l’appui de technologistes tunisiens, aura organisé un forum dans chacune de ces municipalités, durant lesquels les trois groupes mentionnés ci-dessus prendront une part active pour prioriser les problèmes perçus par les citoyens comme les plus cruciaux ; les technologistes s’attèleront alors à développer des solutions et des applications mobiles pour y répondre. Un plan d’affaires sera défini pour le déploiement de ces applications et un appel au secteur privé et aux opérateurs de télécommunication sera fait pour qu’ils se joignent à l’effort collectif. Ce projet pourrait par la suite connaître un déploiement national à travers un engagement plus important de la Banque mondiale dans la réforme sur la décentralisation.

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Lancement de l’Initiative pour l’amélioration de la qualité de l’éducation dans les pays arabes

Améliorer la qualité de l’éducation constitue l’un des principaux défis et une priorité pour l’avenir du monde arabe. Grâce à des réformes ambitieuses, la plupart des pays arabes sont parvenus à garantir un accès quasi universel à l’éducation, bien que des problèmes subsistent quant à la qualité de l’enseignement.

En effet, comparée à d’autres régions du monde, la région MENA affiche un niveau relativement médiocre en terme d’acquisition de compétences à travers l’éducation, réduisant ainsi sensiblement la compétitivité des jeunes diplômés sur le marché du travail. Pour y remédier, l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO) a mis en place en coordination avec la Banque mondiale un nouveau programme régional destiné à améliorer la qualité de l’enseignement dans le monde arabe, intitulé ARAIEQ – the Arab Regional Agenda for Improving Education Quality. Cette initiative vise à relier les actions nouvelles ou existantes menées aussi bien par le secteur privé que par le secteur public, dans le cadre d’un réseau régional plus performant et cohérent.

L’ARAIEQ sera d’abord constitué de cinq composantes régionales, supervisées par des institutions situées dans différentes villes du monde arabe et couvrant les principaux aspects de la qualité de l’éducation, notamment les politiques d’enseignement, le suivi et évaluation des acquis scolaires, l’esprit d’entreprise, le développement de la petite enfance et la rénovation des programmes scolaires, TIC et qualification.

Un atelier de lancement de l’Initiative a eu lieu le 19 et 20 janvier 2012 à Tunis faisant suite à l’obtention par l’ARAIEQ de l’aval unanime des ministres arabes de l’Éducation réunis à Tunis en décembre dernier. Cet atelier a rassemblé les ministres de l’Éducation tunisien et algérien ainsi que des représentants de plusieurs organisations et partenaires internationaux et régionaux, issus du secteur public comme du privé— dont la Banque mondiale, l’UNESCO, la Fondation du Qatar, la Banque islamique de développement, Microsoft et Intel.

Juan-Manuel MorenoQuatre questions à Juan-Manuel Moreno, Spécialiste senior en éducation et chargé du projet ARAIEQ auprès de la Banque mondiale :

1- Parlez-nous du contexte de lancement de l’Initiative pour l’amélioration de la qualité de l’éducation dans les pays arabes (ARAIEQ).

Juan-Manuel Moreno : Depuis l'indépendance, le monde arabe a fait des progrès considérables en matière d'accès à l’éducation, de lutte contre l'analphabétisme et de réduction des disparités entre les sexes. Pourtant, pour un trop grand nombre d’élèves dans le monde arabe, la scolarisation n'a pas été synonyme d'apprentissage. Une indication claire de ce fait a été relevée des résultats des premiers pays du monde arabe participant à l'épreuve TIMSS en 1999 (Test international de mathématiques et sciences). Les résultats ont été décevants et ont révélé, très nettement, que la qualité faible de l'éducation en était la cause.

Conscient de ce triste constat et de l’importance d’une éducation performante, les ministres de l'éducation de la région réunis à Doha en septembre 2010 ont souligné l’urgence d’une réforme profonde des systèmes éducatifs et la nécessité d’adopter un plan cohérent et concerté pour avancer sur ce chantier. Les ministres ont alors sollicité la Banque mondiale, l'ALECSO et la Fondation du Qatar pour élaborer ensemble un plan régional de réforme de l’éducation. D’où la naissance de l’initiative ARAIEQ, qui a été soumise aux ministres et unanimement approuvée en décembre 2010.
Bien que la Banque et l’ALECSO aient déjà commencé à travailler sur cette initiative bien avant le début du Printemps arabe, ce dernier évènement a validé, si l’on peut dire, notre travail. En effet,  le Printemps arabe a confirmé ce que beaucoup  pensaient: qu’il existe un manque sérieux d’opportunités pour les jeunes. Les populations ont vu dans cet événement une grande opportunité pour obtenir plus de transparence, un meilleur accès à l’information et une meilleure gouvernance, notamment dans le secteur de l’éducation. Il est désormais nécessaire de tirer profit de ce moment historique et de cet enthousiasme réformateur pour améliorer significativement le secteur de l’éducation, notamment grâce au lancement de l’initiative d’ARAIEQ.

2- L’atelier de lancement de l’Initiative ARAIEQ a été l’occasion de réunir les ministères compétents et les acteurs concernés du secteur de l’éducation dans le monde arabe. Quelles sont les grandes orientations qui en sont sorties ?

JMM: En mai 2011, lors des réunions fondatrices d’ARAIEQ, l’architecture de ce réseau  a été élaborée ainsi que sa structure de gouvernance. Les ministres arabes de l'Education constituent collectivement le conseil suprême de l’ARAIEQ, tandis que l’ALECSO coordonnera le réseau de programmes et toutes les activités connexes, occupant ainsi un rôle central dans l'architecture de l’ARAIEQ. L’initiative d’ARAIEQ s’appuie sur cinq programmes : le Programme pour l'éducation et d'évaluation Analyse des politiques, le Programme sur les politiques d'enseignants et de perfectionnement professionnel, le Programme de l'innovation, des qualifications, et les TIC en éducation, le Programme pour l'éducation de la petite enfance et enfin le Programme sur l'entrepreneuriat pour l'emploi et l'innovation. Ces cinq programmes visent les priorités stratégiques à mettre en œuvre pour la réforme du secteur de l’éducation.

Ceci dit, et dans le cadre du présent lancement, la priorité est de mettre en œuvre sur le terrain ces stratégies et faire de cette vision architecturale, dont la structure est maintenant bien conçue, une réalité en établissant un business plan pour chaque programme sur la manière dont se traduiront ces initiatives pour les trois ans à venir.

Chacun de ces programmes régionaux - et donc son business plan – devrait comprendre trois axes : (1) inclure une fonction de réflexion ; (2) consolider un réseau régional d'experts et de communautés de pratique ; (3) et fournir des outils et connaissances utilisables pour les décideurs et les praticiens.

3- La question de l’éducation revêt une importance particulière non seulement en terme de qualité mais aussi d’adéquation de son contenu avec la demande du marché de l’emploi. De quelle manière le secteur de l’éducation dans le monde arabe peut-il renforcer de façon efficace et à moyen terme ses prestations pour devenir un véritable tremplin pour les jeunes diplômés sur le marché de l’emploi ?

JMM : Une inadéquation a en effet surgi dans la région MENA parce que l'éducation n'a pas répondu assez rapidement à un marché du travail en évolution, dont les changements sont déterminés par les orientations de l'économie mondiale. Il existe une nouvelle demande pour une combinaison différente des aptitudes et des compétences. Cependant, la réponse des systèmes scolaires de la région a été insuffisante. Les pays de la région MENA ont accumulé de graves lacunes dans l'enseignement des mathématiques et des sciences, par exemple, qui doivent impérativement et urgemment être comblées. Il faut améliorer la qualité l’enseignement, c’est clair, mais aussi orienter l’offre éducative de sorte à ce qu’elle soit plus pertinente. Les élèves doivent être mieux préparés pour le marché de travail – mais aussi pour la vie.

4.  Quel rôle la Banque mondiale va-t-elle jouer dans le cadre de cette initiative régionale ?

JMM : La Banque a collaboré, dès le départ, avec deux organisations régionales d’importance, l’ALECSO et la Fondation Qatar, pour lancer cette initiative. Nous sommes très satisfaits de cette collaboration et nous sommes confiants dans l’avenir de cette initiative ; néanmoins, la Banque s’est donnée un délai de trois ans pour accompagner cette initiative dans ses prémices avant de passer le relais aux gouvernements de la région pour poursuivre sur la voie d’une réforme profonde et réelle du secteur éducatif.

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FOCUS

Rapport sur l’accès aux ressources financières dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord

CouvertureLe nouveau rapport régional de la Banque mondiale, intitulé "Accès aux ressources financières et stabilité : feuille de route pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord", effectue un diagnostic global du secteur financier dans la région et émet une série de recommandations sur les réformes pouvant être entreprises pour améliorer sa performance.

Le rapport indique que la difficulté d’accéder aux ressources financières est due à une défaillance de l’infrastructure financière de la région, à la faible compétitivité du secteur bancaire et au faible développement des secteurs non- bancaires (tels que les compagnies d’assurance, les mutuelles ou les fonds de pension) et des marchés de capitaux.

Le rapport souligne également que les secteurs financiers dans la région MENA sont dominés par des banques présentant des capitaux honorables mais sans diversité ou compétitivité sur le marché bancaire. Affichant des taux de crédit extrêmement élevés, les banques concentrent leur activité sur l’offre de prêts à des entreprises de l’Etat ou à de grands groupes industriels.
Le rapport recommande que le chantier d’amélioration de la compétitivité du secteur financier doit prévoir une réforme profonde du secteur, axée sur une amélioration de l’accès aux ressources financières tout en préservant la stabilité du secteur.

Roberto RochaInterview avec Roberto Rocha, Conseiller principal auprès de la Banque mondiale et auteur du rapport:

1- La crise économique mondiale, le printemps arabe, les bouleversements politiques et sociaux. Comment les pays de la région ont-ils fait face à ces remous sur le plan financier et quelles sont les répercussions probables de ces événements à moyen terme sur le paysage financier dans la région ?

Roberto Rocha : Les événements récents ont mis la lumière sur les défaillances du système financier dans la région MENA. En effet, nous pouvons noter un lien évident entre le soulèvement des peuples et le faible accès des agents économiques au produits financiers. A titre d’exemple, une des revendications phare des manifestants était l’emploi; or, une façon de stimuler le secteur de l’emploi serait un accès facilité aux fonds pour les petites et moyennes entreprises qui représentent les principaux employeurs. Sur le plan privé, les jeunes couples mariés de la région trouvent beaucoup de mal à financer leur installation avec tous les coûts que cela implique en terme d’achat de logements ou autres. En d’autres termes, nous pouvons dire que le système financier n’offre pas les services essentiels que l’on attend de lui et cette déficience a participé en partie, avec d’autres facteurs, à nourrir la colère et les frustrations exprimées lors du Printemps arabe.

Le rapport apporte une série de recommandations et de propositions de réforme qui ont pour objet d’offrir un accès étendu aux produits financiers dans la région. L’impact à moyen terme de ces événements sera probablement variable d’un pays à l’autre. Certains pays ont déjà pris de l’avance en mettant en oeuvre des réformes audacieuses pour développer leur système financier, d’autres ont encore du chemin à faire pour obtenir un développement effectif du secteur. Je dirais qu’il y a une conscience générale de la nécessité de diversifier et de renforcer les systèmes financiers et le rapport apporte pour sa part  aux décideurs un série de mesures et d’orientations pour les aider à mettre en oeuvre les réformes nécessaires.

2- Le rapport épingle un faible accès des pays de la région aux ressources financières. L’introduction de sources alternatives de financement, telles que la finance islamique, serait-elle une solution pour améliorer la compétitivité du marché financier ?

RR: La finance islamique représente une alternative mais ne peut jouer le rôle de panacée aux défaillances des systèmes financiers dans la région. Elle représenterait une alternative dans la mesure où de nombreux ménages dans la région hésitent à placer leurs capitaux et des entreprises ou groupes industriels à emprunter auprès d’établissements financiers ne se conformant pas aux principes de la Charia. Offrir cette alternative permettrait de combler un certain déficit et donc de diversifier le marché financier. Cela en va de même pour le marché des assurances qui pourrait s’étoffer en proposant une offre plus conforme à la Charia.

L’introduction de la finance islamique aussi bien dans le secteur bancaire que dans les assurances permettrait donc un meilleur accès aux produits financiers. Cependant, le chantier de réforme du secteur est bien plus large, il comprend notamment la restructuration de l’infrastructure financière, la promotion d’une meilleure compétitivité du secteur bancaire et le développement des secteurs non-bancaires et des marchés des capitaux.

3- Le rapport indique que les secteurs financiers de la région sont dominés par des ensembles bancaires peu compétitifs et que les institutions non-bancaires, telles que les companies d’assurance, les mutuelles ou les caisses de retraite, restent marginalisées. Quelles sont les recommandations du rapport dans ce domaine?

RR: Le rapport prévoit un programme de réformes pour chaque type d’institution financière: les assurances, les fonds de pension, les mutuelles, les établissements de leasing et de factoring. A titre illustratif, nous pouvons nous attarder sur le secteur des assurances.

Ce dernier reste peu développé dans la région MENA pour une série de raisons. Le secteur comprend les volets assurance vie et l’assurance des dommages et dans chacun de ces domaines, l’introduction d’assurances obligatoires, notamment dans le domaine des transports, des travaux publics ou dans les zones exposant le public à un risque, serait une solution pour permettre d’introduire plus de ressources et de croissance dans le secteur. Pour les secteurs où l’assurance est en revanche obligatoire, tels que les assurances des véhicules en circulation, il existe une autre difficulté sur le plan de leur application.

En ce qui concerne les assurances vie, le rapport énonce une série de recommandations. Un pays comme le Maroc par exemple a réussi à developer le secteur vie en partie à travers de la bancassurance, c’est à dire, la commercialisation des produits d’assurance par les réseaux bancaires,  néanmoins, la réglementation doit être solide et stricte dans ce domaine pour prévenir les abus. Sans parler de la question de la confiance, sachant que la réputation du secteur des assurances laisse à désirer dans la région et les organismes de protection des consommateurs ont un rôle à jouer  en terme de veille et de prévention des abus, de façon à promouvoir le secteur.
Concernant le secteur du leasing, nous avons été surpris des conclusions du rapport qui relève un faible développement du secteur dans la région, malgré le fait qu’il soit conforme aux principes de la Charia. Nous disposons dans le site Internet de la Banque d’un véritable document d’analyse sur le secteur du leasing dans la région, qui a démontré que la législation dans le domaine reste faible, notamment en matière de protection des droits des parties impliquées dans les contrats de leasing, sans parler de la question de la fiscalité imposée au secteur qui est contraignante et participe davantage au faible développement du secteur dans la région.

4- Existe-t-il un paysage de développement financier homogène dans la région du Maghreb?

RR: Le rapport identifie trois principales sous-régions dans la région MENA: les pays du Golfe, qui affichent le revenu par habitant le plus élevé d’un côté et de l’autre deux groupes de pays, le premier groupe  incluant des pays dont le secteur bancaire est dominé par le secteur privé (par exemple, le Maroc, la Tunisie, le Liban, la Jordanie)  et enfin les pays dont le secteur bancaire est largement dominé par l’Etat (tels que l’Algérie, la Libye, la Syrie ou  l’Iraq). 

Dans la région du Maghreb, nous dirions que le Maroc et la Tunisie se classent parmi la deuxième catégorie de pays. Le Maroc par exemple fait figure de bon élève dans le rapport et ses efforts de réforme sont largement reconnus. En effet, le gouvernement marocain poursuit ses réformes pour diversifier l’offre financière et a été capable de développer de nombreux produits financiers, bien qu’il reste encore quelques lacunes à combler, notamment en matière de législation. La Tunisie emboîte également le pas au Maroc en lançant un programme de réformes prometteur notamment dans le secteur bancaire. Le reste des institutions financières, telles que les assurances et autres, doit néanmoins être davantage promu.

Dans la troisième catégorie de pays, on peut inclure l’Algérie et la Libye, dont le programme de réforme et de développement du secteur financier est plus étendu. Pour ces deux pays, dont les institutions financières sont dominées par l’Etat, des efforts doivent être menés en matière de restructuration du système financier et de réduction du rôle de l’Etat. Cependant, la décision de réforme reste politique et le rapport apporte une feuille de route technique pour les décideurs, en leur présentant une série de mesures qui peuvent aider à développer le secteur de façon effective.

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