Des communautés indiennes reprennent les choses en main après le tsunami.

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Lorsque la catastrophe a frappé l’Inde, le 26 décembre, 36 000 familles de pêcheurs, dans six districts de l’État indien du Sud de l’Andhra Pradesh (les districts de Nellore, Prakasam, Guntur, Krishna, Est Godavari, et Ouest Godavari) ont vu leurs moyens de subsistance réduits à néant en moins d’une heure. Mais c'est une autre histoire qui est maintenant en train de s’écrire, une histoire faite de la volonté des communautés locales de ne pas se laisser abattre, et de la coopération extraordinaire entre ces communautés, le gouvernement, les ONG, les institutions financières et les bailleurs de fonds.

 

 

 

Les dégâts dus au tsunami

Le tsunami a touché directement six districts côtiers, mais il n’a pas tué aussi massivement que dans d’autres régions. Néanmoins le bilan est lourd. Selon les statistiques officielles, 105 personnes ont perdu la vie. Environ 36 500 familles dans 324 villages côtiers, dont la pêche était le principal moyen de subsistance, ont tout perdu. 15 000 autres ont été indirectement affectés et 50 000 familles ont du être évacués.

Les villages ont perdu tous leurs bateaux, filets, et moteurs de hors-bord. Le tsunami a détruit plus de 200 maisons, et endommagé les cultures et les exploitations salines. Les dégâts ont continué dans les jours qui l’ont suivi. Les pêcheurs avaient peur de prendre la mer, et leur anxiété ne faisait que croître avec la continuation des répliques sismiques.

 

La Banque mondiale sur le terrain

Depuis 2003, la Society for the Eradication of Rural Poverty (SERP), une société pour l’éradication de la pauvreté en milieu rural, a travaillé avec ces communautés de pêcheurs pour mettre en place le VELUGU, un programme de réduction de la pauvreté financé par le gouvernement indien, le gouvernement de l’Andhra Pradesh et la Banque mondiale. Ce programme est financé au travers du projet de réduction de la pauvreté rural dans l’Andhra Pradesh.

Le VELUGU utilise des coordinateurs locaux pour renforcer les groupes d’auto-assistance féminins et les organisations villageoises de façon à développer des moyens de subsistance parmi les plus pauvres de ces communautés.

Dans cette partie de l’Inde, des milliers de ménages dépendent de la pêche pour leur subsistance. Environ un an après le démarrage des opérations, le programme avait déjà investi plus de 800 000 dollars EU et mobiliser 1,8 million de dollars EU grâce aux liens établis entre 2 017 groupes communautaires et des institutions financières. Avec cet argent, les communautés avaient pu acheter des bateaux et des filets, et mettre en place les fonds de roulement nécessaires pour vendre le poisson, le faire sécher et construire des petits marchés le long de la côte.

 

La réponse à la catastrophe

Après la catastrophe, les secours et les premières activités de réhabilitation sont venus de tous côtés. Mais surtout, ces organisations villageoises, grâce au programme VELUGU, avaient acquis des compétences, un sens de l’organisation et un niveau de confiance qui allaient leur permettre de répondre de façon rapide et efficace au désastre. De plus, une relation de confiance avait commencé à se développer entre, ces villages et d’autre part, le gouvernement, la société civile et les banques.

 

« Après que le tsunami ait frappé les zones côtières de l’Andhra Pradesh, » dit Vijay Kumar, le président du SERP, « j’ai fait trois visites et ai passé environ 10 jours dans les villages de pêcheurs. La qualité et le calibre de l’esprit dont ils font preuve devant cette calamité sans précédent me remplissent d’humilité. Le tsunami est un phénomène nouveau pour ces gens, et il ne fait pas véritablement partie de leur vécu traditionnel et collectif comme les cyclones et les autres catastrophes naturelles. Et pourtant, malgré cela, ils ont fait face avec courage à la tragédie et sont en train de reconstruire leurs vies.»

 

Le réseau qu’avait réussi à constituer le projet a permis à son personnel d’atteindre rapidement chacune des familles dans les communautés de pêcheurs. Par exemple, dans le district de Krishna, des groupes ont commencé à faire l’évaluation des dégâts dés le 27 décembre. Les communautés se sont activées à organiser des femmes qui jusqu’ici n’avaient pas fait partie de groupes d’assistance et ont redynamisé des groupes qui s’étaient dissous.  

 

« Ce que nous voyons aujourd’hui sur le terrain, » dit Parmesh Shah, le chef du projet de réduction de la pauvreté rurale dans l’Andhra Pradesh, « démontre la sagesse d’investir dans le capital social lorsque tout va bien. Lorsque la crise frappe, les communautés parviennent à reprendre pied beaucoup plus rapidement. Confrontées à cette tragédie, les communautés, la Banque mondiale, le Gouvernement, la "Society for the Eradication of Rural Poverty", et le secteur privé travaillent tous ensemble, non seulement pour restaurer ce qui a été perdu mais pour construire une économie locale beaucoup plus solide et plus diversifiée pour ces communautés côtières. La réadaptation de ce projet auquel nous assistons est riche de leçons pour les programmes de développement conduit par les communautés financés par la Banque. »


Perspective locale

 

Selon B.Rajsekhar IAS, Juge de paix dans le district de Nellore, « le tsunami nous a donné l’occasion de mieux comprendre le monde des communautés de pêcheurs. C’est un monde complexe, fortement lié à la nature. Contrairement à d’autres communautés, ces familles vivent dans leurs îles, coupées du reste de la société. »

Les femmes n’ont guère de statut dans ces communautés, et les chefs de caste règnent de façon absolue. Nous avons aujourd’hui, peut être pour la première fois, des femmes qui sont assises à côté des chefs de caste dans les villages et participent aux discussions au niveau des districts.

Le tsunami a donc donné à ces communautés la chance d’avoir des interactions avec le reste de la société et à celle-ci de mieux les connaître. Et la réponse sous forme d’aide donnée par la communauté internationale au tsunami a non seulement comblé ces communautés mais leur a aussi donné une leçon d’humilité. »

 

La reconstruction commence avec la micro planification

Pour la première fois dans l’histoire, l’État fait appel à une participation communautaire intensive pour répondre à une catastrophe naturelle. Le résultat est qu’aujourd’hui le risque d’un mauvais ciblage, d'un retard ou d’un détournement de l’aide est considérablement réduit. La réponse a également renforcé la confiance des communautés dans le projet, le gouvernement, la société civile et les banques.

Selon l’évaluation, il faudra environ 11,5 millions de dollars EU pour pouvoir remettre sur pied immédiatement les moyens de subsistance des 36 441 familles affectés. Le VELUGU a réalloué ses fonds en faveur des zones côtières, et, à la mi-janvier il avait déjà décaissé 962 000 dollars EU.

Moins d’un mois après le choc du tsunami, les organisations villageoises ont mis au point des micro-plans pour la reconstruction, les banques privées ont fourni des prêts (60 %), des fonds d’investissement communautaire sont en place (40 %), et les premières barques de pêche ont été commandées. De plus, le gouvernement a accepté de donner directement l’argent de l’aide aux organisations villageoises pour aider ces villages à reconstituer les économies communales emportées par la vague du Tsunami.

 




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