5 juin 2006 — La forte densité de population, l’analphabétisme et la médiocrité des infrastructures sanitaires, constituent autant de défis dans la lutte contre la propagation du virus de la grippe aviaire en Asie du Sud. «Le risque est plus élevé dans les pays ne disposant pas de systèmes de surveillance efficaces», explique M. Julian Schweitzer, Chargé du développement humain dans la région de l’Asie du Sud. «C’est certainement le cas dans de nombreux pays sud asiatiques», ajoute-t-il. A la veille de la réunion de haut niveau prévue à Vienne, du 6 au 7 juin, sur la grippe aviaire, M. Schweitzer affirme que la région de l’Asie du Sud est à haut risque, à cause du rôle important des volailles dans la vie de nombreuses personnes. Selon lui, «La cohabitation entre humains et volailles, augmente les risques de transmission du virus HA5N1 à l’homme.» L’épizootie de grippe aviaire qui a commencé en Asie du Sud Est, au milieu de l’année 2003, a maintenant touché certaines parties de l’Europe. Des foyers de grippes aviaires ont été identifiés dans neuf pays asiatiques. Le virus est maintenant endémique dans la population de volaille de plusieurs des pays initialement affectés. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’incidence de la maladie sur les personnes s’est traduite par 127 pertes en vies humaines sur 224 cas d’infections. Si aucun cas de grippe humaine n’a été rapporté en Asie du Sud, certains pays comme l’Afghanistan, l’Inde et le Pakistan ont, tout de même, enregistré des foyers de grippe aviaire parmi leurs populations de volailles. Ainsi donc, l’Inde, le Pakistan et l’Afghanistan ont procédé, depuis février, à l’abattage de centaines de milliers de poulets et à la fermeture des fermes d’élevage de volailles. «Une fois, le virus détecté, il est impérieux de procéder à l’abattage des volailles», explique M. Schweitzer. L’Inde, qui a particulièrement été affectée par cette flambée, a réagi en procédant à l’abattage massif de volailles dans et autour des districts de Nandurbar et de Jalgaon, dans l’Etat de Maharashtra. M. Schweitzer se dit, satisfait, jusque là, de la réaction de l’Asie du Sud, face à la menace de la grippe aviaire. Il cite l’Inde en bon exemple: «Les autorités indiennes ont rapidement procédé à l’abattage massif de volailles, contribuant ainsi à arrêter la propagation de la maladie». L’abattage des volailles pose tout de même un autre problème: celui de l’indemnisation des fermiers affectés. Cette question est une composante essentielle de la stratégie de la Banque mondiale en matière de lutte contre la grippe aviaire, car comme le dit M. Schweitzer, «Il est absolument primordial d’indemniser les fermiers pour éviter qu’ils cachent les cas d’infections». Réponse de la Banque mondiale Face à la menace croissante de la grippe aviaire dans le monde, la Banque mondiale soutient les pays de l’Asie du Sud afin d’améliorer la surveillance en matière de santé animale et humaine, et de renforcer les capacités à faire face à une éventuelle pandémie de grippe humaine d’origine aviaire. Les opérations de la Banque mondiale visent à renforcer les capacités des laboratoires ainsi que les compétences en matière de diagnostique clinique du virus HPAI, de manière à ce que toute épidémie puisse être rapidement détectée et maîtrisée. Par ailleurs, les projets ont, entre autres objectifs, d’amener les fermiers à utiliser des mesures préventives appropriées dans la gestion des fermes. Les projets, devraient en fin de compte, permettre de renforcer les capacités de réaction des systèmes de santé. Les évaluations nationales des stratégies des États, leurs réponses et préparation face à la menace d’une éventuelle épidémie viennent d’être achevées pour l’Afghanistan, le Bangladesh, l’Inde, le Népal, le Pakistan et le Sri Lanka. «Nous sommes en train de préparer des projets qui seront mis en oeuvre dans les prochains mois», confie M. Schweitzer. «Ceux-là comprennent une série de projets indépendants, et dans certains cas, des amendements aux opérations existantes, afin de nous permettre simplement d’ajouter une composante “grippe aviaire” ». De lourdes conséquences économiques La grippe aviaire demeure un sérieux risque pour l’économie régionale, du fait de la possibilité de mutation du virus en une forme facilement transmissible entre humains et contre laquelle la population n’est pas immunisée. Selon le Global Development Finance Report (a), de la semaine écoulée, une grave pandémie de grippe aviaire, en Asie du Sud, pourrait induire une réduction de 5% environ du PIB, ce qui constituerait une récession majeure. «Les conséquences économiques d’une transmission interhumaine du virus seraient catastrophiques, avec en prime, une grande perturbation économique à tous les niveaux: commerce, biens, alimentation, et transports de tout genre», affirme M. Schweitzer. Il pense que le fardeau économique potentiel de la grippe aviaire a incité les pays à solliciter rapidement l’aide de la communauté internationale. «Mieux vaut et de loin, prévenir que guérir», affirme M. Schweitzer. «Le coût approximatif nécessaire à la mise en œuvre en commun de ces projets de prévention est infime, comparé au coût économique potentiel d’une pandémie de grippe humaine due à la transmission interhumaine du virus.» La conférence de Vienne La réunion d’une semaine à Vienne regroupera les bailleurs de fonds, les ministres de la santé et de l’agriculture et d’autres officiels des pays affectés, ainsi que les experts internationaux en santé publique et animale. Elle servira de cadre pour le suivi des engagements pris en Janvier à la conférence des bailleurs de fonds à Beijing (a). Cette conférence a pour objectif de faire l’état de la préparation et de la mise en oeuvre des stratégies nationales visant à prévenir, endiguer et réagir face à la grippe aviaire. Elle permettra également de discuter de la coordination des initiatives nationales et mondiales. |