Les ministres des Finances exhortent la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) à intensifier l’aide aux pays en développement

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  • Le resserrement prolongĂ© des crĂ©dits risque d’entraĂ®ner les pays vers un ralentissement Ă©conomique
  • En cas de baisse de l’investissement direct Ă©tranger et des diffĂ©rentes aides, l’Afrique subsaharienne serait encore plus durement touchĂ©e
  • En AmĂ©rique latine, la contagion financière a dĂ©jĂ  des consĂ©quences sur les exportations, le tourisme et sur les envois de fonds
  • La rĂ©cession en Europe et en Asie centrale pourrait ralentir les transferts de fonds vers les Ă©conomies Ă  faible revenu de la rĂ©gion
  • La Banque mondiale dispose d’un capital de 40 milliards de dollars. En cas de besoin, elle est en mesure de doubler ses prĂŞts

16 octobre 2008 - L’économie mondiale était au cœur de toutes les préoccupations lorsqu’ont débuté les Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI. À leur clôture, les nations membres ont exhorté la Banque mondiale et le FMI à se servir de l’ensemble des ressources mises à leur disposition pour aider les pays en développement à surmonter les retombées de la tourmente financière.

Parallèlement, le 12 octobre dernier, les ministres des Finances et du Développement ont décidé que les pays industrialisés ne devaient pas tourner le dos à leurs engagements (a) concernant l’augmentation de l’aide aux pays en développement, déjà rendus exsangues par des prix alimentaires et énergétiques élevés.

Dimanche, le président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, a mis en garde contre le risque que courent les pays en développement : “Tous leurs efforts pour améliorer la qualité de vie de leurs populations peuvent être remis en question, si le resserrement des crédits ainsi que le ralentissement économique mondial devaient se prolonger”.

“Les ondes de choc financières, parties des Etats-Unis et de l’Europe, vont se propager dans l’économie mondiale”, a-t-il ajouté.

Selon les estimations de Robert B. Zoellick, 100 millions de personnes ont rejoint les rangs des pauvres cette année et ce nombre devrait encore augmenter.

“L’homme est à l’origine de cette catastrophe, explique Robert B. Zoellick. “Nous seuls, par nos actions et nos réponses, avons la capacité d’y faire face.”

Des conséquences apparaissent déjà à certains endroits

Selon Robert B. Zoellick, la crise financière pourrait conduire de nombreux pays en développement à un “seuil critique”.

L’Afrique subsaharienne est l’une des régions les plus durement touchées par la hausse des prix des denrées alimentaires et du pétrole. Si le flux de l’investissement direct étranger et des aides à l’Afrique devait diminuer à cause de la crise financière, estime Shanta Devarajan, économiste en chef à la Banque mondiale pour la région Afrique, cette région pourrait souffrir encore davantage.

“C’est la vie de centaines de millions d’Africains qui est menacée”, affirme sur son blog Shanta Devarajan, “y compris les deux millions de personnes qui suivent un traitement contre le SIDA”.

La contagion financière a déjà atteint les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, constate l’économiste en chef de la Banque mondiale pour la région, Augusto de la Torre. A présent, elle commence à toucher les exportations, le tourisme et les envois de fonds (les sommes d’argent envoyées par les travailleurs migrants dans leur pays d’origine).

Selon Augusto de la Torre, la région connaît un net recul des indices boursiers et des réajustements monétaires importants. Le ralentissement de la croissance mondiale pourrait provoquer un ralentissement de la croissance en Amérique latine, qui, de 5,6% en 2007, passerait à 4,6% en 2008 avant de diminuer encore pour se situer entre 2,5% et 3,5% l’année suivante.

Lors d’une table ronde qui s’est tenue pendant les Assemblées annuelles, des économistes ont estimé que la chute des prix du pétrole allait aussi probablement ralentir la croissance dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, où elle pourrait baisser cette année de 5,7% à 4%. À noter que certains Etats de la région ont été tout particulièrement affectés par la crise alimentaire.

Selon les économistes de la Banque mondiale, la plupart des pays de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale sont susceptibles de connaître un ralentissement de la croissance. Une telle baisse en Europe de l’Ouest et en Russie, au Kazakhstan et en Ukraine frapperait les économies à faibles revenus en freinant les envois de fonds.

Quant à Shigeo Katsu, Vice-président de la Banque mondiale pour la région, il explique que cet argent qui provient d’amis et de parents, représente pour un grand nombre de pays à faibles revenus ou à revenus intermédiaires, “la source la plus importante de finances externes” et que les conséquences de la baisse de ces envois de fonds sont “plus durement ressenties par ceux qui sont déjà touchés par la crise alimentaire et énergétique.”

La Banque mondiale pourrait doubler ses prĂŞts

Selon Robert B. Zoellick, la Banque dispose d’un capital de 40 milliards de dollars. En cas de besoin, elle serait prête à doubler ses prêts aux pays en développement. L’an dernier, la Banque mondiale a prêté 13,5 milliards de dollars issus de ce fonds. “J’imagine, affirme-t-il, que cette somme va considérablement augmenter cette année.”

Par ailleurs, les nations se sont engagées l’an passé à verser la somme record de 41,7 milliards de dollars à l’IDA (Agence de développement international), le fonds de la Banque mondiale pour les 78 pays les plus pauvres du monde. La Société financière internationale (IFC), qui est l’un des organes de la Banque mondiale pour le secteur privé, cherche à mettre en place un fonds dont la mission serait d’aider à la recapitalisation des banques dans les pays en développement.
L’IFC indique qu’elle pourrait contribuer à ce fonds à hauteur d’1 milliard de dollars environ et qu’elle cherche à lever 2 milliards de dollars supplémentaires auprès de diverses sources, notamment des institutions financières internationales (IFI), des banques commerciales et autres investisseurs.

Un peu plus tôt dans l’année, la Banque mondiale a tenté de répliquer à la crise alimentaire et énergétique à l’aide d’un mécanisme de financement rapide de 1,2 milliard de dollars. Ses objectifs : apporter immédiatement de l’aide aux pauvres et mettre en place un nouveau plan afin de relancer l’agriculture et assurer la sécurité alimentaire en Afrique. Au sein de ce mécanisme de financement rapide, quelque 850 millions de dollars ont été, soit approuvés, soit déjà injectés. Lors des Assemblées annuelles, l’Australie a annoncé sa contribution d’un montant de 50 millions de dollars australiens au mécanisme d’aide financière aux importations alimentaires.

Robert B. Zoellick a indiqué que le Groupe Banque mondiale est en train de mettre en place une nouvelle initiative intitulée "Énergie pour les pauvres". Grâce à la mobilisation d’un certain nombre de donateurs, elle permettrait aux pays de renforcer leur système de protection sociale afin de protéger les pauvres des répercussions des factures élevées de carburant.

Il est nécessaire de moderniser le multilatéralisme

Selon Robert B. Zoellick, avec le contexte de la crise mondiale actuelle, le monde a besoin de repenser sa manière de résoudre les problèmes économiques. Il a notamment préconisé de remplacer le G7 par un groupe de pilotage incluant les économies émergentes.

Il a ajouté qu’il était nécessaire de redéfinir le multilatéralisme économique et d’élargir son rôle au-delà des domaines des finances et du commerce qui lui sont traditionnellement dévolus. D’autres problèmes économiques sont en jeu, tels que l’énergie, le changement climatique ainsi que la stabilisation des pays fragiles et sortant d’un conflit. Ces problèmes dépassent le cadre des discussions mondiales sur la sécurité et l’environnement.

 

 




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