La crise économique mondiale : quels impacts sur l'Afrique subsaharienne?

Paris, le 9 mars 2009

Reconnaissant l’intérêt particulier que représente l’Afrique pour la coopération et la politique étrangère françaises, l'économiste en chef pour l'Afrique à la Banque mondiale, M. Shanta Devarajan (a), était en visite à Paris les 9 et 10 mars où il a rencontré un large éventail d’acteurs du développement du gouvernement et de la société civile.

Lors d'une conférence à l'Institut Français des Relations Internationales (Ifri), introduite par Jacques Mistral, directeur des Etudes Economiques et Alain Antil, responsable du programme Afrique subsaharienne, et rassemblant plus de 140 représentants du milieu académique, de cercles de réflexion, et de la société civile, il a présenté l’impact de la crise financière et économique et les mesures prises par la Banque mondiale pour l’atténuer.

Selon Shanta Devarajan, l’Afrique n’est pas isolée de cette crise. L’effet de transmission s’exerce au travers de plusieurs canaux :

  • Le recul des flux de capitaux, notamment des investissements étrangers privés, dont certains pays tels que l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Angola, le Tchad, la Guinée équatoriale dépendent largement,
  • La diminution des transferts de fonds des migrants : les transferts, estimés actuellement à 20 milliards de dollars pour l’Afrique, proviennent à 75% d’ Europe et des Etats-Unis et représentent une très large part du RNB de certains pays,
  • La crainte d'un ralentissement de l'aide publique étrangère de la part de pays développés déjà affectés par la crise,
  • La chute du prix des matières premières telles que le pétrole ou d'autres produits du secteur minier risquant d’affecter les pays dépendant largement ou exclusivement de ces ressources, comme l'Angola.

M. Devarajan a rappelé que l’impact de la crise sur l'Afrique est double : économique d’une part -le taux de croissance de l’Afrique en hausse continue depuis 1995 et qui avait atteint 5,4% en 2008 pourrait décélérer à un niveau de 3,3% en 2009 ; humain surtout : la Banque mondiale a estimé récemment que le ralentissement économique pourrait entraîner 53 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté, et selon M. Devarajan, si la chute de la croissance en Afrique est typique de celle qu’a connue le continent ces 25 dernières années, la mortalité des enfants de moins de un an pourrait s’accroître de 700 000 chaque année tant que la crise persistera.

Dans ce contexte, la Banque mondiale essaie de répondre par des mesures adaptées à la situation économique de chaque pays en fonction de l’urgence de la réponse à apporter. Par exemple, la République démocratique du Congo a récemment bénéficié d'un don de 100 millions de dollars dans le cadre de l'assistance financière à décaissement rapide. Dans d'autres pays, il est prévu de fournir des services de conseils et d'assistance financière, de réexaminer les opérations en cours, d’accélérer les procédures d’obtention des fonds IDA (aide apportée aux pays les plus pauvres), de procéder à des relances fiscales, d'avoir un dialogue très suivi avec la société civile et les acteurs du développement locaux.

M. Devarajan a par ailleurs rappelé la suggestion du Président de la Banque mondiale, M. Robert Zoellick, que les pays développés consacrent 0,7% de leurs plans de relance à un Fonds Vulnérabilité qui constituerait une aide supplémentaire aux pays les plus vulnérables. Il a également évoqué la Facilité de Crise pour l'Infrastructure de 300 millions de dollars de la Société financière internationale, la branche du secteur privé du Groupe de la Banque mondiale.

Lors de la réunion organisée au MEDEF en présence d'une quarantaine de représentants d'entreprises françaises des secteurs des transport, de l'agriculture, des télécommunications, de l'énergie, de l'eau et du secteur bancaire, M. Devarajan a présenté le Plan d’Action pour l’Afrique et le travail effectué conjointement par la Banque mondiale et les gouvernements africains sur les réformes destinées à améliorer la compétitivité et le climat de l'investissement.

Les interventions de M. Devarajan ont suscité des échanges animés. Plusieurs interlocuteurs ont soulevé la nécessité de travailler directement avec le secteur privé et la société civile dans les pays africains pour renforcer les mesures entreprises par la Banque mondiale contre les effets néfastes de la crise. Les approches visant le renforcement de la politique agricole régionale, la sécurité alimentaire et la politique industrielle en Afrique ont également suscité des débats passionnés. Le risque de ré-endettement de certains pays, leur part disproportionée du fardeau du changement climatique, les transferts de fonds des migrants et l’urbanisation ont egalement ete abordés.

Shanta Devarajan a créé un blog sur l'Afrique intitulé ‘Africa Can’ à travers lequel il invite chacun à discuter en anglais et en français des sujets de développement et de croissance durable en Afrique, et à diffuser des analyses et des données sur les réussites et les problèmes rencontrés dans le développement des pays africains.

Intervenants:

- M. Shanta Devarajan - Economiste en chef pour la région Afrique, Présentation.

 
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