Quel avenir pour l’Amérique latine ?

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  • Un nouveau livre soutient que l’Amérique latine risque de devenir « mondialement dépourvue de pertinence ». 
  • Les ressources naturelles et des exportations technologiques plus importantes sont perçues comme le futur créneau de la région dans l’économie mondiale.
  • Les prix élevés des matières de base constituent l’occasion d’intensifier la modernisation.
  • Les pays doivent mettre l’accent sur l’innovation pour tirer parti de leurs avantages géographiques.

Le 26 mars 2008 — Il y a trois ans, Andres Oppenheimer, auteur lauréat d’un prix Pulitzer, a suscité un débat sur l’avenir de l’Amérique du Sud avec son livre Cuentos chinos (Histoires à dormir debout). Ce livre était une mise en garde avertissant que le boom économique lié aux matières premières que connaît actuellement l’Amérique latine cache le retard de cette région sur le reste du monde en développement, surtout par rapport à l’Asie.

Pire encore, l’Amérique latine risque de devenir dépourvue de pertinence à l’échelle mondiale dans les 20 prochaines années, comme le souligne M. Oppenheimer dans la nouvelle édition nord-américaine de son livre, Saving the Americas: The Dangerous Decline of Latin America and What the US Must Do (a) (Sauver les Amériques : le dangereux déclin de l’Amérique latine et ce que les États-Unis doivent faire).

À en juger par la foule qui était réunie récemment à la librairie de la Banque mondiale pour voir l’éditorialiste du Miami Herald, son analyse de l’avenir de la région intéresse aussi à l’extérieur de l’Amérique latine.

D’un côté, les signes vitaux de l’économie de la région semblent raisonnablement bons, comme l’admet M. Oppenheimer. Les ventes de pétrole, de cuivre et d’autres matières de base sont en plein essor. La croissance économique moyenne est de près de 5 % et certains pays connaissent un rythme encore plus rapide.

Cependant, comme M. Oppenheimer et d’autres le font remarquer, la croissance de l’Amérique latine est inférieure à celle d’autres régions en développement. De plus, cette croissance n’a pas permis à la région de devenir plus équitable. L’Amérique latine souffre encore d’importants écarts entre les riches et les pauvres tandis que dans les pays asiatiques où la croissance est encore plus rapide, comme la Chine et l’Inde, la pauvreté est en forte baisse.

Au lieu d’accueillir les investissements étrangers et domestiques comme les pays asiatiques l’ont fait, les pays d’Amérique latine n’ont pas réussi à régler les problèmes tels que la criminalité et la lourdeur commerciale qui découragent les investisseurs et les entrepreneurs locaux et étrangers, affirme M. Oppenheimer, qui a visité 10 pays d’Amérique latine, la Chine, l’Inde et l’Europe pour écrire son livre.

Opportunités : l’enjeu de demain

« L’Amérique latine se préoccupe beaucoup des inégalités. Elle devrait se préoccuper davantage des opportunités. Selon Marcelo Giugale, directeur à la Banque mondiale de la politique économique et des programmes de réduction de la pauvreté pour la région de l’Amérique latine et des Caraïbes, l’objectif ne devrait pas être l’égalité, mais l’équité, c’est-à-dire l’accès aux même opportunités pour tous les citoyens de la région ».

« Dans ces pays, on accorde encore trop d’importance à ce que votre famille détient, à la couleur de votre peau, à l’éducation de vos parents ou encore au fait d’être né en ville ou à la campagne. Les signes extérieurs comptent plus que les efforts que vous entreprenez. À l’heure où les pays de la région se hissent progressivement vers le statut de pays à revenu intermédiaire, les gouvernements doivent faire pression sur les politiques publiques pour que moins d’importance ne soit accordée à ces signes extérieurs. »

M. Giugale ajoute : « Les opportunités seront le prochain vrai enjeu lorsque les gouvernements réussiront ou non à mettre en place des institutions dont la porte sera ouverte à tous . Du développement de la petite enfance à l’accès à la microfinance en passant par l’enregistrement des droits de propriété et la sécurité personnelle, les contribuables exigeront des résultats qui ont un sens aux yeux de ceux qui ont été délaissés pour des raisons qui n’ont rien à avoir avec leurs talents. »

Il ajoute également que la stagnation de l’Amérique latine en matière d’éducation et de sciences et technologies est encore plus troublante :

« Alors que les asiatiques et les européens de l’Est créent une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée, la plupart des pays d’Amérique latine ont à peine modifié leur système d’éducation désuet. »

« Il y aussi de bonnes choses qui se produisent »

Les économistes de la Banque mondiale s’accordent pour dire que la région devra faire face à d’importants défis dans les années à venir. L’arrivée de la Chine et de l’Inde en tant que joueurs de taille dans l’économie mondiale met de la pression sur l’Amérique latine qui doit s’adapter si elle ne veut pas être délaissée. Cependant, l’avenir de la région pourrait également être meilleur que celui qui est envisagé dans le livre Saving the Americas.


« Je suis un peu plus optimiste », dit Augusto de la Torre, économiste en chef de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes à la Banque mondiale. « Lorsque vous regardez les signes actuels, il est vrai que ce n’est pas encore beau à voir, mais il y a aussi des bonnes choses qui se produisent. Le côté positif est certainement au rendez-vous. »

Une étude réalisée en 2006 (a) indique que la présence accrue de la Chine et de l’Inde au sein de l’économie mondiale pourrait en fait aider l’Amérique latine. Les deux géants asiatiques sont d’importants acheteurs de matières de base en provenance d’Amérique latine telles que les céréales, les métaux industriels, le pétrole et d’autres sources d’énergie.

M. de la Torre indique que même si la croissance globale de l’Amérique latine, de 5,1 % en 2007, est plus faible que celle de la Chine et de l’Inde, certains pays tels que le Panama, le Pérou, l’Argentine et la Colombie ont affiché des taux de croissance comparables à ceux des pays asiatiques au cours des quatre ou cinq dernières années et « commencent à faire preuve d’un dynamisme économique qui pourrait relever la tendance de croissance ».

Il souligne également que la « performance des cinq dernières années a été soutenue par des politiques monétaires et fiscales plus saines. La région est mieux préparée qu’auparavant pour résister aux bouleversements extérieurs. »

De plus, pour la première fois en une génération, la plus importante économie de la région, le Brésil, affiche une croissance économique stable de 4,8 % en 2007, une importante baisse de son taux d’inflation qui se chiffre à 4 % et des améliorations en matière de bien-être social : le taux d’inscription à l’école est de 97 % chez les enfants de 7 à 14 ans et le taux de pauvreté est passé de 52 % de la population dans les années 1990 à environ 38 % en 2005.

« Une occasion unique de resserrer l’écart de compétitivité »

« Il y a dans la région une incapacité traditionnelle à produire une croissance économique solide et durable, à l’exception du Chili depuis le milieu des années 1980. Tout cela est peut-être en train de changer maintenant », affirme l’économiste en chef qui ajoute que « certains pays d’Amérique latine semblent avoir tiré parti de l’occasion unique offerte par l’environnement externe favorable des dernières années pour resserrer certains des écarts marqués et ont par conséquent amélioré la croissance de leur productivité tout en faisant des progrès en matière d’équité ».

Il fait ainsi référence aux écarts en matière de qualité de l’éducation, de capacité d’innovation, de capacité à adopter et adapter les innovations, de quantité et de qualité des infrastructures physiques et de fiabilité des institutions contractuelles.

Les pays d’Amérique latine peuvent utiliser leurs ressources naturelles comme tremplin vers la prospérité, mais selon M. de la Torre, « pour vraiment progresser et générer une croissance économique à long terme, ces pays ont également besoin d’institutions, d’innovation, d’entrepreneuriat et de main-d’œuvre qualifiée » pour créer un « cercle vertueux de croissance de la productivité ». « Les politiques nationales doivent mettre l’accent sur tous ces facteurs », ajoute-t-il.

« Il faut que les cerveaux circulent »

M. Oppenheimer remarque qu’il y a beaucoup d’avocats, d’économistes et même de physiciens en Amérique latine, mais qu’il y a peu d’ingénieurs. La région réalise seulement 19 % de la recherche et du développement du monde entier. Des 200 meilleures universités du monde, seules trois sont situées en Amérique latine,
ajoute-t-il.

« Il y a dans cette région une importante pénurie de personnes qui ont les connaissances nécessaires en sciences et en mathématiques », déplore M. de la Torre. « L’Amérique latine a besoin de davantage d’entrepreneuriat et d’une meilleure capacité à s’adapter et à apprendre plus rapidement. »

Pour favoriser l’innovation locale, l’entrepreneuriat et une meilleure croissance économique, le Chili travaille désormais avec la Banque mondiale pour revoir son système national d’innovation de manière à former des liens plus solides entre les universités, les groupes de réflexion et le secteur privé.

D’après Bill Maloney, économiste principal de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes de la Banque mondiale, le but de cette réforme est d’accroître la « capacité nationale d’apprentissage » du pays, c’est-à-dire son aptitude à inventer et à adopter des technologies, des techniques de production et des modes d’organisation nouveaux pour atteindre et demeurer à la frontière novatrice de ses industries existantes et nouvelles.
Un aspect important du renforcement de cette capacité consiste à s’assurer que l’Amérique latine a accès aux connaissances, compétences et aux réseaux de l’étranger, souligne M. Maloney.

« Il faut que les pays négocient sur les marchés mondiaux et que les cerveaux circulent, que les gens partent et reviennent. »

Panama : un pays qui a « le potentiel de devenir le Singapour des Amériques »

Il arrive parfois que le reste du monde vienne en Amérique latine. Au Panama, d’importantes sociétés telles que Hewlett Packard et Caterpillar installent des centres de service de rang mondial et établissent des liens avec la Polytechnic University of Panama pour qu’elle leur fournisse des ingénieurs et des techniciens qualifiés. Pour M. de la Torre, le Panama, avec sa « situation géographique privilégiée », a le potentiel de devenir une sorte de « Singapour des Amériques ».

 

(a) indique une page en anglais.




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