| | En 2005, les travailleurs migrants d’Amérique latine et des Caraïbes ont envoyé pour 48,3 milliards de dollars de fonds dans leurs pays d’origine. En 2004, ces envois représentaient 70 % environ des apports d’investissement direct étranger à la région, et dépassaient de 500 % ses flux d’aide publique au développement. Mais en dépit de leur importance, l’impact qu’ont les envois de fonds des travailleurs sur les pays de la région a parfois été surestimé, indique une nouvelle étude de la Banque mondiale intitulée Close to Home: The Development Impact of Remittances in Latin America. |
Selon cette étude, les rapatriements de salaires effectués par les travailleurs migrants contribuent d’une manière positive au développement de la région : ils sont associés à une réduction des niveaux de pauvreté et à une hausse des taux de croissance et d’investissement. Leur impact varie toutefois d’un pays à l’autre. « Quoique positif, l’impact des envois de fonds sur la pauvreté et la croissance au niveau de la région est, dans la plupart des cas, plutôt modéré », fait observer l’un des coauteurs du rapport, Humberto López, économiste senior pour la région Amérique latine et Caraïbes (LAC) à la Banque. « À cela s’ajoute le fait que les pays qui ont le plus profité de ces apports sont ceux qui ont mis en œuvre de meilleures politiques et qui possèdent un climat de l’investissement plus favorable, une plus grande capacité institutionnelle et une population plus instruite. » À partir du profil des bénéficiaires de ces envois, l’étude a dégagé certains de leurs effets positifs. Les rapatriements de salaires ont entre autres pour corollaires un accroissement de l’épargne, un meilleur accès à la santé et à l’éducation, un niveau accru de stabilité macroéconomique et d’entreprenariat, et des réductions de la pauvreté et des inégalités sociales. Comme le souligne Pablo Fajnzylber, autre coauteur du rapport et également économiste senior pour la région LAC : « Les envois de fonds aident les familles pauvres à accroître leur épargne, à maintenir leurs enfants à l’école et à faire face aux chocs économiques négatifs. » Ces envois de l’étranger n’en soulèvent pas moins d’importants défis pour les responsables des pays concernés. Parmi ces problèmes figurent notamment l’exode des compétences, la surévaluation du taux de change réel et la perte de compétivité extérieure. Autre constat important de cette étude : dans des pays comme le Mexique, El Salvador et le Paraguay, le fait pour des ménages de recevoir des rapatriements de salaires profite surtout aux couches les plus pauvres de la société ; dans d’autres, comme le Nicaragua, le Pérou et Haïti, les envois ont tendance à bénéficier bien plus aux classes moyennes. La plupart des migrants d’Amérique centrale et du Mexique sont en effet issus des segments de population qui ont les plus faibles niveaux d’instruction. Par contre, ceux des Caraïbes et d’Amérique du Sud ont un niveau d’instruction supérieur à celui du reste de la population de leur pays d’origine. L’étude souligne enfin un autre point : les envois de fonds dans la région ont beau avoir un impact positif, ils ne sauraient se substituer à la mise en œuvre de politiques de développement appropriées dans les pays concernés. Ses auteurs ajoutent qu’il convient pour ces pays d’entreprendre des politiques complémentaires, tout en encourageant les envois de fonds en tant qu’autre source de financement pour leur développement et en invitant les banques à « tirer parti » de ces apports. Comme le note M. Fajnzylber à cet égard : « Afin de maximiser les avantages des envois de fonds, les dirigeants doivent améliorer le climat de l’investissement, intégrer les migrants et leurs familles dans le système bancaire et éviter la surévaluation du taux de change réel. » Une version approfondie de cette étude, présentant dans le détail les principales conclusions qui s’en dégagent, sera publiée durant les mois qui viennent dans la série Latin American Development Forum. |