Click here for search results

Faire face aux défis posés par la croissance en Afrique -- Résumé analytique

Available in: Português, English

 

Le présent rapport fait partie d’une série d’« études phares » dont l’objectif est de contribuer à cerner avec précision les opportunités, les contraintes et les orientations stratégiques qui se présentent à l’Afrique et à ses partenaires dans leurs efforts visant à accélérer la croissance économique afin de réduire la pauvreté et de mettre le continent sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire. Il s’inscrit dans le cadre des travaux d’analyse promis dans un plan intitulé « Relever le défi posé par le développement de l’Afrique », aussi connu sous le nom de « Plan d’action pour l’Afrique », que le Conseil de la Banque mondiale a examiné en 2005. Le Plan d’action pour l’Afrique fait une large place à la « stimulation de la croissance équitable » et recommande à la Banque mondiale plusieurs mesures qui appuieront l’accélération de la croissance. Tout en proposant à la fois une approche à long terme et une analyse axée sur des pays précis, le rapport recommande de tirer des enseignements de l’histoire et des diverses expériences pour guider les études diagnostiques et les stratégies de renforcement de la croissance. La région Afrique de la Banque mondiale a l’intention de réaliser, dans le cadre de cette série, d’autres études qui examineront beaucoup plus en profondeur plusieurs secteurs essentiels pour la croissance. Une étude sur les marchés financiers est sur le point d’être achevée. Une autre sur les infrastructures est en cours d’élaboration.

De façon concrète, le présent rapport dégage des enseignements de 45 années d’expérience de croissance en Afrique et dans le monde entier, et offre une mine de leçons retenues pour orienter les stratégies de croissance en Afrique. Trois principales études ont influencé le rapport et lui ont servi de tremplin, à savoir The Political Economy of Economic Growth in Africa, 1960–2000, réalisée par le Consortium pour la recherche économique en Afrique ; « L’Afrique peut-elle revendiquer sa place au XXIe siècle ? », publiée par la Banque mondiale ; et Economic Growth in the 1990s: Learning from a Decade of Reform, réalisée par la Banque mondiale et qui s’inspire d’une profonde réflexion de professionnels réputés sur les expériences en matière de croissance.

Le présent rapport visera à répondre à trois principales questions relatives 1) aux opportunités et, partant, aux options de croissance qui s’offrent à l’éventail diversifié des pays africains ; 2) aux obstacles majeurs qui empêchent de saisir ces opportunités ; et 3) aux choix stratégiques à opérer par les gouvernements africains ainsi que par les partenaires de développement, notamment la Banque mondiale, pour appuyer les mesures prises par les pays africains.

Le trait distinctif de cette étude est sa perspective à long terme ainsi que son analyse et sa description de l’expérience de croissance en Afrique de 1960 (année de l’indépendance de la plupart des pays africains) à nos jours. Il existe certes des points communs entre les pays, mais leurs expériences de croissance sont également assez diversifiées, quelques pays connaissant une croissance constante à long terme, d’autres une stagnation et une baisse chroniques, et la majorité une croissance entre 1960 et 1973, une baisse entre 1974 et 1994, et une reprise de la croissance depuis 1995. Cette perspective à long terme permet d’expliquer la situation actuelle dans laquelle se trouvent la plupart des pays africains, et qui se caractérise par de faibles niveaux de revenu par habitant et des niveaux élevés de pauvreté.

Six pays ont plus que triplé leur revenu par habitant entre 1960 et 2005, neuf pays ont un revenu par habitant égal ou inférieur au niveau initial de 1960, et les pays restants ont enregistré une certaine amélioration nette mais insuffisante pour avoir un impact réel sur les niveaux de pauvreté. Dans bien des pays qui, à l’exemple de la Côte d’Ivoire, étaient considérés dans les années 70 comme connaissant une rapide croissance, celle-ci n’a pas fait long feu, et les 30 dernières années ont été marquées par la stagnation et le déclin. Le point crucial est que plus souvent, la tortue l’emporte sur le lièvre à la longue. Des progrès réguliers et une performance constante, dans des circonstances tant favorables que défavorables, sont les maîtres mots. Nombre de pays africains ont opéré en 1974 des choix politiques qui continuent de leur nuire aujourd’hui, tandis que quelques-uns recueillent les fruits de choix différents effectués à la même époque.

Le rapport tire six principaux enseignements pour éclairer les stratégies de croissance en Afrique subsaharienne.

  • L’expérience des pays africains en matière de croissance est très diversifiée et épisodique . Dans une perspective stratégique régionale, la clé du succès réside dans la résolution de deux problèmes propres à la région : la faible croissance des pays de grande taille et la forte instabilité de la croissance dans un grand nombre de pays africains. Les pays fortement peuplés, tels que le Soudan, la République démocratique du Congo, le Nigéria et l’Éthiopie, devront croître plus rapidement et sur une base plus soutenue pour améliorer les moyens de subsistance d’un Africain « type » et pour générer une force de traction régionale grâce à des réactions en chaîne positives, à l’instar des expériences de l’Afrique australe et de l’Asie de l’Est. Un autre défi transsectoriel à relever par la région consiste à trouver la meilleure façon de gérer les réponses aux chocs, tout particulièrement dans les pays riches en ressources et dont le sort est à l’heure actuelle étroitement lié à celui des principaux minéraux sur le marché mondial.
  • Même si de faibles niveaux d’investissement constituent un facteur pertinent qui explique la plus lente croissance enregistrée en Afrique, c’est au niveau de la croissance de la productivité que la performance en matière de croissance du continent se distingue plus nettement de celle du reste du monde . Le rendement des investissements en Afrique est moins de la moitié de celui, mesuré en termes de croissance, des autres régions en développement. Cette situation exige clairement que l’on aille au-delà de la création de conditions permettant d’attirer de nouveaux investisseurs, pour s’efforcer d’adopter plus explicitement des mesures contribuant à accroître la productivité des investissements existants et nouveaux. Il s’agit notamment de réduire les coûts de transaction supportés par les entreprises privées, tout particulièrement les frais indirects ; d’appuyer l’innovation afin de tirer parti des nouvelles opportunités technologiques ; d’améliorer les compétences et de renforcer la capacité institutionnelle pour appuyer la croissance de la productivité et la compétitivité. Les populations et les pays africains restent lourdement tributaires de l’agriculture pour leur alimentation, leurs exportations et, de façon plus générale, leurs sources de revenu. La productivité agricole accuse un très grand retard par rapport au progrès phénoménal accompli en Asie et en Amérique latine, et elle doit être une cible majeure à atteindre pour améliorer la productivité générale des économies africaines.
  • Les données provenant des études examinées antérieurement tendent à indiquer que les politiques publiques et la gouvernance revêtent une grande importance pour la croissance, ce qui est cohérent avec l’essentiel des résultats de l’analyse de la croissance des divers pays . Sur la base de l’ensemble des 45 ans d’expérience africaine de croissance et compte tenu des différences dans la composition des opportunités, il a été démontré que les impacts des mauvaises politiques représentent en général entre le quart et la moitié de l’écart entre le niveau de croissance prévu des pays en développement d’Afrique et celui des pays en développement non africains. Toutefois, ces données portent également à croire que la pertinence des politiques publiques comme facteur expliquant la différence entre les niveaux de croissance des pays africains et des autres pays peut s’être amoindrie depuis les années 90, en raison des réformes majeures mises en Å“uvre dans la région et qui ont nettement rapproché de la moyenne mondiale la performance des pays africains en matière de politiques publiques. Il s’ensuit que s’il est impérieux que les pays identifient et éliminent les sources de difficulté les plus contraignantes, la pérennisation de ces gains dans l’amélioration de l’environnement des politiques devra être une caractéristique permanente de toute stratégie de croissance adoptée par un pays. Il s’agira tout particulièrement de maintenir une stabilité macroéconomique durable et de soutenir en permanence le fonctionnement efficace du marché.
  • L’Afrique devra surmonter les handicaps liés à l’isolement et à la fragmentation géographiques, ainsi qu’à la dépendance envers les ressources naturelles, si elle tient à combler son déficit de croissance vis-à-vis des autres régions . Selon les estimations, l’adoption de mesures pour compenser ces désavantages peut permettre de combler le tiers du déficit de croissance envers les autres pays en développement. Des proportions nettement plus élevées de pays et de populations d’Afrique étant enclavés et riches en ressources, il convient de compenser ces désavantages, principalement en comblant le déficit d’infrastructure et en assurant une meilleure gestion et utilisation des bénéfices tirés des ressources.
  • L’influence de la croissance des économies des partenaires commerciaux est très puissante . Les principaux mécanismes de transmission sont les flux commerciaux et de capitaux, qui exigent une plus grande ouverture, le renforcement des capacités nécessaires pour tirer parti de la croissance rapide des marchés internationaux, et l’amélioration du climat de l’investissement des pays africains afin que ceux-ci puissent attirer plus de capitaux mondiaux que par le passé. En ce qui concerne le commerce, les données montrent que l’intégration dans les marchés internationaux est associée à une plus forte croissance, ce qui souligne le besoin de stratégies de croissance mettant l’accent sur l’accroissement et la diversification des exportations. L’accentuation de la compétitivité et la réduction des obstacles aux échanges constituent des domaines critiques d’action. Il importe de noter que même si les problèmes relatifs aux politiques de commerce transfrontalier (capacité et efficacité portuaires par exemple) restent cruciaux, de plus en plus, les difficultés telles que celles liées aux infrastructures, aux normes et à l’accès à l’information sont devenues nettement plus contraignantes. Il s’ensuit qu’un volet essentiel de toute stratégie de croissance devra cibler la réduction des coûts des activités commerciales — plus précisément la baisse des frais liés à la chaîne d’approvisionnement ainsi que des coûts des processus commerciaux.
  • L’analyse fait apparaître le très grand rôle joué par la transition démographique tardive en Afrique en tant que facteur expliquant la performance relativement plus faible du continent en matière de croissance . Dans toutes les études empiriques des sources des écarts de croissance , les variables démographiques prédisent constamment les deux tiers des différences observées entre le taux de croissance moyenne de l’Afrique subsaharienne et celui des autres régions en développement. Cette transition tardive entraîne deux types de conséquences tout particulièrement importants. Le premier problème, et probablement le plus grand, est le niveau exceptionnellement élevé de la dépendance en fonction de l’âge, avec ses conséquences sur la pression budgétaire et celle subie par les ménages/parents pour s’occuper d’un nombre écrasant de jeunes. Le deuxième problème a trait à la croissance rapide de la main-d’œuvre, qui constitue un potentiel facteur positif de croissance mais aussi une éventuelle force négative si les opportunités d’emploi ne suivent pas. Ce dernier problème est lié à la potentielle instabilité croissante attribuable à l’augmentation rapide du taux de chômage chez les jeunes. Si la stratégie doit s’attaquer aux facteurs fondamentaux de la lente transition démographique, par exemple en trouvant une façon d’accélérer la réduction de la fécondité, des mesures appropriées sont également nécessaires pour accroître l’employabilité des jeunes et les possibilités d’entrer dans un secteur privé national en essor.

La présente analyse débouche par conséquent sur un ensemble de quatre piliers précis, soit autant de domaines où l’investissement est nécessaire pour accélérer la croissance. Ces quatre piliers certes critiques, mais non exhaustifs, sont les suivants :

L’amélioration du climat de l’investissement , axée principalement sur la réduction des coûts indirects (liés en général aux infrastructures) supportés par les entreprises, l’énergie et le transport représentant les plus grands obstacles ; et sur la réduction et l’atténuation des risques, particulièrement ceux inhérents à la sécurité des biens, tels qu’un mauvais règlement de litiges, la criminalité, ainsi que l’instabilité politique et macroéconomique. Même si l’action est axée sur les efforts déployés au niveau de chaque pays, nous recommandons d’unir les efforts pour développer des domaines d’investissement cohérents en coordonnant la promotion de l’investissement et les politiques, en améliorant la sécurité et en accroissant la connectivité.

Le deuxième pilier est l’infrastructure , et il cible principalement les coûts de transaction liés à la production des biens et des services . Le transport et l’énergie représentent la plus grande partie des coûts indirects des entreprises, pesant lourdement sur la compétitivité des entreprises dans la plupart des pays africains où des enquêtes ont été menées sur le climat de l’investissement. Il s’ensuit qu’un accent particulier serait placé sur la façon de réduire les coûts élevés associés à l’éloignement des pays enclavés afin de faciliter les échanges avec les voisins et avec le reste du monde. Il sera clairement nécessaire d’aller au-delà des frontières de chaque pays et d’adopter une approche régionale pour coordonner l’investissement dans les infrastructures, ainsi que l’entretien, la gestion opérationnelle et l’utilisation de ces dernières (établissement de consortiums d’électricité par exemple) afin de réduire les coûts.

Le troisième pilier est l’innovation, et il met principalement l’accent sur l’investissement dans les technologies de l’information et l’acquisition de compétences (enseignement supérieur) en vue d’améliorer la productivité et la compétitivité. L’avantage comparatif potentiel de la faiblesse des niveaux de salaire en Afrique peut être annulé par la faible productivité. Les enquêtes auprès des investisseurs révèlent que la main-d’œuvre n’est pas moins chère dans un contexte où la productivité est faible. Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont désormais le principal facteur déterminant de la croissance de la productivité. De solides données empiriques montrent que l’investissement dans les TIC et dans l’enseignement supérieur renforce la compétitivité, ce qui fait de ces deux domaines des secteurs clés du programme d’action en faveur de la croissance. Compte tenu de leur retard, les pays africains peuvent faire un immense bond en avantet par-dessus la technologie vétusteen tirant parti des avantages technologiques des TIC.

Le quatrième pilier est la capacité institutionnelle. Les résultats des enquêtes d’évaluation du climat de l’investissement et l’analyse du « Rapport sur le développement dans le monde » (2005) identifient les coûts associés aux difficultés relatives à l’exécution des contrats , à la criminalité, à la corruption et à la réglementation comme étant parmi ceux qui pèsent le plus lourdement sur la rentabilité des entreprises. La principale priorité de l’action ici serait de renforcer, d’une part, la capacité des institutions publiques pertinentes de protéger les droits de propriété, et d’autre part, l’examen des actions publiques et la responsabilité par rapport à celles-ci. Le renforcement de la capacité institutionnelle passe par la consolidation des compétences individuelles, l’amélioration de l’efficacité organisationnelle et le resserrement des règles du jeu. Dans le cadre de ce pilier, il convient d’accorder une attention particulière à la capacité et au cadre d’examen des actions publiques — principalement dans le cadre d’un solide mécanisme interne de responsabilité et d’une capacité renforcée d’expliquer et de protéger les droits de propriété afin de dynamiser l’entreprise privée . Les principaux domaines stratégiques d’action sont par conséquent l’exécution des contrats (création de tribunaux de commerce par exemple) ; l’exercice de la représentativité comme moyen de restriction — avec une participation accrue de la société civile , des médias et du parlement ; une plus grande transparence des recettes dans les pays riches en ressources ; et la prévention de la corruption comme programme d’action impulsé par le pays — notamment la mise en place d’un système de poids et de contrepoids .

L’application de ces stratégies dans le contexte d’un pays précis déborde du cadre de la présente étude. Chaque pays est confronté à ses propres problèmes et dispose de ses propres opportunités. Il convient que chaque pays travaille dans les limites de ses propres ressources et contraintes historiques et géographiques. Ces situations précises doivent être traitées dans le cadre d’une analyse particulière qui dépasse le cadre d’une étude généralisée comme celle-ci. Nous espérons néanmoins que les idées et les approches évoquées ici permettront aux analystes et aux décideurs au niveau des pays d’aborder leurs problèmes particuliers avec un sens plus aigu de ce qui peut être important, et de ce qui s’est révélé efficace par le passé dans d’autres situations.

 




Permanent URL for this page: http://go.worldbank.org/XZPM7XBNH0