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WASHINGTON, le 27 mars 2001--L'aide extérieure peut permettre aux grandes réformes économiques de porter leurs fruits de manière durable dans les pays en développement à condition, toutefois, que les gouvernements bénéficiaires et la population soient largement convaincus de la nécessité de ces changements, est-il noté dans un nouveau rapport de la Banque mondiale qui examine la manière dont l'aide au développement a influé sur la politique économique en Afrique. Lorsque les intéressés ne sont pas « propriétaires » des transformations, il est peu probable que les efforts de persuasion ou la « conditionnalité » des donateurs convaincront les pays pauvres d'adopter des réformes auxquelles ils sont opposés.
Selon ce rapport intitulé Aid and Reform in Africa: Lessons from Ten Case Studies, lorsque les dirigeants politiques sont déterminés à mettre en œuvre une réforme, et que des fonctionnaires et des groupes communautaires compétents sont en mesure de procéder aux changements nécessaires, l'aide conforte la confiance du public dans le processus de réforme et génère de nouvelles injections de capitaux privés dans les économies nationales. L'aide extérieure peut ainsi contribuer à renforcer l'adhésion aux réformes et favoriser une accélération de la croissance.
La Banque mondiale est donc d'avis que les pays riches devraient honorer l'engagement, fait à l'ONU, de consacrer 0,7 % de leur PIB annuel à l'aide extérieure et d'ouvrir leurs marchés aux exportations des pays en développement. L'aide au développement de l'Afrique a chuté, tombant de 32 dollars par habitant en 1990 à tout juste 19 dollars en 1998, malgré l'efficacité manifeste de l'aide aux pays qui poursuivent des politiques économiques et sociales rationnelles.
« Il est ironique de constater que, au moment même où de nombreux gouvernements africains adoptent des politiques sociales et économiques efficaces et s'engagent à poursuivre des réformes, l'aide au développement se tarit. Les bailleurs de fonds ne pourraient pas faire passer pire message » note le Président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, qui a rencontré 22 chefs d'État africains au cours de son récent voyage. « Les dirigeants africains sont plus que jamais déterminés à mener leur propre renaissance, mais ils ont besoin d'une aide au développement accrue pour appuyer leurs réformes, ainsi que d'un accès aux marchés développés. Il est bon de rappeler aux pays riches que le niveau actuel de leur aide extérieure représente environ 0,24 % de leur PIB annuel, soit bien moins que l'objectif de 0,7 % qu'ils avaient promis d'atteindre. L'écart entre ces deux pourcentages représente cent milliards de dollars par an — pour des millions de personnes, c'est la différence entre la vie ou la mort. »
Le rapport, qui analyse les études de cas consacrées à dix pays différents dans les années 80 et 90 (Côte d'Ivoire, Éthiopie, Ghana, Kenya, Mali, Nigéria, Ouganda, République démocratique du Congo -- ex Zaïre --, Tanzanie, et Zambie) confirme une nouvelle fois que l'aide au développement n'a que peu ou pas d'effet positif sur les pays pauvres lorsque ceux-ci évitent de procéder à des réformes économiques qui pourraient stimuler leur croissance et réduire l'incidence de la pauvreté. Les donateurs le savent, qui privilégient de plus en plus les pays en développement capables d'utiliser rationnellement l'aide extérieure, mais ils doivent veiller à continuer d'être sélectifs. Lorsque les donateurs bilatéraux, en particulier, viennent en aide à des pays qui poursuivent de médiocres politiques économiques, il arrive qu'ils leur permettent d'éviter d'adopter des réformes qui amélioreraient nettement le bien-être économique et social de leur population.
Le rapport aboutit à la conclusion qu'il n'est guère productif de recourir à la « conditionnalité » pour forcer des pays en développement à procéder à des réformes de nature à stabiliser leurs taux de change ou à promouvoir la mise en place d'un appareil judiciaire indépendant. Les pays qui sont parvenus à procéder à des réformes ont clairement bénéficié de l'existence d'une volonté politique. Ceux dont les progrès ont été plus limités se sont heurtés à l'opposition au changement de puissants groupes d'intérêt. Dans les deux cas, les politiques économiques ont été, pour l'essentiel, formulées dans le pays.
« Le rapport montre que l'aide ne peut pas « acheter » les réformes dans les pays pauvres qui y sont totalement opposés », explique Shanta Devarajan, économiste en chef du Réseau du développement humain de la Banque mondiale et l'un des auteurs du rapport. « Sans l'adhésion du pays à une stratégie nationale de développement, pour aussi généreux et bien intentionnés que puissent être les programmes d'aide, ils ne contribuent guère, sinon pas du tout, à améliorer la qualité de vie de la population. C'est pourquoi l'adhésion des pays est un élément central des Documents de stratégie de réduction de la pauvreté ou du processus du DSRP, dans le cadre desquels les pays pauvres définissent leurs priorités économiques et sociales, tandis que la Banque mondiale, le FMI et les bailleurs de fonds internationaux jouent un rôle d'accompagnement. »
Comme l'indique le rapport, les pays africains ont reçu une aide importante depuis le début des années 80, qui visait à encourager la réforme de leurs politiques ; les résultats obtenus sont toutefois très divers. Le Ghana et l'Ouganda ont réussi à mettre en œuvre leurs programmes de réformes, ont enregistré une croissance rapide et ont fait reculer la pauvreté. La Côte d'Ivoire et l'Éthiopie ont pris d'importantes mesures au cours des dernières années, mais l'instabilité politique et les pressions exercées par les conflits pourraient remettre en cause leur durabilité. Dans d'autres pays, les politiques ne se sont guère améliorées et, dans certains cas, se sont même détériorées.
L'aide peut avoir une contribution positive lorsque le processus de réforme est engagé
Le rapport fait valoir que, si l'aide extérieure ne peut servir à imposer des changements aux pays bénéficiaires, un programme bien dosé, d'aide financière, de conseils sur les politiques à mener et d'assistance technique peut très largement contribuer à appuyer le programme de réforme.
Les études de cas consacrées au Ghana et à l'Ouganda montrent très nettement que l'aide financière a eu un important rôle d'appui. Au Ghana, l'aide à la balance de paiements
« a donné au gouvernement la marge de manœuvre dont il avait besoin.. [Elle] a permis de financer des importations qui sont venues garnir les rayons des supermarchés et d'autres négociants. Psychologiquement, cela a procuré un répit au gouvernement parce que.. la population y a vu la promesse d'un avenir meilleur » (voir l'étude du cas du Ghana).
Le rapport montre que, dans les pays qui ont obtenu de bons résultats, les flux d'aide ont augmenté parallèlement à l'amélioration des politiques publiques. Lorsqu'un pays entreprend une réforme, une injection de fonds intensifie les effets positifs des mesures adoptées. En d'autres termes, l'impact sur la croissance d'une amélioration spécifique des politiques publiques est renforcé par les flux d'aide et ce, pour deux raisons : l'aide accroît la confiance dans le programme de réforme et engendre un gonflement des investissements privés ; elle permet aussi au gouvernement d'assurer des services publics qui viennent compléter les investissements privés. En renforçant les avantages des réformes, l'aide améliore leur viabilité. Comme le note l'étude du Ghana,
« Pour en revenir à l'aspect purement politique du problème, les réformes économiques n'ont, en fin de compte, perduré que parce qu'elles ont rapidement produit certains résultats. »
Bien que les progrès accomplis ne soient pas aussi nets en Éthiopie, ils font nettement ressortir l'importante contribution que peut avoir l'aide à la consolidation du processus de réforme une fois que celui-ci a démarré :
« L'aide a eu un impact minime sur la croissance ou la réduction de la pauvreté dans les années 80 car, à cette époque, l'Éthiopie était plongée dans une longue guerre civile tandis qu'elle poursuivait un ambitieux programme pour construire une économie socialiste. Des mesures axées sur le marché ont été prises en 1990 pour faire face à une grave crise économique et politique. Le programme de réforme a initialement suscité un gonflement notable de l'aide extérieure à l'appui des processus de libéralisation, de stabilisation, et de réhabilitation. Par la suite, l'aide a contribué à renforcer les engagements en faveur de la réforme et à soutenir une croissance rapide » (voir l'étude du cas de l'Éthiopie).
Les consultations jouent un rôle important
La leçon peut-être la plus importante qui peut être tirée des dix études de cas est que les pays qui sont parvenus à poursuivre des réformes fructueuses ont suivi des processus de consultation qui ont permis d'obtenir un large consensus en faveur des réformes.
Par exemple, le programme de réforme ougandais a donné lieu à de vastes consultations à chaque étape. Le Président Museveni a créé un forum présidentiel national en 1987, pour débattre des questions soulevées par la réforme. De 1987 à 1989, l'Ugandan Manufacturers Association a organisé des séminaires et des études de synthèse. Le Conseil économique du Président a ouvert le débat sur les réformes et parrainé, en décembre 1989, une conférence consacrée à la libéralisation du commerce qui semble avoir marqué le point de retournement de l'opinion publique. En Tanzanie, lorsqu'en 1984, les économistes de l'Université de Dar es Salaam ont commencé à organiser des réunions ouvertes au public sur la libéralisation économique, les chefs des partis et les responsables de l'action publique ont dû commencer à écouter les éléments réformistes du gouvernement. Cette même année, le gouvernement a autorisé les importations autofinancées, dévalué la monnaie et relevé les prix agricoles d'environ 30 %.
En revanche, au Kenya, l'action publique semble être définie par un cercle restreint. Les réformes n'ont donc pas toujours l'adhésion des ministères de tutelle eux-mêmes et les autres parties prenantes ne sont pas consultées. La constitution du Conseil pour la promotion des exportations, en 1992, a marqué un progrès en direction de l'inclusion des milieux d'affaires dans le processus de décision des politiques publiques.
En Zambie, les réformes ont été imposées durant la « lune de miel » qui a suivi les élection multipartites.
Comme l'a expliqué le Ministre des Finances, M. Kasonde : « Il était impératif de prendre sans tarder des mesures nécessaires mais impopulaires. Je souhaitais vivement profiter du prestige politique du gouvernement MMD pour pouvoir réaliser des progrès sur le plan économique. » Or, il se peut que, parce qu'il n'a pas donné le temps à une opposition aux réformes de se manifester, le gouvernement zambien ait, en fait, contribué |