| | Bart Weetjens, concepteur industriel de nationalité belge, a commencé ses travaux sur les rats en 1998. Aujourd’hui, l’organisation qu’il dirige, l’APOPO, emploie 126 personnes dans ces bureaux basés en Tanzanie et au Mozambique. Photographe : Sylvian Piraux |
MOROGORO, TANZANIE, le 5 septembre 2007 –– Des rats renifleurs spécialement dressés pourraient être le nouveau moyen de lutte contre le nombre croissant de cas de tuberculose qui restent indétectés chaque année en Afrique.  Grâce à un don accordé par Dévelopment Marketplace, 19 rats de Gambie sont en effet élevés et dressés depuis trois ans afin de détecter et de diagnostiquer la tuberculose. Cette idée originale, à laquelle travaille actuellement APOPO (a), un groupe de chercheurs et de dresseurs belges et tanzaniens, pourrait déboucher sur une des techniques médicales les plus utiles de l’ère moderne. L’approche est très simple : on donne à renifler à des rats une série de trous sous lesquels sont alignés des échantillons de crachats humains, et les rats détectent les échantillons contenant la bactérie de la tuberculose. « J’étais en avion, et j’ai appris aux informations que l’Organisation mondiale de la santé avait annoncé que 2 millions de personnes sont morts de la tuberculose seulement en 2002, essentiellement en Afrique ; et ses projections indiquaient que ce nombre allait atteindre 8 millions d’ici à 2015 », se souvient Bart Weetjens, directeur d’Apopo. « À ce moment-là , il m’est apparu clairement que ça vaudrait vraiment la peine d’essayer de voir si les rats pouvaient détecter la tuberculose, car cela aurait d’énormes retombées bénéfiques au plan social. » Un exemple de réussite de DM En effet, a-t-il découvert, un rat dressé peut effectivement diagnostiquer plusieurs centaines d’échantillons de crachats par jour, alors qu’il peut falloir à un technicien de laboratoire une journée complète pour analyser seulement 20 échantillons à l’aide d’un microscope. APOPO a obtenu un financement de 163 780 dollars pour le projet sur les rats détecteurs de la tuberculose lors de l’édition 2003 du concours mondial de DM. À ce jour, DM a financé plus de 200 projets de développement novateurs à travers le monde. Grâce aux fonds reçus de DM, APOPO a construit en Tanzanie une unité de recherche affiliée à l’Université d’agriculture de Sokoine, et engagé un programme pilote de recherche consistant à dresser des rats au dépistage de la tuberculose. En partenariat avec le principal programme national de lutte antituberculeuse, l’organisation a depuis mis sur pied un programme de collecte d’échantillons au niveau de quatre centres de santé régionaux qui assurent un traitement contre la maladie. Quelque 900 échantillons de crachats sont ainsi collectés toutes les semaines et utilisés dans des essais comparatifs des rats. « Nous essayons maintenant de mettre au point un moyen de dépistage pour passer massivement au crible des populations vulnérables comme celles des camps de réfugiés, des bidonvilles et autres, de façon que les cas suspects puissent être immédiatement aiguillés pour être traités dans les installations existantes de l’OMS », a encore expliqué M. Weetjens. Le bon rat Avec une durée de vie allant jusqu’à huit ans et un odorat très développé, le dressage du rat de Gambie — qui peut atteindre la taille d’un chat — est très rentable. Très répandus et capables de s’adapter facilement à des milieux différents, ils sont faciles à élever, à apprivoiser, à transporter et à entretenir. Avant d’être utilisés en situation réelle, les rats sont dressés à faire la distinction entre les échantillons contenant des souches tuberculeuses et ceux qui en sont exempts. Ils reçoivent quelque chose à manger chaque fois qu’ils réagissent correctement. « Il y a énormément de possibilités ici », ajoute Weetjens, « car la priorité numéro un dans un pays comme la Tanzanie, c’est la santé. » Des rats détecteurs de mines M. Weetjens, le directeur de l’équipe de projet primée par DM, qui a participé à l’édition de cette année en tant que membre du jury, a commencé ses travaux sur les rats en 1998. Il en a dressé quelques centaines à détecter des mines non explosées à l’odorat. Pesant au maximum six livres, les animaux sont trop légers pour déclencher les mines. Les rats détecteurs de mines terrestres — appelés HeroRATS (a) — sont à présent accrédités selon les Normes internationales de détection des mines, au même titre que les chiens démineurs. Avec un personnel réduit au Mozambique et 23 HeroRATS, APOPO ont déminé 100 ares de terrains minés. Récemment, la Conférence internationale sur la Région des Grands-Lacs (ICGLR) a approuvé la technique et autorisé son application dans ses 11 pays membres. Weetjens a déclaré que l’ICGLR a identifié la frontière Angola-Zambie-République démocratique du Congo comme une zone prioritaire, et dès que les fonds seront disponibles, les HeroRATS commenceront à nettoyer les champs de mine dans cette zone. En développant ses capacités, APOPO a pu obtenir des financements auprès de différents donateurs publics et privés. Le gouvernement belge fut l’un des premiers soutiens d’APOPO, tandis qu’un donateur, les Instituts nationaux de santé basés à Bethesda, sont engagés plus récemment en faveur du projet sur les rats détecteurs de la tuberculose. APOPO emploie 126 personnes, dont 15 se consacrent à temps plein au programme de dépistage de la tuberculose à Morogoro et 54 travaillent au Mozambique. Weetjens espère ouvrir bientôt un troisième bureau, si la nouvelle initiative de l’ICGLR attire de nouveaux financements. (a) indique une page en anglais. |