Le 18 avril 2008 — Un effort novateur d’analyse mené en Tanzanie le montre aujourd’hui : même en l’absence de projets conventionnels de la Banque mondiale, il y a moyen d’obtenir des résultats pour ce qui est d’aider les pays à faire reculer la pauvreté et à réaliser leurs objectifs de développement.
La Tanzanie figure parmi les 20 pays du monde qui représentent à eux seuls 80 % de la charge liée à la sous-alimentation. Dans ce pays, près de quatre enfants sur dix de moins de 5 ans souffrent d’un retard de croissance, et plus de 60 % de tous les enfants ainsi que 50 % des femmes sont anémiques.
De tels niveaux de malnutrition entravent le potentiel de croissance de la Tanzanie, et la rendent moins à même d’atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire (ODM) établis en matière de nutrition, de santé et d’éducation. Pire, la malnutrition ne figurait guère, jusqu’à ces derniers temps, dans les déclarations d’intention du pays et de ses dirigeants en matière de développement.
Une meilleure nutrition est quelque chose de bénéfique, quel que soit l’âge
Nutrition : Un ODM oublié en Tanzanie
La nutrition est parfois mentionnée comme l’ODM oublié, et cela a certainement été le cas en Tanzanie. Peu d’interventions effectives y étaient menées, et l’appui des bailleurs de fonds était limité, dispensé au hasard et de façon non coordonnée, et pour l’essentiel improductif.
Mais un effort d’analyse mené à l’initiative des services du bureau de la Banque mondiale en Tanzanie a entrepris de modifier cette situation. Pour cela, le réseau Réduction de la pauvreté et gestion économique de la Banque et son unité Développement humain se sont associés au Centre tanzanien d’alimentation et de nutrition (TFNC) et au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) pour réaliser une étude sur deux ans débouchant notamment sur une série de documents de référence qui ont fait l’objet de débats publics dans le pays.
« Un objectif clé de cet effort était de faire une place pour la nutrition », a expliqué Godwin Ndossi, directeur général du TFNC. « Cette approche a merveilleusement fonctionné. Par exemple, des recommandations pour une mise en œuvre décentralisée des interventions en matière de nutrition et pour une focalisation stratégique sur les activités présentant le meilleur rapport coûts-avantages, comme l’enrichissement des aliments, ont été incluses dans le Plan stratégique national pour la nutrition. »
Programmes sans projets
Ce travail d’analyse a eu un effet important : comme la nutrition touche une multiplicité d’aspects, on a fini par réaliser qu’il y a moyen de faire des progrès grâce à une meilleure collaboration au niveau intersectoriel.
La décentralisation des services, la fourniture de moustiquaires, une meilleure hygiène, un effort de promotion de la nutrition et l’accès à l’eau salubre sont autant de moyens qui peuvent contribuer pour beaucoup à réduire la malnutrition.
Au lieu de présenter un argumentaire pour des projets de nutrition, ce travail d’analyse a donc préconisé une meilleure utilisation des ressources existantes — ce qu’on entend aujourd’hui par la notion de « programmes sans projets ».
Une meilleure nutrition peut permettre aux pays d’atteindre non seulement les ODM en matière de santé, mais aussi ceux touchant à l’éducation
En termes de ressources supplémentaires à consacrer à la nutrition, les auteurs de l’analyse tournent leur regard vers les fonds disponibles en Tanzanie pour la lutte contre le VIH/SIDA. Selon Julie McLaughlin, la principale spécialiste de la santé qui a pris part à l’étude, ces fonds représentent 30 % des dons d’origine extérieure accordés à la Tanzanie, et réaffecter une partie de ces ressources à la nutrition ne serait pas illogique, car les deux aspects servent des objectifs communs.
« Ceux qui prennent des antirétroviraux ont besoin de bien s’alimenter, mais souvent ils n’y parviennent pas », a-t-elle fait remarquer, ajoutant à ce sujet : « Les jeunes sexuellement actifs ont à gagner d’une approche intégrée de promotion de la prévention du VIH, d’une nutrition adéquate et des soins aux enfants. Et comme une meilleure nutrition retarde l’apparition du sida, l’enrichissement des aliments au profit de tous aidera tous ceux qui n’ont aucune idée de leur statut vis-à-vis du VIH. »
Progression par étapes
Pour sa part, le directeur des opérations de la Banque pour la Tanzanie, John McIntire, a mis en avant le « gros travail de collaboration interne et externe » qui a rendu possible cette étude, et qui lui a permis « d’avoir un impact, même avant d’être lancée. Cela dit, on n'en est qu’à mi chemin et, au cours de l’année qui vient, ce surcroît d’attention pour la nutrition doit se traduire par un véritable changement en matière d’enrichissement des aliments, de décentralisation des services de nutrition et de capacité à puiser dans les ressources consacrées au VIH/SIDA. »
Le chef d’équipe de la Banque pour cette étude, Hans Hoogeveen, a lui-même abondé dans ce sens : « Pour réussir, on aurait bien besoin d’un peu d’aide du siège [de la Banque] », a-t-il dit. Une aide qui devrait consister selon lui « à identifier quelqu’un pour poursuivre le dialogue et à faire pression sur nos partenaires internationaux en vue de permettre une interprétation plus large de ce à quoi peuvent servir les ressources consacrées au VIH/SIDA ».
L’étude est intitulée « Promouvoir une meilleure nutrition pour une croissance équitable à long terme ». Elle est censée être rendue publique en Tanzanie dans le courant de cette année par le ministre de la Santé et du bien-être social.
Hans Hoogeveen, du bureau de la Banque en Tanzanie, a contribué à cet article.