5 avril 2006 —C’est un convoi de trois camions chargés à ras bord et de 13 livreurs à moto qu’il faut pour assurer la distribution dans tout le Timor-Leste de Lafaek, un illustré destiné aux écoliers. Des chevaux sont parfois nécessaires pour accéder aux villages les plus isolés, dans ce pays vieux de quatre ans. À chaque fois, des ribambelles d’enfants sont là pour accueillir le nouveau numéro du magazine, dont le nom signifie crocodile en tetum, la langue du pays.
Cela s’explique par le fait que Lafaek est le principal outil de lecture et d’apprentissage pour 300 000 élèves de 1 025 écoles. Il est conçu pour stimuler l’imagination des enfants au moyen de récits, de bandes dessinées, de lettres et d’articles sur des sujets qui peuvent aller de la santé à la musique locale et ses vedettes, en passant par la nutrition et les droits de l’homme. La genèse de ce magazine suit de près l’histoire récente de ce nouveau pays, qui a accédé à l’indépendance au terme d’une longue période de violence et de conflit.
Lorsque l’occupation indonésienne a pris fin, en septembre 1999, le Timor-Leste était confronté à une situation extrêmement difficile dans son secteur de l’enseignement primaire : 90 % environ des écoles étaient détruites ou endommagées, et il n’y avait pas assez d’enseignants locaux qualifiés pour remplacer les Indonésiens qui étaient partis. Le portugais et le tetum avaient remplacé l’indonésien comme langues d’instruction, mais il n’y avait pas d’ouvrages de lecture en tetum, et les écoles manquaient de livres et de matériels pédagogiques d’une manière générale.
C’est alors que Lafaek est apparu. Tirant son nom de l’animal le plus sacré du Timor-Leste, le magazine a été créé en 2001 sous la forme d’une publication en tetum sur les droits des enfants. Il était produit par l’organisation CARE International avec le concours de plusieurs donateurs internationaux — la Commission européenne, l’organisme d’aide néo-zélandais NZAID, le
Gouvernement irlandais et USAID, l’Agence des États-Unis pour le développement international.
Quand le ministère de l’Éducation s’est engagé au côté de CARE pour aider à accroître le contenu pédagogique du magazine, en 2004, la Banque mondiale a à son tour apporté son appui dans le cadre du projet de renforcement de la qualité de l’enseignement fondamental au Timor-Leste (FSQP).
Le magazine a ainsi pu se développer et intégrer des outils pédagogiques divers (posters, guides du maître, etc.). Il a en outre lancé une édition junior spécialement destinée aux trois premières années du primaire et mettant l’accent sur l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul, ainsi que sur les moyens de développer la créativité des enfants.
Au cours des cinq prochaines années, la Banque mondiale sera la principale source de financement pour Lafaek et ses matériels pédagogiques, mais il est prévu que le ministère de l’Éducation et de la Culture commence à s’impliquer de plus en plus dans son financement. Le vice-ministre de l’Éducation et de la Culture occupe du reste une place importante au sein du comité de rédaction du magazine.
Aujourd’hui, les bureaux de CARE International à Dili, la capitale, sont une véritable ruche, l’ensemble du personnel local — auteurs, rédacteurs, illustrateurs, concepteurs — s’employant à assurer les cadences de publication du magazine et des guides du maître tous les deux mois. Après la publication de chaque édition, l’équipe de motards qui assure la distribution revient faire part de la façon dont le dernier numéro a été reçu.
L’immense popularité du magazine ressort d’enquêtes périodiques et de discussions de groupes auxquelles prennent part les enseignants de même que les enfants et leurs parents. Mais tous les numéros aux pages écornées qu’on peut voir dans les villages en témoignent également.
Tous ceux qui sont associés au projet disent que Lafaek a aidé les enfants à se familiariser avec des aspects essentiels touchant au développement, et qu’il a eu également des retombées positives au niveau des comportements en matière d’hygiène et de santé. Il a aussi apporté des informations sur l’histoire, la géographie et la culture du pays qui n’étaient disponibles nulle part ailleurs.