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Abondonnés dans le froid

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Pendant l'hiver, Valeriu Matran Moldova n'aime pas l'école, non pas à cause des cours mais plutôt du froid. Même quand le chauffage tourne à fond, cet enfant de dix ans passe sa journée, emmitouflé dans des vêtements lourds pour se garder au chaud dans cette classe glaciale.

L'électricité, qui est un moyen de chauffage relativement cher et de surcroît peu efficace, a été la première à être utilisée dans la région, suivie par le gaz. Au cours de la décennie passée, les écoles, les hôpitaux, les autres bâtiments publics et même les maisons en Europe orientale et en Asie centrale ont éprouvé des difficultés à chauffer leurs bâtiments pendant les longs mois d'hiver. La température à l'intérieur de beaucoup de maisons en Moldavie est restée entre 5 et 10°C pendant l'hiver. La Banque mondiale vient de publier un rapport sur la réalisation en Europe et en Asie centrale des Objectifs de développement pour le millénaire en matière d'environnement, Meeting the environment millenium development goal in Europe and Central Asia(a). Ce rapport révèle qu'à Sevastopol en Ukraine, plus de la moitié des familles ont vu un des leurs tomber malade des suites du froid particulièrement mordant qui a sévi l'hiver passé.

Les hivers sont longs et froids, d'où la nécessité d'un système de chauffage approprié pour les populations de ces zones.

Des services délabrés

Le défi pour les pays en développement, est de développer leurs infrastructures et d'améliorer les prestations de service. Quant aux pays de l'Europe orientale et de l'Asie centrale, la priorité est d'éviter l'effondrement des structures en place. Ces pays ont hérité du régime socialiste un système électrique équitable mais inefficace. Sous l'ère communiste, l'énergie était gratuite ou à coût très réduit.

Les bâtiments publics de la région consommaient plus de chauffage que ceux de l'Europe occidentale. Mais les gouvernements actuels ne peuvent plus subventionner ces services, de sorte que la région s'est retrouvée, au cours de la décennie écoulée, confrontée à une crise de chauffage en raison de la hausse des prix des énergies et de la dégradation des infrastructures existantes.

La région est l'une des moins performantes en matière d'énergie, au regard du PIB par unité d'énergie consommée. Selon le rapport Meeting the environment millenium development goal, l'efficacité du système a été améliorée de 35% depuis 1992, mais une autre augmentation de 74% est nécessaire pour que la région rejoigne les pays qui se trouvent au même niveau de développement. Le défi de la région est double: il s'agit de moderniser les services publics afin de renforcer leur efficacité et de décentraliser les systèmes pour les rendre économiquement durables.

«Il est nécessaire de trouver un système différent, à vocation commerciale», explique David Kennedy, économiste en chef de la Banque mondiale sur les questions d'énergie pour la région de l'Asie centrale et de l'Europe.

Réformer les systèmes et changer les attitudes

Les services publics relevaient du gouvernement (à l'exception de ceux des pays de l'ex-Yougoslavie) et étaient gérés comme des entreprises monolithiques selon des principes beaucoup plus techniques que commerciaux.

«Les systèmes de chauffage ont été conçus de sorte à être très fiables, avec un nombre limité de valves et d'accessoires afin d'éviter les pannes», ajoute Julian Lampietti, économiste en chef de la Banque mondiale pour l'Asie centrale et l'Europe.

«A cette époque, chacun pensait avoir droit à 18°C, 90 jours l'an». Mais, à l'évidence, les gens n'auraient pas voulu autant de chauffage s'ils devaient payer le prix réel.

La décentralisation et la commercialisation des systèmes énergétiques permettront aux populations de contrôler l'énergie et d'en consommer autant qu'ils veulent. «Les systèmes devront être refaits pour avoir une plus petite capacité, être plus flexibles et répondre davantage aux besoins qu'aux normes techniques de 18°C», explique Lampietti.

Mais cette réforme va entraîner une hausse des prix pour les consommateurs, qui pourraient rechigner à payer pour des services jusque-là gratuits. Du fait des difficultés traversées au cours des années de transition, beaucoup de personnes dans ces pays sont convaincues que leurs gouvernements ont une dette envers elles.

«Les populations sont très réticentes à l'idée d'avoir à payer tout d'un coup pour quelque chose qui avait jusque là été gratuit ou presque. Imaginez que quelqu'un vienne subitement vous demander de payer quelque chose, alors que lui-même ne paie pas vos salaires et que vous ne disposez plus d'argent dans votre compte bancaire; vous n'allez pas payer, c'est évident».

Des alternatives non viables

La hausse du prix des énergies ainsi que la suspension des prestations de service risquent d'affecter le mode de vie des pauvres, dont certains se sont résolus à utiliser des énergies bon marché, notamment le charbon et le bois pour leur chauffage. Mais l'utilisation de ces énergies sales n'est pas recommandée pour les résidents des zones urbaines surpeuplées.

«Si vous commencez à utiliser du bois ou du charbon dans des bâtiments qui n'étaient pas prévus à cet effet, vous créez toute une série de problèmes y compris la déforestation des zones rurales, la pollution dans votre appartement parce qu'il n'y a pas de système d'aération etc...» explique Lampietti.

Restructurer le système énergétique dans le long terme

La décentralisation du système énergétique (en petites entreprises) va demander du temps et des investissements considérables. Malheureusement, le secteur privé n'est pas assez développé. En outre, il faudra plusieurs années avant que des investisseurs étrangers s'y aventurent parce que, la réglementation en vigueur dans beaucoup de pays, ne leur est pas favorable.

Dans certains pays de l'Europe centrale (Hongrie, Tchécoslovaquie, Pologne), des progrès ont été enregistrés dans la commercialisation et la réglementation. Quant à savoir si cette privatisation aura les effets escomptés, il est encore trop tôt pour se prononcer.

«Le processus de privatisation ne peut se faire en un tour de main et répondre aux attentes. C'est un processus qui passe par plusieurs étapes», affirme Kennedy. «En dehors des pays ayant accédé ou de ceux engagés dans le processus d'adhésion à l'Union européenne, très peu de privatisations sont prévues dans la région pour les cinq prochaines années», poursuit-il.

Il revient donc aux institutions financières internationales (a), telles que la Banque mondiale ou la Banque européenne de Reconstruction et de Développement, d'y intervenir pendant une période intérimaire de cinq ans ou plus. En collaboration avec d'autres organisations internationales, la Banque a élaboré une série de politiques (a) pour donner des directives sur le travail dans le secteur de l'énergie. Celles-ci, mettent l'accent sur la suppression des monopoles et la réglementation, les prix, les politiques fiscales, le commerce extérieur, les politiques d'investissement et la protection sociale et environnementale.

«La Banque tient à améliorer les prestations de service dans ces pays», explique Anil Markandya, spécialiste principale de la Banque dans l'Unité du développement écologiquement et socialement durable qui a également travaillé sur le rapport «Meeting the environment millenium development goal».

Les pays sont en train de mettre en place des systèmes énergétiques autofinancés, mais «reconnaissons que ces services seront hors de portée de beaucoup de ménages», ajoute-t-il.
Pour aider ces personnes à s'adapter aux changements, la Banque prévoit des filets de sécurité sociale pour les plus pauvres.

Le projet mis en œuvre à Pamir (Tadjikistan), une région pauvre qui s'est retrouvée sans électricité après la dissolution de l'Union soviétique, illustre cette approche. Une société privée a remis en état le système hydroélectrique de la région grâce à fond spécial de la Banque mondiale et du gouvernement suisse. Ce fond devrait permettre à l'opérateur de rentrer dans ces fonds, tout en évitant aux ménages pauvres d'avoir à payer le coût réel pour l'électricité. «C'est une subvention qui devrait prendre fin d'ici dix ans», explique Markandya.

D'autres pays ont des programmes similaires, avec des mesures de protection sociale pour les ménages pauvres. Actuellement, la Banque mondiale travaille dans la région sur plus de
30 projets(a) dans le secteur des infrastructures et de l'énergie. Elle a même aidé à améliorer le réseau de chauffage dans l'école de Valeriu à travers le Fonds d'investissement social de Moldavie (a). Á Kiev, en Ukraine (a), elle a permis de moderniser le système de compteurs et d'installer des isolations thermiques dans plus de mille bâtiments, y compris les écoles et les hôpitaux.

Diversifier les sources d'énergie

La Banque qui prévoit de publier en juin prochain une étude sur les infrastructures de la région au cours des 10 à 15 dernières années, multiplie les efforts en vue de la création à l'horizon 2006 d'un marché de l'énergie en Europe du Sud-est. Puisque le besoin d'un marché régional de l'énergie se fait sentir, la Banque appuie, également, les efforts conjoints des pays limitrophes dans la diversification de leurs sources d'énergie.

«Dans certains pays, il n'y a pas d'alternatives à l'électricité. Dans les Balkans, par exemple, celle-ci constitue la principale énergie utilisée pour le chauffage, dans les zones urbaines, d'où la nécessité d'offrir aux populations, des occasions de diversifier leurs sources d'approvisionnement à travers la construction de gazoducs», affirme Kennedy.
Le marché énergétique de l'UE est utile aux pays membres mais il y a toujours des possibilités d'améliorer la coopération régionale en Asie centrale et au Caucase. Des systèmes énergétiques intégrés avaient été conçus dans ces deux régions mais elles n'ont pas fait leurs preuves dans l'après-communisme, laissant beaucoup de personnes dans le froid.

Autres services publics

Les autres services publics, notamment l'eau, le traitement des eaux usées et l'assainissement connaissent les mêmes difficultés. Ces services, habituellement subventionnés par l'Etat, étaient fournis par des services publics centralisés. Cependant, après 1991, ces subventions ont été considérablement réduites dans beaucoup de pays, exposant du même coup les structures existantes au délabrement, faute de ressources pour leur entretien.

«La protection des eaux n'est plus ce qu'elle était. Même les bassins hydrographiques ne sont plus autant protégés qu'avant», affirme Markandya.

La restauration de ces systèmes ne sera pas aisée. Il va falloir évaluer le coût de l'eau et revoir sa gestion ainsi que les systèmes d'évacuation des vidanges. «Malheureusement, très peu de personnes pourront supporter la hausse des prix de l'eau», confie-t-il.

Par ailleurs, certaines zones rurales ont très peu accès à des services d'assainissement du fait de la dégradation des conduites. Des réparations sont nécessaires, surtout dans certains pays d'Asie centrale, où le réseau de distribution d'eau a été contaminé, provoquant de nombreux cas de typhoïde et ouvrant la voie à d'autres maladies d'origine hydrique. Même si la situation ne peut pas encore être qualifiée d'épidémique, la fréquence des maladies est inquiétante, comme l'affirme Markandya. «Elle pose également un problème de santé», poursuit-elle.

L'assainissement reste un problème majeur en Albanie, Roumanie et dans les pays de la CIE, est. Au Kazakhstan, près de 33% des stations d'épuration dans les villes principales et 26% des stations dans les petites villes ne répondent pas aux normes élémentaires en la matière. En Ukraine, on doit procéder à la réparation de près de 23% des conduites et à la réhabilitation de 25% des stations d'épuration.

En Moldavie, la plupart des systèmes d'épuration avaient été conçus pour une durée de 20 ans, délai largement dépassé d'ailleurs. Il faut non seulement remplacer près de 100 km du réseau, mais également réparer la plupart des équipements.


(a) indique une page en anglais 
 




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