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Réforme des régimes de retraite en Amérique latine

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27 janvier 2005—Au cours des 20 dernières années, 12 pays d'Amérique latine ont restructuré leurs plans nationaux de retraite en transférant la responsabilité sociale du système à une responsabilité individuelle.

Ces gouvernements ont réduit la composante « par répartition » de leur système et mis en place un système à piliers multiples avec des composantes privées telles que l'épargne individuelle obligatoire et les régimes privés et volontaires de retraite.

« Avec l'augmentation de l'espérance de vie et le nombre croissant des retraités qui vivent plus longtemps, une économie simplifiée démontre que les caisses de retraite devraient être de plus en plus alimentées par l'épargne individuelle», explique Indermit Gill, Conseiller économique à la Banque mondiale, membre du Réseau lutte contre la pauvreté et gestion économique et co–auteur de Keeping the promise of social security in Latin America, (a) (Tenir les promesses de sécurité sociale en Amérique), un nouveau livre qui analyse l'expérience de la région en matière de réforme des régimes de retraite.

Bien que les régimes de retraite par répartition ne soient plus durables du fait des changements démographiques qui ont augmenté le ratio entre les retraités et les travailleurs, les prestations des systèmes publics de pension en Amérique latine, avaient déjà été réduites alors que la population était relativement jeune. «Pour certains, les anciens systèmes publics de pension ont été confrontés à des problèmes beaucoup plus tôt que prévu à cause des changements démographiques certes, mais également à cause de leur mauvaise gestion par certains gouvernements», ajoute Gill

En changeant le rôle du gouvernement, de gestionnaire à régulateur, les réformes visaient à limiter l'intervention directe du gouvernement dans la gestion des caisses de retraite.

Le Chili était à l'avant-garde de ces réformes dans la région quand il a introduit des comptes d'épargne retraite privés en 1981. Il a été suivi dans sa démarche au début des années 90 par d'autres pays dont le Pérou, l'Argentine et enfin la Colombie.

Bien que chaque pays ait modifié son système pour l'adapter à ses propres réalités, ces réformes structurelles avaient certains objectifs en commun, notamment :

  • rendre les systèmes nationaux de pensions financièrement viables
  • rendre le paiement des pensions de retraite plus équitable
  • diversifier les sources de financement des pensions de retraite en réduisant la dépendance des travailleurs sur les engagements du gouvernement
  • encourager les travailleurs à contribuer davantage et plus longuement pour une plus grande couverture des systèmes de sécurité sociale

Les partisans de ces réformes espéraient, en outre, développer les marchés financiers nationaux qui permettraient d'améliorer les autres secteurs financiers des différents pays concernés.

L'institution des comptes d'épargne permet d'avoir d'autres sources internes de financement pour des investissements à long terme sur les marchés financiers, où ce genre d'instrument manquait. Il devrait également aider à développer le secteur financier car la gestion de ces comptes à long terme nécessitent plus de transparence, de régulation et de supervision.

Leçons à tirer

De prime abord, il semble que ces nouveaux régimes de retraite par capitalisation fonctionnent bien car les pays adeptes connaissent une bonne croissance et les caisses privées de retraite engrangent d'énormes recettes.

Mais à y regarder de plus près, certains problèmes demeurent :

1. La couverture globale des régimes de retraite n'a pas augmenté. «Les caisses de retraite privées n'étaient pas à la portée de beaucoup, surtout les personnes à faibles revenus. En effet, le montant des cotisations ainsi que les frais d'administration et d'assurance étaient élevés», déclare Gill.

2. Ces personnes ont donc investi leur argent dans des systèmes jugés moins onéreux, plus sécurisants et mieux adaptés à leurs besoins. «Au Chili et au Pérou, les travailleurs qui n'ont pas pu souscrire à une caisse de retraite privée ont,  pour la plupart, investi dans leurs maisons, d'autres biens ou l'éducation de leurs enfants», poursuit-il.

3. Les coûts relatifs au transfert des cotisations des travailleurs à partir des caisses de l'État vers les comptes d'épargne retraite privés (nouveau système), se sont quelques fois révélés plus élevés que prévus, affectant du même coup l'économie des pays qui n'étaient pas prêts à supporter ces coûts.

4. Finalement, ce système n'a pas été à l'abri du gouvernement comme cela avait été prévu. «De nombreux investisseurs considéraient la plupart de ces pays comme des paris risqués et leur ont accordé des prêts avec des taux d'intérêt élevés. En outre, les fonds de retraites, en grande partie, constitués de bons de trésors, ont à leur tour généré des taux d'intérêt élevés», explique Gill.

Mais, à long terme, ce manque de diversification des sources de financement peut dangereusement exposer les caisses de retraite car elles pourraient être affectées par les problèmes financiers des gouvernements. En Argentine, près de 50% des fonds privés étaient constitués de bons de trésor en 1994 (ce pourcentage pouvait atteindre 70%). Lorsque le gouvernement a été en cessation de paiement, en fin 2001, cela s'est répercuté sur les retraités.

«Peut être avons–nous surestimé les capacités du système à protéger les retraités de leur gouvernement», concède Gill.

Le Chili, leader des réformes

Avec plus de 20 ans d'existence, le système de pension du Chili, est l'un des mieux élaborés. Contrairement aux autres pays, le Chili a réussi sa réforme qui a été accompagnée d'une discipline fiscale et d'une réduction des impôts sur le revenu pour attirer plus de souscripteurs.
Mais le gouvernement s'est rendu compte que les gens cotisaient aux caisses de retraite privées jusqu'à un certain niveau et investissaient ensuite, dans d'autres biens. En général, les travailleurs cotisent pendant 20 ans (le délai minimum requis pour bénéficier d'une retraite).

« A bien y regarder, le rôle du gouvernement risque d'être plus important que prévu au départ dans ces nouveaux régimes de retraite. En effet, il risque d'avoir à servir une retraite minimum à plus de personnes que prévu », continue Gill.

Étapes suivantes

Les réformes représentent un progrès incontestable. Mais les pays doivent déployer des efforts supplémentaires pour garantir la prise en charge de tous les retraités. Pour ce faire, ils doivent :

  • s'assurer que les caisses de retraites privées sont efficaces et très diversifiées
  • augmenter la couverture de leurs régimes, en encourageant plus d'agents à cotiser
  • mettre l'accent sur la prise en charge des personnes âgées pauvres pour leur éviter de sombrer dans la pauvreté.

(a) indique une page en anglais

 




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