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Projet de bois précieux au Nicaragua

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  • Au Nicaragua, des fermiers convertissent leurs pâturages en forêts pour lutter contre le réchauffement de la planète.

Nicaragua, le 8 juin 2008 -- En transformant des anciens pâturages pour bétail en forêts, un projet novateur lancé par la Banque mondiale au Nicaragua permet non seulement d'éliminer des tonnes de carbone de l'atmosphère pour atténuer le réchauffement climatique, mais fournit également une ressource naturelle durable à ce pays démuni d'Amérique centrale tout en contribuant à préserver ses espèces indigènes d'arbres en voie de disparition et ses forêts existantes.

Le projet de bois précieux du Nicaragua (Nicaragua Precious Woods Project) qui a vu le jour en août 2006 prévoit de transformer, dans le Sud du pays, 600 hectares de terres privées anciennement utilisées pour l'élevage de bovins en nouvelles forêts de teck. Le projet prévoit d'absorber près de 300 000 tonnes d'émissions de CO2 d'ici la fin de 2017 et de générer ainsi des crédits de carbone qui seront mis en vente sur les marchés internationaux tout en préservant approximativement 350 hectares de forêts secondaires et d'arbres adultes.

Lorsque les jeunes tecks arriveront à maturité dans une génération, ils constitueront une source durable et commercialement viable de bois pour les marchés nationaux et internationaux, réduisant par conséquent l'exploitation des forêts naturelles. Ce projet va donc accroître la séquestration du carbone tout en fournissant une source durable de revenus à des communautés vulnérables. Au nombre des autres retombées environnementales du reboisement, on compte la prévention de l'érosion, la protection des nappes phréatiques, la régénération des sols et l'amélioration du microclimat et de l'équilibre de l'eau.

« Ce projet aide les communautés à devenir les bénéficiaires du marché de la finance carbone », dit Armando E. Guzman, un spécialiste en environnement de la Banque mondiale qui supervise le projet. « Il s'agit d'un important projet pilote pour la Banque, pour le Nicaragua et pour la région parce qu'il nous permettra de savoir si le commerce des unités de réduction du carbone peut fonctionner », ajoute-t-il.

Le projet est déployé sur deux anciennes fermes bovines, ou fincas, près du village de Sapao dans le Sud-ouest du Nicaragua, entre le lac Nicaragua et l'océan Pacifique. L'une des fincas, La Pimienta, est située directement sur la frontière du Costa Rica tandis que l'autre, Javalina, est située environ 3 kilomètres plus au Nord. Le projet pourrait être élargi au cours de la prochaine décennie de manière à reboiser jusqu'à 4 000 hectares si la phase initiale s'avère rentable. Le projet est financé par le Fonds de carbone de la Banque mondiale ; des investisseurs corporatifs et gouvernementaux autres que la Banque couvrant ses frais de 8,37 millions de dollars. Le projet pourrait un jour devenir autosuffisant. Les arbres abattus seront immédiatement replantés de manière à assurer la pérennité des bénéfices environnementaux du projet.

L'exécution de ce projet est assurée par Precious Woods, une société forestière fondée en 1990 dont le but est de fournir des services d'exploitation forestière durable en Amérique latine et d'y réduire le déboisement. En 1997, cette société a été la première à recevoir une certification du Forest Stewardship Council pour son exploitation forestière respectueuse de l'environnement et socialement responsable. Elle dispose d'une vaste expérience du Mécanisme de développement propre (MDP) et du marché des crédits de carbone puisqu'elle exploite une centrale alimentée à la biomasse de 9 mégawatts au Brésil qui sera bientôt officiellement certifiée MDP. La Banque mondiale a acheté des réductions d'émissions vérifiées relatives aux opérations de la société Precious Woods au Costa Rica pour « neutraliser » les émissions de carbone de ses opérations à Washington en 2006. Dans l'ensemble de l'Amérique latine, cette société gère plus de 400 000 hectares de forêts tropicales, plus de 1 000 hectares d'espèces d'arbres indigènes et 4 000 hectares de tecks.

Même si le teck n'est pas un arbre indigène de la région, il s'agit d'une espèce parfaitement adaptée à l'environnement rigoureux du Nicaragua soumis aux ouragans, aux inondations, aux sécheresses et aux incendies. Le teck est très résistant au feu ; après deux ou trois ans, les jeunes arbres ne peuvent plus être endommagés par le feu, et tandis que la saison sèche perturbe la croissance d'autres espèces d'arbres, le teck s'épanouit dans des régions tropicales qui connaissent des périodes sèches bien plus longues encore. De plus, le teck n'est pas susceptible d'être dévasté par des insectes, que ce soit en Amérique centrale ou dans sa région d'origine, c'est-à-dire dans le Sud et le Sud-est de l'Asie.

Le Nicaragua est le deuxième pays le plus pauvre de la région, après Haïti, et il s'agit du pays le plus grand et le moins peuplé d'Amérique centrale. Le revenu national brut était évalué à 980 dollars par habitant en 2006, contre 4 767 dollars en moyenne dans la région de l'Amérique latine et des Caraïbes et 2 037 dollars pour les pays à faibles revenus et à revenus intermédiaires. Le pays a également souffert de plusieurs décennies de guerre civile, de lutte sociale et d'autoritarisme gouvernemental. Les taux de pauvreté en milieu rural sont élevés ; un habitant sur trois y est classé comme « extrêmement pauvre » ou vivant avec moins de 1 dollar par jour. La pauvreté extrême en milieu rural diminue cependant plus rapidement que la pauvreté en milieu urbain, en grande partie en raison de la solide croissance du secteur agricole.

L'agriculture est un secteur clé de l'économie du Nicaragua ; elle représente 20 % de son PIB et 40 % des emplois totaux. Jusqu'à présent, ce secteur a misé sur l'exportation de cultures commerciales telles que les bananes, le café, le tabac, le bœuf et le rhum. Par conséquent, le Nicaragua a été très vulnérable aux catastrophes naturelles. Les éruptions volcaniques, séismes, tsunamis et sécheresses de la dernière décennie combinés à une mauvaise gestion des ressources naturelles, à des pressions de la part de la population et à des perturbations sur les marchés boursiers ont rendu difficile le maintien de la croissance et de la stabilité économique.

Le programme de bois précieux pourrait être un nouveau départ d'une grande importance pour ce pays. Le Nicaragua a ratifié le Protocole de Kyoto en 1999 et a mis sur pied un bureau national du développement propre qui relève du ministère de l'Environnement et des Ressources naturelles. Cette structure permet l'élaboration de projets de réduction d'émissions de gaz à effet de serre pouvant obtenir des certificats de réduction d'émissions qui peuvent ensuite être échangés sur le marché international. Le Nicaragua estime que l'exploitation forestière durable est une priorité pour son développement économique, mais dispose de peu d'expérience en matière d'exploitation de bois tropicaux ou du MDP.

Le projet de bois précieux fournira au Nicaragua les connaissances nécessaires et la capacité technique requise dans ce domaine. Ce projet sera l'un des premiers projets de réduction d'émissions de CO2 à s'inscrire dans le secteur du Mécanisme de développement propre qui regroupe l'utilisation des terres, le changement d'affectation des terres et l'exploitation forestière. Le Fonds de carbone de la Banque mondiale a convenu d'« acheter », d'ici 2017, des réductions d'émissions de 297 045 tonnes d'équivalents en CO2, ou 26 % du total, à 4 dollars par tonne.




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