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Remarques préliminaires sur le problème des prix alimentaires, en préalable à la réunion du G-20

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Remarques préliminaires sur le problème des prix alimentaires,
en préalable à la réunion du G-20

Robert B. Zoellick

Président du Groupe de la Banque mondiale

15 février 2011

 

La Banque mondiale publie aujourd’hui même la dernière édition de Food Price Watch, et cela met en évidence la nécessité pour le G-20 de faire de l’alimentation son dossier numéro un. 

 

L’indice des prix alimentaires de la Banque indique en effet que ces prix sont aujourd’hui à un niveau supérieur de 29 % à celui d’il y a un an, et à 3 % seulement du plafond atteint lors de la dernière crise alimentaire, en juin 2008. Il est évident que cela représente un sérieux motif de préoccupation. 

 

Le facteur clé à la base de cette spirale à la hausse de l’indice des prix alimentaires est l’essor marqué qui est intervenu dans les prix du blé, du maïs, du sucre et des huiles. 

 

Une conjugaison malheureuse de chocs climatiques dans divers grands pays producteurs de blé — suivie, dans certains cas, d’interdictions sur les exportations — a réduit les quantités de blé disponibles et amené les prix à augmenter de plus du double entre leurs niveaux planchers de juin dernier et janvier de cette année.

 

Nos propres travaux de recherche révèlent que l’augmentation des cours mondiaux du blé a engendré directement de fortes hausses des prix intérieurs dans un grand nombre de pays. En l’espace de six mois seulement, les prix du blé ont ainsi augmenté de plus de 50 % au Kirghizistan, de 45 % au Bangladesh et de 33 % en Mongolie. 

 

Un autre sérieux motif de préoccupation est de constater que les prix du maïs, en janvier de cette année, étaient supérieurs d’environ 73 % à leur niveau d’il y a six mois seulement.  Au cours du dernier trimestre, on a aussi assisté à des augmentations de 20 % pour le cours mondial du sucre, et de 22 % pour les matières grasses et les huiles. 

 

Le seul répit qu’on connaisse actuellement vient des cours mondiaux du riz, qui n’ont pas suivi les hausses spectaculaires intervenues dans les prix du blé et autres. 

 

Cela dit, il y aura lieu de surveiller les prix du riz, étant donné les mesures prises par certains pays pour importer sensiblement plus de riz en vue de renforcer leurs propres stocks.  Et à cela vient s’ajouter le fait que certains pays ont vu les prix du riz augmenter sur leur marché intérieur. 

 

En Afrique, de bonnes récoltes dans beaucoup de pays ont contribué à y maintenir les prix à des niveaux généralement stables. Mais il y a quand même quelques sérieux problèmes : au Burundi, par exemple, la population doit faire face à une hausse de 48 % des prix des haricots, lesquels constituent une importante source d’alimentation ; et dans le cas du Cameroun, ces prix ont augmenté de 43 %.  

 

Bref, ce n’est pas le moment de relâcher notre attention.  

 

Les prix alimentaires mondiaux sont à présent à de dangereux niveaux. Il apparaît déjà à l’évidence que ces récentes hausses des prix pour les produits alimentaires sont une source d'épreuves et de souffrances pour les pauvres à travers le monde. 

 

La Banque mondiale estime qu’elles ont fait basculer quelque 44 millions de personnes dans une situation d’extrême pauvreté, c’est-à-dire en dessous du seuil de 1 dollar et quart par jour. 

 

Ce sont les pauvres qui sont aujourd’hui soumis à une incroyable pression pour parvenir à se nourrir, eux et leurs familles, car plus de la moitié des revenus d’une famille pauvre sert juste à se procurer les simples denrées de base. 

 

La hausse des prix alimentaires et leur volatilité sont le principal problème clé auquel font aujourd’hui face beaucoup de pays en développement. 

 

Même avant ce dernier épisode de flambée des prix, il y avait déjà plus de 900 millions d’individus souffrant de la faim tous les jours. 

 

À présent qu’il y a, selon les estimations, 44 millions de personnes de plus vivant dans l’extrême pauvreté, cette année s’annonce à l’évidence comme une année très difficile pour ceux qui souffrent de malnutrition chronique.

 

On sait tout l’effet que peuvent avoir la hausse et la volatilité des prix alimentaires. 

 

En 2008, on a ainsi vu des émeutes de la faim. La hausse des prix a beau ne pas être la cause première de l’instabilité politique dont on est aujourd’hui témoin au Moyen-Orient, elle n’en a pas moins été un facteur aggravant, et qui pourrait devenir plus grave encore. 

 

Aujourd’hui, trop de gens vivent sur le fil du rasoir, victimes de prix alimentaires en hausse et instables. 

 

Une action s’impose au plan mondial pour inverser la situation — pour aider les petits agriculteurs, au moyen de semences et d’engrais, de meilleures prévisions météorologiques, de meilleurs moyens d’accéder aux marchés pour leurs produits. Il faut également procurer des aliments et des filets de protection efficaces aux plus vulnérables, aux femmes enceintes et aux nourrissons de moins de 2 ans. 

 

Il nous faut aussi plus de transparence, un plus grand accès du public à l’information sur le niveau de qualité et de quantité des stocks de céréales, ainsi que des moyens rapides et fiables de venir en aide aux pays de sorte qu’ils n’aient pas recours aux mesures d’interdiction sur les exportations ou d’entente sur les prix, qui ne peuvent qu’exacerber le problème.

 

Il n’y a pas de solution miracle au problème posé par le mélange détonant que constituent la hausse et la volatilité des prix alimentaires. Mais la sécurité alimentaire est désormais un problème de sécurité d’ordre mondial.  

 

Il nous faut donc une action d’ampleur mondiale pour faire en sorte de mieux nous acquitter de la tâche consistant à nourrir ceux qui ont faim, avant d’être confrontés aux enjeux futurs qui seront de parvenir à nourrir les 9 millions d’êtres humains que le monde est censé compter en 2050.

 

Je serai heureux de répondre à présent à vos questions. 

 

 




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