Défis de l'urbanisme dans la région MENA

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  • L’environnement urbain des pays de la région MENA est aujourd’hui sous très grande pression en raison du taux très rapide d’urbanisation enregistré ces 10 dernières années.
  • Un des principaux défis de la région MENA est le pourcentage élevé des logements informels qui atteint entre 20 % et 40 % dans certaines parties de la région.
  • Le monde s’urbanise et les décisions sont de plus en plus décentralisées vers les villes et les municipalités.

Novembre 2008 - Entretien avec Anna Bjerde, directrice sectorielle du développement urbain et social pour la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) à la Banque mondiale.

Madame Bjerde, qui est de nationalité suédoise, a rejoint la Banque en septembre 1997 en tant que jeune experte. Depuis, elle a occupé divers postes au sein de l’organisation dont le dernier en date a été celui de Spécialiste en chef de l’énergie pour la région MENA.

Quels sont les défis en matière d’urbanisme qui se posent aujourd’hui dans la région du MENA par rapport à il y a 10 ans ?

L’environnement urbain des pays du MENA est aujourd’hui sous très grande pression en raison du taux très rapide d’urbanisation enregistré ces 10 dernières années. Sur une population de 300 millions d’habitants, 170 millions vivent dans des zones urbaines ; selon des projections de l’ONU, la population de la région MENA atteindra 430 millions de personnes d’ici 2020 dont 280 millions vivront en milieu urbain. Il s’agit d’une augmentation de plus de 65 % de la population urbaine, contre une hausse prévue de 8,5 % de la population rurale. De plus, la région compte deux métropoles dont la population dépasse 10 millions d’habitants : Le Caire et Téhéran. En effet, Le Caire, Téhéran et Bagdad à elles trois représentent 25 % de la population urbaine de la région.

Face à ce taux très élevé d’urbanisation, il est clair que la fourniture d’infrastructures et de services publics adéquats est le principal défi en milieu urbain. Le défi est d’autant plus difficile à relever étant donné la présence de populations non desservies ou mal desservies et la pression grandissante de l’urbanisation sur l’environnement déjà fragile. Un autre défi de la région MENA est le pourcentage très élevé de logements informels qui atteint entre 20 % et 40 % dans certaines parties de la région. Ce phénomène donne lieu à des pressions sociales et limite l’accès aux opportunités économiques pour les groupes à faible revenu. Enfin, il est nécessaire de développer la capacité de gérer les catastrophes naturelles et de réduire la vulnérabilité face au changement climatique.

En quoi la situation diffère-t-elle au sein de la région ?

Comme je l’ai mentionné précédemment, la région MENA compte deux mégapoles, même si ces villes ne sont pas si grandes que cela comparativement à S?o Paulo ou à Pékin. Pour ce qui est du reste de la région, 25 % de la population urbaine est concentrée dans des villes dont la taille varie entre 1 et 5 millions d’habitants et 50 % de la population vit dans des villes de moins de 1 million d’habitants. Même si la taille des villes varie, certaines priorités sont communes à toute la région :

  • Le besoin d’infrastructure (routes, eau, électricité, assainissement, gestion des déchets solides)
  • Le besoin d’emplois
  • Le besoin de logements abordables et de nourriture
  • Le besoin d’éducation et d’un avenir pour les enfants

Comment l’orientation de la Banque en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption s’inscrit-elle dans le programme d’urbanisation ?

Le programme de gouvernance et de lutte contre la corruption se reflète de diverses manières dans le travail de la Banque. Dans la région MENA, et aussi de plus en plus dans d’autres régions, l’accent est mis sur la responsabilisation en matière de fourniture de services et de décisions relatives aux investissements/allocations de ressources qui auront un impact sur les générations à venir. En termes d’urbanisme, cela signifie qu’il faut examiner attentivement la manière dont les besoins fondamentaux des populations urbaines sont comblés ainsi que la fiabilité, les coûts et la sécurité des services offerts. Cela est étroitement lié au travail de développement social que nous faisons, où nous examinons la demande dans le domaine de la gouvernance, de la responsabilisation et du développement local. C’est pourquoi je suis très heureuse de la fusion des unités urbaine et sociale au sein de la région MENA ; j’espère que nous pourrons avoir encore plus d’impact en unissant notre expertise et nos efforts.

Quelles sont les principales leçons tirées de l’expérience de la Banque à l’échelle mondiale dans le domaine de la gestion urbaine ?

En un mot, le monde s’urbanise rapidement et les décisions sont de plus en plus décentralisées vers les villes et les municipalités. Par conséquent, pour avoir de l’impact, nous devons travailler à l’échelle locale. C’est à ce niveau qu’a lieu la mise en œuvre , et nous avons compris que les solutions de développement urbain doivent être approuvées et soutenues localement pour être déployées avec succès.

Quelle est la meilleure façon de faire participer le secteur privé et les gouvernements locaux en tant que partenaires dans la gestion des défis urbains ?

La meilleure chose à faire est de s’assurer que les plans locaux de développement urbain correspondent aux circonstances locales. Au final, ce qui compte c’est de répondre aux besoins des habitants en travaillant avec eux pour que leurs ressources soient bien gérées dans leur milieu urbain. Dans certains milieux urbains, le secteur privé sera le mieux placé pour offrir des services tandis que dans d’autres, ce sont le secteur public ou les ONG qui seront mieux à même de fournir ces services. Il est cependant clair qu’il est difficile, même dans des environnements moins décentralisés, de mettre en œuvre au niveau local des solutions qui ont été conçues et décidées au niveau national.





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