Il n’existe pas de solutions simples au problème du chômage des jeunes
L’emploi des jeunes doit s’inscrire dans le cadre de la stratégie de croissance de chaque pays africain
Les politiques de l’emploi doivent favoriser l’investissement dans l’éducation et la formation
WASHINGTON, 26 avril 2009 – Un comité d’experts de la jeunesse et de l’emploi du Ghana, du Kenya, du Mali et de la Colombie se sont réunis samedi, durant les Réunions annuelles de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), pour débattre des moyens susceptibles d’atténuer le problème de plus en plus grave que pose le chômage des jeunes en Afrique.
Les membres de ce comité de haut niveau, présidé par Mme Obiageli Ezekwesili, Vice-Présidente pour la région Afrique et animé par M. Yaw Ansu, Directeur du département « Développement humain », ont convenu qu’il n’existait pas de solutions simples au problème.
« Les jeunes citadins cherchent un emploi aux côtés de milliers d’autres jeunes sortis des même écoles, tandis que les jeunes ruraux affluent dans les villes en quête d’un travail », a déclaré Sanoussi Touré, Ministre des finances du Mali. « C’est une tragédie. Nos politiques favorisent l’investissement dans l’éducation et la formation, mais cela n’a pas permis de créer des emplois. »
Kinuthia Murugu, Secrétaire permanent du ministère de la Jeunesse et des Sports du Kenya, a admis que la croissance n’était pas synonyme de création d’emplois, « et c’est pourquoi nous avons besoin d’interventions soigneusement ciblées ». Il a fait observer que le Kenya avait lancé un Plan Marshall pour l’emploi des jeunes, qui prévoit de créer 500 000 emplois nouveaux au cours des quatre prochaines années en augmentant le nombre de centres de formation technique et en accordant des subventions aux élèves, en aidant les entrepreneurs des zones rurales, en lançant des grands travaux publics à forte intensité de main-d’œuvre, en développant le secteur des technologies de l’information et de communication (TIC) et en payant les jeunes pour planter des arbres dans le cadre d’un programme spécial (« Trees for Jobs ») qui a pour but d’aider à inverser le phénomène de déboisement.
Au Ghana, le Gouvernement a adopté une approche sectorielle du problème, a fait savoir le Professeur William Ahadzie, Directeur adjoint du Centre d’étude de la politique sociale de l’Université du Ghana. “Nous avons mis au point un Programme national d’emploi pour les jeunes qui vise à faire affecter un grand nombre de jeunes à des emplois productifs là où l’on a besoin d’eux, en les faisant travailler par exemple comme animateurs sanitaires, agents des services d’assainissement et d’enlèvement des ordures, enseignants et stagiaires rémunérés dans l’industrie.”
Mauricio Cárdenas, représentant de la Colombie et ancien Ministre des transports et également de la planification économique, a évoqué les efforts qu’il a déployés pour lutter contre le chômage des jeunes durant la crise économique qu’a connue son pays à la fin des années 90, lorsque des chocs extérieurs ont fait passer le taux de chômage de 10 à 20 %, et même à 30 % chez les jeunes. « Nous avons essayé deux programmes différents et évalué ensuite leurs résultats » a déclaré M Cárdenas. Le premier, appelé « La jeunesse en action » a formé des jeunes pour le marché du travail. « Nous leur avons assuré trois mois de formation théorique, suivis de trois mois de formation en cours d’emploi. Nous leur avons également accordé une aide au revenu de trois dollars par jour, ce qui correspond au seuil de pauvreté en Colombie ». Dans le cadre de ce programme, « 80 000 jeunes ont reçu une formation, et les évaluations, pour lesquelles différentes techniques de mesure d’impact ont été utilisées, ont été très favorables ».
L’autre programme mis en œuvre en Colombie visait à créer des emplois dans le cadre de travaux communaux à petite échelle dans des quartiers urbains. Ce programme a donné des résultats moins positifs. « Nous dépendions d’ONG locales pour exécuter le programme et obtenir un cofinancement des municipalités, mais celles-ci n’avaient pas les moyens nécessaires ». Selon M. Cárdenas, une autre raison de l’échec du programme tient au fait qu’« il exigeait que les intéressés reçoivent le salaire minimum, ce qui a fait obstacle à la création d’emplois ». Fort de ces expériences, M. Cárdenas a conclu que « la meilleure stratégie face au chômage des jeunes consiste à leur assurer une formation professionnelle qui prenne en compte la nécessité pour eux d’être assurés d’un revenu durant leur formation ». Par ailleurs, « il faut aussi avoir des programmes de formation à proposer. Notre approche a encouragé l’élaboration de ces programmes par le secteur privé ».
Au cours du débat, M. Murugu a déclaré que l’on pouvait encourager le secteur privé à créer davantage d’emplois dans le cadre de marchés de travaux publics, et il a signalé qu’au Kenya, dans le cadre de ce type de marchés, les entreprises étaient tenues de réserver un certain pourcentage des montant en jeu à la main-d’oeuvre. M. Cárdenas l’a mis en garde contre la tendance à voir dans les projets d’infrastructure la réponse au problème urgent du chômage des jeunes. « Les projets d’infrastructure impliquent un grand nombre de tâches administratives, et leur exécution prend un temps considérable. Des interventions sociales sont beaucoup plus efficaces, car on peut ainsi former et instruire les jeunes, puis offrir aux entreprises des incitations pour qu’elles les embauchent. »
« Après la formation, quoi ? » a demandé M. Murugu, du Kenya. « Au Kenya nous consacrons 150 milliards de shillings (soit environ 2 milliards de dollars) à l’enseignement primaire, mais comment la jeunesse peut-elle espérer trouver un emploi lorsqu’il n’y en a pas ? » Il a souligné qu’il était important d’améliorer l’environnement dans lequel opère le secteur informel en exigeant des autorités locales qu’elles signent des contrat-programmes en matière de création d’emplois. Il a jouté qu’il est indispensable d’apporter une aide aux jeunes dans le secteur agricole étant donné que la plupart des agriculteurs kényens ont plus de 60 ans. « Notre programme « Trees for Jobs » est destiné aux zones rurales, a-t-il précisé ». « Les jeunes travaillent avec le service forestier, acquièrent des compétences et aident à préserver les bases de l’économie nationale ».
Le Professeur Ahadzie, du Ghana, a reconnu qu’il était nécessaire de soutenir la création d’emplois dans l’agriculture, mais il faut selon lui lier ce secteur à des activités non agricoles, notamment de transformation, à la création de marchés, et au besoin de crédit.
Ayodele Omotoso, Directeur de la Commission nationale de planification du Nigéria, qui assistait à la séance, a déclaré que « le taux de chômage chez les jeunes atteint de 60 à 70 % au Nigéria, et que le marché du travail ne peut absorber que 10 % des nouveaux arrivants. Nous pensions auparavant que le secteur public devait fournir des emplois mais nous avons maintenant une vision globale de la question ». Conformément à cette approche globale, le Nigéria a mis en place un programme de protection sociale comportant des transferts monétaires aux chômeurs, lance une réforme de l’enseignement, et il recherché des moyens d’employer davantage de jeunes dans l’agriculture commerciale, le secteur manufacturier, le tourisme, les TIC, les transports et les services publics. « La principale leçon est que le chômage des jeunes est un problème pluridimensionnel qui doit être abordé sur une base a macroéconomique. »
Dans ses remarques de conclusion, la Vice-Présidente régionale Mme Ezekwesili a déclaré qu’il fallait manifestement s’attaquer au chômage des jeunes sous tous les angles. « Le profil des jeunes chômeurs soit s’adapter à nos modes de penser, comme cela a été le cas pour la parité hommes-femmes. Dans le cadre de tout ce que nous entreprenons, nous devons accorder aux jeunes la place qui leur revient, pour qu’ils soient assurés d’avoir un avenir. »