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Les défis de la mondialisation: Le rôle de la banque mondiale

Also available in: Deutsch  ,  English
par
James D. Wolfensohn
Président
Groupe de la Banque mondiale
Berlin, Allemagne, 2 avril 2001

Also available: Press Release World Bank Calls for Global Campaign
to Halve the Proportion of People in Extreme Poverty by 2015

Je suis heureux d'avoir à nouveau l'occasion de m'adresser à vous dans cette belle ville. Je tiens à remercier Mme Scheel, présidente de la Commission des finances, M. Rudolf Kraus, président de la Commission du développement, et M. Hans-Ulrich Klose, président de la Commission des affaires étrangères, de leur aimable invitation.

Madame la ministre Wieczorek-Zeul contribue pour beaucoup à la qualité des relations entre la Banque mondiale et l'Allemagne. Je suis enchanté d'avoir eu l'occasion de la rencontrer de nouveau. Notre association est aussi profonde qu'ancienne. Nous avons, elle et moi, des perspectives communes, de sorte que ses services et mes collaborateurs de la Banque coopèrent efficacement dans la lutte contre la pauvreté. Je me réjouis également de voir ici présent le professeur Ernst-Ulrich von Weizsäcker, président de la Commission des enquêtes.

Mon ami Horst Köhler vient de décrire le rôle du Fonds monétaire international. Comme il vous l'a dit, nous nous sommes rendus ensemble en Afrique il y a peu de temps. Je tiens à m'associer à lui pour affirmer que non seulement nous avons eu des entretiens extrêmement fructueux avec 22 chefs d'État africains, mais également que lui et moi sommes revenus de ce voyage profondément impressionnés par la façon dont les dirigeants africains prennent en main leur continent et leur pays.

L'Afrique ne pourra se développer que dans le cadre d'un partenariat dans lequel les Africains doivent assumer la direction et la responsabilité fondamentale des opérations. La tâche des institutions internationales et des bailleurs de fonds bilatéraux consiste à apporter leur soutien sans réserve, par leur savoir et par leur expérience, et à offrir généreusement aussi bien des ressources matérielles que l'accès aux marchés.

Il est paradoxal qu'à une période où les dirigeants africains ont commencé à suivre des politiques judicieuses qui donnent déjà leurs premiers résultats, l'aide extérieure au continent soit tombée de 32 dollars par personne en 1990 à 18 dollars en 1998. Nous devons inverser cette tendance. Je ne peux que réaffirmer avec Horst Köhler qu'il est temps de lancer un appel concerté aux chefs de gouvernement et aux principaux bailleurs de fonds, et de dire une fois pour toutes que l'aide au développement n'est pas une obole mais un investissement essentiel dans la paix et la sécurité mondiales.

Aux niveaux actuels (quelque 0,24 % du PIB annuel), l'aide extérieure est loin d'atteindre l'objectif de 0,7 % que les pays développés avaient promis d'accorder. Cet écart se traduit par un manque à recevoir de 100 milliards de dollars par an. Pour des millions de pauvres, c'est la différence entre vivre ou mourir. Utilisé à bon escient, ce montant rendrait certainement possible la réalisation des objectifs internationaux.

Cela est plus que jamais nécessaire. Chaque décennie apporte de nouveaux défis. Aujourd'hui, la moitié de la population mondiale a moins de deux dollars par jour pour vivre, 80 % des habitants de la planète se partagent 20 % du PIB mondial et, dans chaque pays, un gouffre sépare les riches et les pauvres. Ce n'est pas tout. D'ici 25 ans, la Terre comptera 2 milliards d'habitants de plus, presque tous dans les pays en développement. De 6 milliards aujourd'hui, la population mondiale atteindra 8 milliards d'habitants, dont peut-être 6,5 milliards vivront dans les pays en développement. Combien de personnes seront-elles condamnées à vivre pour moins de deux dollars par jour ? La réponse de la communauté internationale à cette question est étroitement liée à celle de savoir si nos enfants connaîtront un monde pacifique ou un monde de plus en plus déchiré par les conflits.

Le chemin parcouru

 

Je voudrais dire quelques mots sur les changements intervenus à la Banque mondiale, la place que nous occupons dans les structures internationales de développement et la direction dans laquelle nous avançons. Pendant les six années qui se sont écoulées depuis mon arrivée à la Banque mondiale, l'institution n'a pas cessé de se rénover et les résultats de cette transformation ne sont pas négligeables.

En 1995, il n'existait pas de mécanisme global d'allégement de la dette en faveur des pays les plus pauvres, tant du côté des institutions multilatérales que de celui des autres créanciers. Aujourd'hui, 22 pays, dont 18 pays africains, ont commencé à bénéficier d'un allégement de leur dette au titre de l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), pour un total de 34 milliards de dollars. L'endettement extérieur total de ces pays sera réduit des deux tiers, ce qui ramènera leur dette à un niveau inférieur à la moyenne de l'ensemble des pays en développement.

Grâce à cet allégement, les pays bénéficiaires consacreront quelque 2 % de leur PIB au service de la dette, soit beaucoup moins que les autres pays en développement, et en revanche, environ 7 % aux dépenses sociales. Les 22 premiers pays seront rejoints par plusieurs autres d'ici la fin de 2001. Nous espérons que les autres pays pouvant bénéficier de l'Initiative mettront fin aux hostilités ou aux conflits dans lesquels ils sont engagés, afin de pouvoir, eux aussi, mener à bien le programme.

À cette occasion, je tiens à saluer les propositions de grande envergure formulées par l'Allemagne, à commencer par l'examen de l'Initiative PPTE de 1999, qui ont abouti aux contributions annoncées au Sommet de Cologne. Le Chancelier Schröder mérite toute notre admiration pour la maîtrise avec laquelle il a guidé les événements jusqu'à ce sommet. Je suis, de plus, extrêmement reconnaissant à l'Allemagne pour sa contribution annoncée de 226 millions de dollars au Fonds fiduciaire PPTE.

Mais il ne suffit pas de conclure des accords sur l'allégement de la dette. Ces accords doivent être liés à des stratégies de développement clairement formulées, axées sur la réduction de la pauvreté. Nous aidons les pays à élaborer des Documents de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP). Actuellement, 32 pays ont un DSRP intérimaire et quatre un DSRP complet.

Il n'existe pas de remède instantané au problème du développement. Par ailleurs, pour être durable, le développement doit bénéficier d'un large appui. Ce qui est à retenir dans cette nouvelle approche, concrétisée par les DSRP, c'est qu'elle porte sur tous les aspects du développement, sur un horizon à long terme, et qu'elle implique la participation de tous les acteurs, y compris celle du secteur privé et de la société civile. Elle a donc beaucoup plus de chances non seulement de survivre à des mutations politiques majeures, mais également de toucher les couches profondes de la collectivité, au niveau où s'opèrent les véritables changements. À nous maintenant d'élargir encore cette approche en y adjoignant des instruments de mesure des résultats et en demandant aux gouvernements, aux institutions internationales et bilatérales, à la société civile et au secteur privé de rendre compte de leur prestation, de manière à pouvoir évaluer les progrès en cours de route.

D'autres changements importants sont à signaler dans les activités et les domaines d'intérêt de la Banque. Le VIH/SIDA a infecté plus de 50 millions de personnes dans le monde et en a tué près de 21,8 millions, dont plus de 17 millions d'Africains. Il y a six ans, la Banque avait engagé 35 millions de dollars dans la lutte contre le VIH/SIDA. Ses engagements s'élèvent à présent à 1 milliard de dollars, près de 30 fois plus. Nous ne nous arrêterons pas là et comptons accroître nos financements à mesure que les pays élaboreront des programmes efficaces.

Nous menons des activités de prévention par le truchement des programmes d'éducation publics, des dispensaires locaux et des groupes villageois. Pour autant, nous ne négligeons pas l'aspect traitement ni le coût des antirétroviraux. Cela dit, nous ne sommes que trop conscients du fait qu'on ne peut s'attaquer au VIH/SIDA et autres maladies transmissibles mortelles sans traiter les problèmes des systèmes de santé en général. À cet égard, nous apportons notre concours à de nombreux programmes et nous continuerons de le faire.

Nous renforçons aussi nos activités dans les pays sortant d'un conflit. Il y a six ans, nous menions 15 opérations post-conflit ; à présent, nous en menons 35 et nous examinons de quelle manière la Banque pourrait apporter son aide plus tôt aux pays concernés. Ce que nous pouvons faire de plus utile, c'est de travailler avec les pays et les régions pour assurer la croissance et l'équité sociale qui contribueront à éviter les conflits.

Il y a six ans, la corruption était un sujet tabou à la Banque. La question était jugée trop politique et semblait défier toute solution. Actuellement, nous travaillons à des programmes de lutte contre la corruption et de bonne gouvernance dans 95 pays et nous sommes à l'avant-garde à bien des égards dans ce domaine.

Il y a six ans, on ne parlait guère du développement voulu par les communautés. Aujourd'hui, nous avons engagé 1,5 milliard de dollars dans des projets tels que le projet de nutrition au Mozambique, qui a considérablement réduit l'incidence de la malnutrition, et les fonds sociaux au Malawi. Notre objectif est de multiplier ce type de programmes communautaires dans toute l'Afrique et dans l'ensemble du monde en développement.

Nous partons du principe que ceux qui vivent dans la pauvreté ne doivent pas être traités comme des charges, mais comme des atouts qui contribueront plus que quiconque au succès de la lutte contre la pauvreté. Ils ne demandent pas qu'on leur fasse la charité, mais qu'on leur donne une chance, et les programmes de développement de proximité leur donnent cette chance.

Nos efforts pour toucher les communautés en Inde, en Chine et dans les pays en transition donnent des résultats très encourageants. Actuellement, la société civile et la population locale sont impliquées à un titre ou à un autre dans plus de 70 % de nos projets, contre moins de 50 % en 1995. Dans chaque cas, ce qui importe, c'est de passer des projets à des programmes susceptibles d'être transposés et amplifiés à l'échelle nationale.

Ce ne sont-là que quelques-unes des transformations que nous avons opérées pour mieux centrer notre action sur la réduction de la pauvreté. Et les résultats sont remarquables.

Au cours des dernières années, notre impact sur le développement, notre principal critère, s'est considérablement amélioré. La qualité de notre portefeuille n'avait pas atteint de tels niveaux depuis 20 ans, ce qui en soi se traduit par des milliards de dollars investis dans des activités de développement plus efficaces pour ceux que nous servons. D'après les calculs du Département indépendant de l'évaluation des opérations, l'efficacité des projets est passée de 66 à 77 % entre 1996 et 2000. C'est là un progrès impressionnant pour une institution dont l'activité principale, le développement, comporte toujours une marge de risque considérable.

Nous comptons que ces chiffres continueront à augmenter lorsque nous jugerons l'efficacité des projets entrepris au cours des cinq dernières années. La qualité de la formulation des projets aussi s'est améliorée, amélioration qui se répercute sur leur exécution.

Aucune autre institution internationale n'a jamais entrepris de programme de réforme aussi ambitieux en si peu de temps, avec des résultats aussi spectaculaires. La réussite est-elle complète ? Non. Il reste encore beaucoup à faire. Mais nous avons accompli des progrès considérables grâce au dévouement de notre personnel et nous avons ouvert la voie aux transformations futures. Nous avons actuellement une opportunité extraordinaire de profiter de l'élan acquis.

Mais les contraintes budgétaires provoquent un stress et une angoisse alarmants parmi notre personnel. La nouvelle conception de notre tâche, qui met l'accent sur la concertation et sur les questions complexes liées au développement humain, absorbe beaucoup plus de temps et de ressources. Et pourtant, fait exceptionnel pour une institution financière internationale, notre budget est identique, en valeur réelle, à ce qu'il était il y a quatre ans, en dépit de l'expansion de nos prestations et de l'amélioration de leur qualité.

Nous sommes sollicités également dans d'autres domaines. Le développement durable est un bien public dont l'importance va croissant. Pour l'incorporer à nos programmes par pays, nos agents doivent déployer des efforts supplémentaires. Il en est de même pour la problématique hommes-femmes, à laquelle nous portons un vif intérêt.

Les coûts aussi augmentent. Les politiques de sauvegarde environnementales et sociales adoptées par la Banque sont plus complètes que celles de toutes les autres banques multilatérales de développement. Nous avons un rôle de pointe à jouer dans ce domaine et nous ne saurions nous y soustraire. Qu' on ne s'y trompe pas : nous ne relâcherons pas notre vigilance, contrairement à ce que prétendent certains. Mais le respect des sauvegardes et des normes fiduciaires, qui est essentiel au développement durable, a également fait augmenter nos coûts. Si l'amélioration de la qualité et les avantages qu'en retirent nos clients sont indéniables, cela implique des coûts. Ces coûts doivent être intégralement financés et il faut aider nos clients à se doter des capacités d'appliquer ces politiques de sauvegarde.

Une Banque nouvelle et rénovée

 

Comment, par conséquent, pouvons-nous concentrer encore davantage nos activités sur la pauvreté et démultiplier l'efficacit  





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