March 2, 2004—« Les pays en voie de développement doivent améliorer leur préparation aux catastrophes de façon à réduire l'impact des catastrophes naturelles sur les communautés et sur leurs moyens de subsistance », tel est le message qui ressort d'un rapport consacré au relèvement des catastrophes sur le plan international, rapport qui sera publié prochainement.
Le rapport recommande vivement aux agences d'aide et aux gouvernements de permettre aux populations exposées à de telles catastrophes de jouer un plus grand rôle dans la gestion des catastrophes. Selon le rapport, cette participation pourrait renforcer l'efficacité des programmes de relèvement.
Le rapport, qui a été financé en partie par la Banque mondiale, a été écrit par le Consortium ProVention, un réseau international d'organisations publiques, privées, non gouvernementales et universitaires, qui s'est fixé pour objectif de réduire l'impact des catastrophes dans les pays en voie de développement.
Il analyse les réponses aux catastrophes dans cinq pays qui ont été durement frappés par des catastrophes naturelles : | Pays | Catastrophes Naturelles | Année | | Bangladesh | Innondations | 1998 | | Honduras | Ouragan Mitch | 1998 | | Inde (Gujarat) | Tremblement de terre | 2001 | | Mozambique | Innondations | 2000 et 2001 | | Turquie | Tremblements de terre | 1999 |
Le relèvement des catastrophes est un processus mal compris
Le rapport explique que « des volumes très substantiels de ressources » ont été affectés aux interventions de relèvement après des catastrophes naturelles. Des agences extérieures, y compris la Banque mondiale, ont affecté 8,8 milliards de dollars EU pour les 5 catastrophes étudiées, en complément de fonds déjà très importants avancés par les gouvernements. Il ne faut pas non plus oublier que les victimes ont consacrés leurs économies au relèvement et que les membres de leur famille expatriés leur ont envoyé de l'argent.
La plupart des financements ont été affectés à la reconstruction de l'infrastructure et du logement, qui sont essentiels au relèvement et à l'existence.
Mais selon le rapport, le processus de recouvrement des catastrophes naturelles reste « très peu compris » et le manque d'analyses systématiques des programmes de recouvrement à la suite de catastrophes a pour résultat que les mêmes erreurs se répètent alors qu'elles pourraient être évitées.
Dans tous les cas étudiés, les politiques élaborées à la suite des catastrophes ont mis surtout l'accent sur la réduction du risque et l'amélioration de la préparation. Bien que les pays se soient orientés vers un traitement de la catastrophe comme partie intégrante de leur processus de développement, leurs politiques accordent une attention insuffisance au rétablissement des moyens d'existence et à l'octroi d'une aide aux communautés victimes pour leur permettre de participer aux activités de gestion des catastrophes. De plus, le manque de partage d'expérience entre les pays en matière de politique de catastrophes naturelles, dû au faible nombre d'agences travaillant dans ce domaine, ne favorisent pas le développement d'une courbe d'apprentissage. En général, les communautés rurales qui dépendent de l'agriculture pour leur subsistance et où les investissements d'équipement sont très faibles s'en sortent mieux que les communautés qui dépendent de moyens plus complexes pour leur subsistance, telles les communautés urbaines, semi rurales et les communautés de pêcheurs.
Il faut plus de consultations
Le rapport constate que les cinq pays examinés ont eu tendance à ne pas entreprendre de consultations avec les populations affectées, avec pour résultat des programmes inadéquats : « Le faible taux de participation publique dans la planification, la conception et bien souvent dans la mise en œuvre des activités de relèvement est un combat inquiétant, commun à tous les cas étudiés ».
Mais des changements positifs apparaissent
L'étude a permis d'identifier des changements positifs dans les réponses aux catastrophes : · Le Gouvernement turc a requis une application beaucoup plus stricte des codes de construction dans la construction des logements après le tremblement de terre de Marmara de 1999. · Au Bangladesh, la libéralisation par le Gouvernement des importations alimentaires a permis d'éviter la flambée des prix de la nourriture au cours des efforts de relèvement des inondations de 1998. · En Inde, après le tremblement de terre de Gujarat en 2001, le Gouvernement a autorisé la construction par les particuliers de leurs logements de façon à accélérer le processus de recouvrement.
Bien que le rapport insiste pour continuer l'effort, il souligne que la préparation à des événements catastrophiques dans le futur est de plus en plus intégrée dans la phase de relèvement des cas étudiés. Par exemple · Au Mozambique, les programmes de relèvement ont saisi toutes les occasions de construire des infrastructures susceptibles de mieux résister aux inondations dans le futur. · Au Honduras, la distribution d'équipement de radio et de bateaux à moteur (ainsi que la formation nécessaire à leur utilisation et à leur entretien) a permis d'atténuer les effets des inondations qui ont eu lieu depuis l'ouragan Mitch)
Les principaux défis
Les cinq pays doivent relever des défis fort semblables : · L'établissement d'institutions et la pérennisation de gestion des catastrophes. · Une implication suffisante des populations les plus affectées par les catastrophes naturelles dans la planification, la conception et la mise en œuvre des activités de préparation aux catastrophes. · Une attention insuffisante accordée au financement d'initiatives en matière de gestion des catastrophes dans l'intervalle entre deux événements catastrophiques.
Que faut-il faire ?
Le rapport recommande ce qui suit : · Les gouvernements doivent faire de l'analyse des risques de catastrophes naturelles et de leur prévention une partie intégrante de leur processus de développement. · Il faut organiser plus d'examens indépendants des efforts de relèvement entrepris après des catastrophes majeures, y compris une analyse par groupe socio-économique, par genre et par groupe ethnique, de façon à assurer que les leçons ont bien été tirées de l'expérience en matière de réponse à la catastrophe. · Il faut un appui plus important à la remise sur pied des moyens d'existence des populations affectées. · Il faut les mécanismes permettant une mise à jour périodique de l'évaluation des dégâts et des besoins destinés à assurer une meilleure compréhension d'une situation qui parfois peut être changeante. · L'effet des catastrophes sur les femmes doit être examiné de façon plus rigoureuse et la « fenêtre d'opportunités » que peut ouvrir une catastrophe au bénéfice de changements sociaux et d'égalité entre les sexes doit être pleinement utilisée.
Etude de cas d'une pratique modèle : Empêcher la flambée des prix au Bangladesh
Le Bangladesh a pu éviter une flambée des prix après les inondations de 1998 en encourageant les importations de riz par le secteur privé. La libéralisation du commerce au début des années 1990 avait permis aux commerçants privés d'importer et d'exporter du riz en grains. Et lorsque le pays a dû faire face à un déficit de l'ordre de 2,2 millions de tonnes de riz, le Gouvernement a encouragé les importations privées en éliminant une surcharge de 2,5%, dite de développement, sur les importations de riz. Entre juillet 1998 et avril 1999, les importations par le secteur privé se sont montées à 2,42 millions de tonnes, tandis que les importations du Gouvernement n'étaient que de 399.000 tonnes. Les délais d'importations de céréales du secteur privé n'étaient que de 2 ou 3 semaines, tandis que les importations par le secteur public qui devaient suivre les procédures officielles d'appels d'offres pouvaient prendre de 3 à 4 mois.
Au cours de la famine due au manque de riz de 1974, le prix moyen du riz a augmenté de 12% par mois pour les 10 premiers mois de l'année, malgré la disponibilité de stocks suffisants. Au cours de la crise de 1998, les prix du riz sont restés stables. Etude de cas d'une pratique modèle : La construction d'infrastructures au Mozambique
A la suite des inondations de 2000 et de 2001, le Mozambique a réhabilité et reconstruit les infrastructures endommagées, y compris les écoles, les centres de santé, les équipements hydrauliques et les routes. Ces efforts ont été salués par les communautés. Les financements disponibles grâce aux programmes de relèvement ont rendu possibles d'une part la réparation ou le remplacement des infrastructures existantes, avec pour résultat que ces infrastructures répondent aujourd'hui à des normes plus élevées, et d'autre part la construction de nouvelles installations dans des zones qui en étaient dépourvues. Dans ces dernières, la construction des nouvelles infrastructures s'est faite en cohérence avec des priorités identifiées auparavant. Ces structures ont été dotées de ressources humaines et financières adéquates. Par exemple : · A Chokwe, dans le sud du pays, 249 nouvelles salles de classe ont été construites au cours de la phase de relèvement. Au total, 101 écoles ont été réhabilitées et construites et des équipements scolaires ont été fournis. 4.500 élèves supplémentaires ont pu s'inscrire à l'école dans ce district. · Des activités de prévention du paludisme ont été étendues à la totalité de la province de Gaza, également dans le sud du pays, au titre du programme national de contrôle du paludisme. · Des communautés isolées ont vu leurs routes reconstruites et dans certains cas de nouvelles routes ont été tracées.
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