Paris, France, November 14, 2005 Philippe Douste-Blazy, Ministre de la santé, France Monsieur le Président de la Banque Mondiale, Monsieur le Directeur Général de l’OMS, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs, mes chers amis, tout d’abord je voudrais vous remercier pour votre présence en grand nombre ce matin, d’autant que c’est une heure assez inhabituelle pour une conférence de presse. Dans quelques instants, vous assisterez aux travaux du troisième Forum de Haut Niveau sur les Objectifs du Millénaire, liés à la Santé. C’est pour moi un plaisir d’accueillir à Paris les nombreuses personnalités et experts qui vont participer à cette réunion. Je tiens à saluer tout particulièrement les deux acteurs majeurs dans l’organisation de cette manifestation, Monsieur Paul Wolfowitz, Président de la Banque Mondiale, et le Docteur Jong-Wook Lee, Directeur Général de l’OMS. Je souhaite également remercier sincèrement Monsieur Abou-Bakar Traoré, Ministre de l’Economie et des Finances du Mali, d’avoir accepté de participer à cette conférence de presse, à peine rentré de Washington. Pendant ces deux jours, nous allons parler de santé dans les pays en voie de développement. A l’approche du millénaire, il y a tout juste cinq ans, nous nous sommes ensemble fixé des objectifs et un calendrier. En 2015, nous devrons avoir réduit de deux tiers la mortalité infantile, de trois quarts la mortalité maternelle, et avoir inversé la tendance en ce qui concerne le Sida, la tuberculose, le paludisme, et les principales maladies. La première réunion du forum à Genève, en janvier 2004, a montré que nous avions de très nombreux pays qui n’avaient aucune chance d’atteindre ces objectifs dans cette échelle de temps. Les populations de ces pays ne verraient pas d’amélioration concrète de la situation sanitaire avant très longtemps, si nous, pays donateurs, agences multilatérales, pays en développement, ne changions pas notre façon de faire. Il était nécessaire de modifier les points critiques et les entraves au développement du système de santé, en quelque sorte de bien établir le diagnostic de la situation et tracer les pistes pour l’avenir. Monsieur Gofarin de Goujat s’y est employé. Il est venu à Paris pour animer ce cycle de trois réunions pour définir les lignes d’action et les mesures concrètes à prendre. Pour discuter de ces actions, nos débats se veulent aussi informels que possible, sans langue de bois, ni sujet tabou. Plus de 60 délégations représentées à haut niveau ont répondu à l’invitation que Monsieur Wolfowitz, le Docteur Lee et moi-même leur avons adressée. Les directeurs exécutifs de l’UNICEF, l’ONU pour la lutte contre le Sida, du Fonds Mondial, de l’Alliance pour les Vaccins et la Vaccination, 20 ministres ou secrétaires d’Etat représentant l’ensemble des continents, le Président de la Banque Africaine de Développement, les responsables des principales Agences et Fondations agissant dans le secteur de la coopération et du développement, entre autres, sont présents à Paris. Je suis convaincu que l’importance des sujets qui vont être débattus et la qualité des participants à ce forum vont nous permettre de trouver des réponses adaptées et novatrices, et que nous saurons renforcer une démarche commune. Je suis persuadé que, lorsque je rencontre mes homologues Ministres des Affaires Etrangères, l’un des grands enjeux de la diplomatie internationale aujourd’hui reste, plus que jamais, le problème de santé. Le problème de santé est lié à des problèmes techniques, nécessitant des techniciens, des médecins et des humanitaires. Les problèmes de santé sont des problèmes diplomatiques au plus haut niveau, devant intéresser les chefs d’Etat et les gouvernements, et pas seulement les agences multilatérales. C’est un des grands enjeux, encore plus important que la question diplomatique liée à l’énergie. C’est moral, c’est éthique, c’est un problème de respect et de dignité des personnes dans le monde. Je passe maintenant la parole au Docteur Lee, Directeur Général de l’OMS pour ses propos introductifs. Docteur Jong-Wook LEE, Directeur Général de l’OMS Merci Monsieur le Ministre. Nous sommes ici réunis pour essayer de voir comment nous pouvons utiliser ces milliards de dollars pour obtenir de véritables résultats, pour que des enfants puissent espérer vivre plus longtemps, dépasser l’âge de 5 ans et si possible atteindre 85 ans dans tous les pays du monde, afin que personne ne souffre plus du Sida, ne meure plus du Sida, afin également que le fait d’accoucher en Afrique soit une activité aussi sûre qu’elle l’est en Europe. Aujourd’hui, nous nous focalisons sur le développement. Il y a eu énormément de discussions sur ce sujet, notamment au G8 en septembre et aux Nations Unies à New York. L’ensemble du monde a eu ses yeux braqués sur les questions de développement. Il y a eu énormément d’engagements en matière financière, mais c’est sans doute là que les choses se compliquent parce que l’argent est parfois autant un problème qu’une solution. Si on dépense mal l’argent, il y a des problèmes qui se posent. Il s’agit donc de la responsabilité des donateurs à bien le dépenser, au bénéfice des pays qui souffrent de la pauvreté. C’est un grand plaisir aujourd’hui pour moi d’être assis à côté du Ministre des Affaires Etrangères français parce qu’il y a eu un engagement fort de la part de ce pays, la France, sur ces sujets, y compris à travers le Fonds Mondial, mais également à travers l’idée d’essayer de trouver de nouvelles sources de financement. Donc c’est un plaisir tout particulier pour moi de pouvoir être assis ici aux côtés du Président de la Banque Mondiale, Monsieur Wolfowitz. On le sait, depuis qu’il a pris ses fonctions, il a été en Afrique et je sais qu’il a fait preuve d’énormément d’enthousiasme et d’engagement par rapport à ce continent, et je suis persuadé que ceci va déboucher sur des améliorations de niveau de vie dans ce continent. Bien entendu, c’est également un grand honneur de pouvoir être assis à côté du Ministre malien, Monsieur Traoré. Merci beaucoup. Paul Wolfowitz, Président de la Banque mondiale Merci beaucoup. Permettez-moi d’abord de remercier très chaleureusement nos hôtes Français, notamment Monsieur Douste-Blazy, d’avoir organisé ce forum ici à Paris. Je voudrais aussi remercier Monsieur le Ministre d’avoir réussi à réunir autant de preneurs de décision. C’est déjà extrêmement significatif que nous ayons déjà pu faire un travail très important. Je voudrais également saluer Monsieur Traoré pour ses efforts pour s’assurer que l’utilisation de l’aide, par rapport aux pays en voie de développement, est efficace et transparente. Je voudrais également remercier Monsieur Lee, Directeur Général de l’OMS, pour son engagement notamment par rapport à la question de grippe aviaire qui est le dernier problème qui semble se poser au niveau de la santé dans le monde. Si on regarde la santé dans les pays pauvres, on constate qu’il y a un nombre extrêmement important de personnes qui meurent chaque année, et ce, des suites de maladies évitables, qui sont soignables. Chaque semaine, dans les pays en voie de développement, 200 000 enfants âgés de moins de 5 ans meurent. 200 000 enfants qui meurent toutes les semaines ! Et 10 000 femmes qui meurent chaque semaine suite à leur accouchement. Cette année, en Afrique sub-saharienne, deux millions de personnes vont mourir des suites du Sida et les pays qui souffrent le plus de ces problèmes sont les pays pauvres qui verrant leur population doubler d’ici 2050, et dont les besoins en matière de financement sont les plus importants. Alors, bien entendu, nous nous félicitons des engagements financiers qui ont été pris, notamment à Gleneagles, où on s’est engagé, à hauteur de 50 milliards de dollars à accroître l’aide en faveur de l’Afrique. Mais il faut bien avoir à l’esprit qu’on ne pourra pas résoudre le moindre problème si on n’améliore pas les systèmes de santé. Il faut donc surmonter les obstacles qui existent, en gérant notamment le problème de la prévisibilité des financements, le problème des ressources humaines, et la croissance de personnels formés. Les pays bénéficiaires eux-mêmes doivent s’améliorer en matière de transparence et de lutte contre la corruption, de création de systèmes de santé véritables moteurs qui pour obtenir des solutions durables. Bien sûr, il faudra plus de générosité. Il faudra plus d’engagements financiers, et ceci sera lié à la capacité à obtenir des résultats tangibles sur le terrain. Ceci est du domaine du possible. Prenez le cas du Mozambique : un pays très pauvre, un revenu par habitant inférieur à 250 dollars. Cependant, dans ce pays, on voit qu’il y a des avancées notables : 85 % des femmes enceintes ont obtenu des soins prénataux. Il y a également des taux d’immunisation extrêmement élevés. Au Mozambique, on voit qu’il est possible de faire des avancées, même lorsqu’il y a des ressources humaines parfois limitées. Le Bangladesh est également un exemple tout à fait significatif. Il y a un programme de nutrition mené au niveau local par une ONG, soutenue par l’aide des donateurs et aujourd’hui, cette initiative est la plus importante, en matière de nutrition, au niveau du Bangladesh. Malgré la grande pauvreté qui règne dans ce pays, on a eu la possibilité d’avancer significativement sur les questions de nutrition et sans doute va-t-en réussir à atteindre les Objectifs du Millénaire en matière de nutrition. L’Indonésie a également réussi à faire des avancées notables en matière de santé. On a réussi à diviser par deux la mortalité infantile depuis les années 80. Il y a eu un travail de formation et de déploiement des sages-femmes dans les milieux ruraux, et ce, avec le soutien et les financements de la Banque Mondiale. Donc il y a des exemples de réussite dans ce panorama parfois un peu sombre. Il faut s’appuyer sur les exemples qui faut la différence dans la vie des plus pauvres d’entre nous. Il y a différentes mesures à mettre en œuvre qui vont permettre éventuellement d’atteindre les Objectifs du Millénaire. Les éléments existent, il faut les développer. Notre objectif, à présent, est de véritablement atteindre ces objectifs en matière de santé pour changer la vie de dizaines de milliers de personnes à travers le monde, mais ceci exige un partenariat beaucoup plus étroit entre les pays donateurs d’un côté, et les pays bénéficiaires. Il faut qu’il y ait une coordination également entre les nombreux donateurs qui existent de par le monde et les nombreux bailleurs de fonds. Il faut également qu’il y ait des systèmes de santé qui soient beaucoup plus performants dans les pays bénéficiaires de l’autre. Donc il y a énormément de choses à faire encore pour que ces ressources qui existent soient efficaces et que l’on puisse faire baisser sur ces chiffres tout à fait effrayants. C’est avec cet esprit et avec cet enthousiasme que je suis ici à Paris et j’espère que nous allons, au cours de ces quelques jours, les prochaines semaines et les prochains mois, réussir à faire significativement évoluer la situation en matière de santé dans le monde. Merci. Monsieur Abou-Bakar TRAORE, Ministre de l’Economie et des Finances du Mali Je vous remercie. Bonjour Mesdames et Messieurs. Je voudrais commencer d’abord par répondre à un point de la question : pourquoi je suis là ce matin devant vous ? Je pense que la première chose est que je suis du Mali, un pays pauvre sahélien de l’Afrique, et le deuxième aspect, c’est que je suis aujourd’hui Ministre de l’Economie et des Finances du Mali, donc en première ligne, concernant les questions de financement et toutes les interventions techniques et financières. Je disais donc que le Mali est un pays pauvre, un pays de 1,2 million de kilomètres carrés dans le Sahel africain, sans débouché sur la mer, avec une population de 11 millions d’habitants, une population essentiellement rurale, 80 % de la population, une population essentiellement jeune également. 46 % de la population a moins de 15 ans. A côté de cela, c’est un pays qui est confronté à d’énormes défis, en termes d’accès à l’eau. Tout le monde sait que la saison des pluies, c’est quatre ou cinq mois dans l’année pour les meilleures années, et le pays est traversé par deux grands fleuves, mais l’irrigation est très insuffisante. La population, pour moins de 50 %, a accès à l’eau potable. Donc, dans ces conditions, vous imaginez que les conditions sont telles que nécessairement, il y a des situations très précaires en termes de santé. Si on prend la question de la santé, je vais juste prendre quelques cas. Comme je l’ai dit tout à l’heure, moins de 50 % de la population a accès à l’eau potable. La même proportion de la population se trouve à moins de cinq kilomètres d’un centre de santé. Il n’y a pas de système de couverture en termes de protection pour la santé. Cela fait que nous avons, au Mali, la médecine moderne, si je peux dire, mais nous avons l’immense majorité de la population du Mali qui ont recours plutôt soit à des médecins traditionnelles, comme on peut le dire, soit, comme on l’appelle au Mali, je ne sais pas si vous connaissez l’expression, des pharmacies par terre, des médicaments qui sont importés par des personnes au Mali, hors normes, qui sont revendus 100 ou 200 francs, donc quelques centimes de dollars et c’est dans ces conditions que la plupart des gens se soignent et ont recours à l’automédication. Qu’est-ce que nous cherchons à faire face à cette situation ? Nous cherchons donc à mettre en place une politique de santé qui soit suffisamment forte et suffisamment cohérente. Depuis 2003, au Mali, nous avons mis en place un cadre de dépenses à moyen terme pour financer tout l’aspect santé dans le cadre de notre politique publique qui est le CSNP. Cela permet d’abord, le plus gros avantage est une plus grande visibilité. Je crois que Monsieur Wolfowitz l’a dit. Ce qui est important pour un pays comme le Mali est la visibilité des ressources, savoir que nous allons avoir tel montant de ressources dans telle période de temps et ce, pour toutes les interventions des partenaires qui interviennent dans le cycle budgétaire. C’est un aspect qui est très important. L’autre aspect qui est très important en mettant en place un tel cadre, c’est que cela nous permet de mettre en place une gestion axée sur le résultat donc de travailler en fonction des objectifs bien ciblés qu’il faut atteindre. Je crois que ces réformes sont vraiment en train de se mettre en place avec l’appui de tous les partenaires qui sont ici à la table avec moi, des pays comme la France, l’OMS, la Banque Mondiale et beaucoup d’institutions qui nous appuient très fortement dans toutes ces questions-là. Je dois saluer les engagements récents à destination de nos pays. Le premier engagement est l’annulation de la dette dans un certain nombre de pays, la dette multilatérale. Un pays comme le Mali recevrait, dans le cadre de cette initiative, si elle joue pleinement, 20 milliards de francs CFA par an. Vous imaginez à quel point cela est significatif. Pour vous donner une comparaison, le budget de la santé du Mali est de 72 milliards, donc à peu près un tiers du budget de la santé serait assuré au travers de cette annulation. L’autre initiative que je voudrais saluer est aussi l’engagement très fort d’appuyer davantage les pays en voie de développement par des aides assurées à l’horizon 2010. Voilà donc les quelques éléments que je voulais vous donner et en même temps, je voudrais remercier très sincèrement les organisateurs de cette réunion. Je vous remercie. Philippe Douste-Blazy, Ministre de la santé, France Merci Monsieur le Ministre. Est-ce que vous avez des questions ? Monsieur Toubon Une petite remarque d’abord. J’espère que les travaux ne vont pas que se concentrer sur la grippe aviaire parce que je vous rappelle, mais vous le savez, que la grippe aviaire a tué 63 personnes en trois ans alors que le temps que cette conférence de presse se fasse, 70 femmes seront mortes en couche et tout le monde s’en fiche, et 1 200 enfants de moins de 5 ans en Afrique mourront de maladies de type rougeole ou autres. S’occuper de ce qui pourra arriver avec la grippe aviaire, c’est bien, mais là actuellement, il y a beaucoup de choses qu’il faudrait résoudre. Ma question sera sur l’efficacité de l’aide et je voudrais au passage saluer l’engagement de la Banque Mondiale sur équité et développement. C’est une véritable révolution du point de vue des économistes, puisque désormais la Banque Mondiale ne place plus l’équité comme un résultat du développement mais comme une condition du développement. Un exemple. Dans l’égalité hommes/femmes, dès le départ, vous avez des inégalités de chances qui se traduiront évidemment par des inégalités en termes de scolarisation, de santé et d’inclusion dans la société. C’est le fait que la moitié de l’humanité ne peut pas concourir au développement comme elle le devrait. De ce point de vue-là, Monsieur le Ministre, je m’inquiète un peu des budgets qui sont consacrés au Sida. Le Sida est un gros problème. Il draine beaucoup d’argent, mais prenons le cas de la France. Je me demande si l’Etat partage un peu les subventionnements où la France aujourd’hui, schématiquement, en matière de santé, c’est deux tiers sur le Sida. Je me demande quand même si ce n’est pas un peu beaucoup. Deuxièmement, je me demande si ces sommes considérables – 300 millions cette année – seront utilisées avec le souci, celui de la Banque Mondiale, c’est-à-dire un souci social. Excusez-moi, Monsieur le Ministre, mais vous l’avez dit vous-mêmes, les problèmes de santé ne sont plus simplement des problèmes techniques. Est-ce que là aussi on se préoccupe bien des priorités avec une optimisation de l’utilisation des ressources qui sont essentielles. François Ndengwe Les problèmes de santé sont des problèmes de protection sociale. Le gros problème, dans les pays sous-développés, c’est qu’il n’y a pas de système de protection sociale. Comment penser cela actuellement à un moment de crise du système de protection sociale dans les sociétés développées ? Est-ce que la Banque Mondiale ou l’OMS, et aussi les pays qui sont concernés, notamment le Mali, ont une réflexion sur la mise en place d’un système de protection sociale ? Cela permettrait de protéger à la fois les populations et le système économique qui à côté assurera une rémunération raisonnable des participants de la santé, les médecins, les pharmaciens, etc ? Est-ce qu’il y a une réflexion d’ensemble, une prévision de construction d’un tel système ? Merci. Samir Gharbi Je voudrais poser une question précise à Monsieur Traoré, le Ministre de l’Economie et des Finances du Mali, sur ses besoins en matière de santé. On a parlé de ces pays qui ont eu des réussites, comme le Mozambique par exemple, mais un pays comme le Mali par exemple, où c’est urgent, quels sont les efforts faits pour que ce pays atteigne les objectifs du millénaire, étant donné que son budget est de 72 milliards. Est-ce que ce budget est suffisant pour un pays comme le Mali et quels sont les besoins concrets pour un pays enclavé comme le Mali ? Est-ce que Monsieur le Ministre peut répondre et Monsieur le Président ? Merci. Paul Benkimoun En fait, cela complète la question de la personne qui était devant moi. C’est le problème de la fuite des cerveaux, et en tout cas, le problème de la fuite des personnels qualifiés, puisqu’on peut apporter de l’aide financièrement. On explique que les objectifs et les conditions, c’est l’amélioration du système de santé. Est-ce que cela ne commence pas par des mesures à prendre qui visent à maintenir et à aider les personnes formées et qualifiées à rester dans leur pays pour exercer plutôt que de rejoindre des pays développés qui ont des problèmes de démographie pour le personnel médical et infirmier ? Philippe Douste-Blazy Avant de laisser répondre mes collègues, une réflexion. Il est évident qu’il ne sert à rien de s’intéresser à une maladie particulière ou à une autre si, au départ, il n’y a pas une réflexion sur le système de santé public. S’il n’y a pas au départ une organisation minimale sur le réseau d’infirmières ou sur le réseau des cas d’épidémiologistes qui sont malheureusement trop faiblement distribués dans les pays du sud, s’il n’y a pas ce système au départ qui permet une couverture de santé publique, il est sûr qu’on peut faire tous les très beaux plans du monde, à New York, à Washington ou à Paris, cela ne marchera pas. C’est sûr. C’est tout le travail en particulier de mes voisins de parler de santé publique. Dans des pays comme celui-ci, la France, avant qu’on emploie le terme de santé publique normalement, il a fallu trente et vous le savez tous. En particulier, les enseignants de santé publique étaient considérés comme moins que rien. Vous vous rendez compte au niveau du Sud. On parle tous de la même chose, de la santé publique. C’est-à-dire ? Ce que vous avez dit. A la fois de l’épidémiologie. Où est-elle ? Je ne connais pas vraiment très bien aujourd’hui les réseaux sentinelles sur l’Afrique. Quand j’ai vu ce qui s’est passé au Niger et quand j’ai vu comment on a organisé l’affaire du Niger au mois de juillet, où sont les réseaux sentinelles ? Il en manque, des réseaux sentinelles. Deuxièmement, évidemment, les statistiques. Où est le traitement statistique de tout cela ? Il n’y en a pas. Troisièmement, l’économie de santé. C’est donc ce que vous venez de parler. Permettez-moi de vous dire que l’économie de santé ne viendra qu’après la distribution du système de santé public. Nous avons une sécurité sociale mais après avoir mis en place un système de santé public. Au sujet que vous abordez, sur le départ des cerveaux ou des personnels formés, évidemment c’est parce qu’il n’y a pas de système de santé public pour les accueillir donc je réponds à une question. Pour la question de Monsieur Toubon sur la France, je crois que vous avez raison parce que je crois que le moment est venu… Il y a Philippe Etienne ici qui est un excellent directeur pour nous mais on y réfléchit. Il est temps pour nous de réfléchir sur la visibilité et la lisibilité de l’action de la France à l’étranger, en particulier sur les problèmes de santé et de formation. 4 ou 5 % du budget formation est donné à la santé donc je pense qu’aujourd’hui, vu les problèmes de santé dans le monde, nous avons intérêt à re-calibrer les choses. Ensuite, vous dites qu’il y a déséquilibre. Oui et non. Sur le fonds mondial, nous avons décidé d’être les premiers contributeurs au monde. C’est vrai mais en même temps, comment la France peut s’intéresser à tous les sujets ? J’ai compris ce que vous dites. Je pense qu’il faut que nous réfléchissions à une agence, nous sommes en train d’y réfléchir, une agence dans laquelle il y aurait le public et le privé, pour que nous puissions re-calibrer un peu mieux, à la fois la taille du Ministère des Affaires Etrangères au point de vue administratif dans cet aspect des choses et en même temps une visibilité. Quand je vois ce qui se passe en Angleterre, je me dis qu’ils doivent aussi faire un travail de visibilité sur son action, mais j’aurais l’occasion d’en reparler. Paul Wolfowitz Permettez-moi quelques commentaires et tout d’abord la question de l’importance de l’égalité hommes/femmes. Elle est effectivement indéniable, je me souviens par exemple, d’une femme dans un petit village au Pakistan qui m’a dit avec une certaine élégance : « le développement, c’est comme un chariot avec deux roues, un homme et une femme, et s’il n’y a qu’une roue, ce chariot ne peut pas avancer. » Si vous enlevez la contribution de la moitié de l’humanité, très clairement vos ambitions doivent être réduites de moitié également donc il y a une question d’équité bien sûr, mais il y a également une question d’efficacité d’utilisation des ressources. Vous avez tout à fait raison. Je crois que ceci est également lié à un autre phénomène. Vous avez parlé du risque de trop se centrer sur le Sida. Clairement, le Sida est un fléau qui a un impact considérable, notamment auprès des professionnels de la santé. On a appris, par exemple, hier qu’un tiers des problèmes de fuites de cerveaux en Zambie pour les professionnels de la santé était lié au nombre de décès liés au Sida. Donc on voit l’impact de la maladie mais je crois que tout ceci appartient à une démarche collective. Il faut un esprit d’équipe, comme au football par exemple. Lorsque des petits enfants jouent au football, vous voyez comment l’ensemble des joueurs suit le ballon. Si le ballon va dans un coin du terrain, vous avez 22 joueurs qui courent après. Vous avez un peu l’impression que, dans le domaine de la santé, on fait un peu la même chose. On court derrière le ballon. On suit ce qui brille sans vraiment prendre du recul donc on va centrer énormément nos efforts sur un sujet. Au cours des dernières années, cela a été le Sida et par exemple, on a tendance à négliger la question du paludisme. Je ne sais pas quelle est la cause ou quel est l’effet, mais on a sans doute perdu de vue un peu le problème du paludisme. Nous allons à présent essayer d’y remédier. Nous avons un programme au niveau de la Banque pour relancer nos efforts en matière de paludisme auprès de 15 pays africains, mais le problème est que, là encore, nous nous tromperions si nous disions que dans ces 15 pays, le seul problème est le paludisme, parce que le problème dans ces pays est un système de santé qui soit capable de fournir un traitement pour l’ensemble des maladies, également aller au-delà, avoir un système qui permette d’avoir de l’eau potable, tout simplement, parce que nous avons des statistiques qui montrent très clairement que si on était capable d’améliorer l’accès à l’eau propre à la consommation, nous réduirions un nombre très important de maladies. Donc il faut avoir une vision en termes de système parce que c’est cette absence de système qui tue des millions de personnes. Je crois qu’il faudrait avoir les commentaires de notre collègue Malien sur ces besoins, mais je dirais que, de manière générale, d’un point de vue de la Banque Mondiale et des donateurs, pays par pays, il nous faut une meilleure compréhension de la situation. Quels sont les besoins ? Quels sont les agissements des différents acteurs parce qu’il y a énormément d’acteurs dans ce domaine aujourd’hui, la Banque Mondiale, différents bailleurs de fonds bilatéraux, l’OMS, des acteurs privés, etc. ? Dans tous ces domaines, on constate qu’il faut une meilleure compréhension de ce qui se fait, notamment dans les plus petits pays parce que dans les plus petits pays, la simple difficulté de gérer ces différents acteurs est extrêmement importante, et parfois même excessive. Monsieur Abou-Bakar TRAORE, Ministre de l’Economie et des Finances du Mali Merci Monsieur le Ministre, vous avez soulevé la question sur laquelle je voudrais réagir. La première est la question de la protection sociale et les réflexions qu’il y aurait sur la question. Sur la protection sociale, concernant des pays comme le Mali, nous n’avons pas aujourd’hui un système de protection sociale universelle comme en France par exemple. Ce qu’on a, c’est deux caisses de protection qui est une pour le secteur public et l’autre pour les entreprises parapubliques et le secteur privé. Le grand principe de cette caisse est que les branches pensions sont des branches très déficitaires et pour dire, nous avons aujourd’hui une caisse de retraite pour le secteur public que l’Etat subventionne chaque année à hauteur de 15 à 17 milliards de francs CFA pour qu’elle puisse tenir, parce qu’il y a de moins en moins de cotisants et de plus en plus de bénéficiaires. Maintenant, on met en place un système avec de plus en plus de mutuelles, notamment des mutuelles d’enseignants, des mutuelles dans certains corps qui se mettent en place et qui donnent une couverture. Un autre aspect en termes de couverture, c’est que l’Etat procède par la gratuité de certains soins. Ce n’est pas l’idéal. Je prends l’exemple de la césarienne où un décret est passé en Conseil des Ministres, et qui assure la gratuité de la césarienne pour les femmes, parce que c’est un cas de santé publique qui pose beaucoup de problèmes, où des femmes démunies sont souvent confrontées à ce problème. Une autre question qu’il y a derrière cette réflexion pour aller dans le même sens, c’est également toutes les opérations chirurgicales autour de la prostate. Nous pensons mettre en place un système dans ce genre, mais je dirais quand même que, de manière générale, nous sommes en train de faire une étude très approfondie, en rapport avec la Banque Mondiale, sur les deux caisses pour voir comment trouver un système qui permette la durabilité. Cette réflexion est en cours. Maintenant, la santé, les OMD et la question budgétaire également, je l’ai dit tout à l’heure. Le budget de la santé au Mali est de 72 milliards de francs CFA. C’est 10 % des charges récurrentes du budget ou bien 7 % du budget dans son ensemble. Cela n’est pas suffisant mais comme vous pouvez l’imaginer, nous avons un budget avec énormément de contraintes et ce budget est essentiellement orienté vers le financement des axes prioritaires dans le cadre de notre politique publique qui est le CSNP. En ce qui concerne les OMD, pour certaines, nous considérons qu’à l’horizon 2015, nous serons au rendez-vous. Nous le pensons. C’est le cas en matière d’accès à l’eau. C’est également le cas en matière d’enseignement généralisé, mais pas de qualité de l’enseignement parce que le gros défi que nous avons à ce niveau-là, c’est la qualité de l’enseignement. En ce qui concerne le domaine de la santé, nous avons effectivement beaucoup de contraintes. Je voudrais vous donner quelques éléments. En matière de santé, nous devons, à l’horizon 2015, avoir un taux de mortalité juvénile de 76 pour 1 000. Nous sommes aujourd’hui à 229 pour 1 000. En matière de mortalité maternelle, nous devons être en 2015 à 145 pour 100 000. Nous sommes aujourd’hui à 582. Pour reprendre ces deux exemples, nous avons des défis très importants au Mali à relever pour atteindre les OMD en 2015, dans le domaine de la santé en particulier. La condition sine qua non est d’avoir des ressources importantes, donc un engagement clair des partenaires, mais l’engagement des partenaires ne peut se faire que par notre propre engagement d’abord donc il faut que nous soyons nous-mêmes très engagés dans nos politiques publiques. Les cadres que nous avons mis en place, au Mali, nous avons un DSRP 2002/2003 à 2006. Nous sommes maintenant en train de travailler sur la deuxième génération de ce document qui précise toutes les priorités du gouvernement interne de politique publique, particulièrement de santé et d’éducation. Je voudrais donc vous dire que le budget de la santé du Mali est un budget qui met aussi l’accent sur le renforcement des infrastructures, notamment, sur les 72 milliards que j’ai évoqués, il y a à peu près la moitié, 35 à 36 milliards, qui sont consacrés aux investissements, au renforcement des infrastructures et des réseaux. Voilà donc un certain nombre de mesures que nous mettons en place. Enfin, dernier point, la fuite des cerveaux. Je crois que Monsieur le Ministre l’a dit. Nous n’avons pas, à proprement parlé, une véritable politique de santé publique capable de retenir les personnes très bien formées, surtout les personnes qui ont eu accès aux universités européennes ou américaines. La difficulté, à ce niveau, c’est essentiellement… Il y a deux aspects. Il y a les conditions de travail mais il y aussi les niveaux de rémunération qui sont très faibles. Au Mali, les niveaux des salaires sont très faibles. Malgré ce faible niveau des salaires, nous avons aussi une masse salariale qui croît de manière exponentielle. Les défis sont tels qu’il sera difficile dans un premier temps de retenir les personnes qualifiées. Il faut que ce soit des personnes qui aient elles-mêmes la vision de l’aménagement pour l’Afrique. C’est à cela que nous devons aussi travailler. Merci. Philipe Douste-Blazy Merci beaucoup. |