Contacts : À Washington: Merrell Tuck (202)473-9516 Portable : (202) 415-1775 mtuckprimdahl@worldbank.org Washington, DC, 6 novembre 2008 – L’histoire nous enseigne que les crises graves peuvent conduire les pays à se replier sur eux-mêmes, avec les conséquences néfastes que cela implique. Le Rapport sur le développement dans le monde 2009 : Repenser la géographie économique, qui est paru ce jour, montre que les politiques les plus efficaces pour promouvoir une croissance durable sont les politiques qui facilitent la concentration économique et l’intégration économique, tant à l’intérieur des pays qu’entre les pays. « Les populations les plus défavorisées du monde en raison de leur situation géographique ne savent que trop que la croissance ne se manifeste pas partout à la fois, souligne Indermit S. Gill, Directeur du Rapport sur le développement dans le monde et économiste en chef, Europe et Asie centrale. Les marchés préfèrent certains espaces géographiques par rapport à d’autres. S’opposer à cette concentration revient à s’opposer à la prospérité. Les gouvernements doivent faciliter la concentration géographique de la production. Ils doivent en même temps adopter des politiques qui permettent de faire bénéficier le plus grand nombre des services essentiels — écoles, sécurité, routes et installations sanitaires ». « Il est possible de rapprocher les régions à la traîne des régions avancées en libérant les forces du marché qui favorisent l’agglomération, la migration et la spécialisation comme nous pouvons le voir en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest et en Asie de l’Est, où les échanges intra-industriels ont apporté la prospérité, ajoute Justin Lin, économiste en chef de la Banque mondiale et Premier Vice-Président, Économie du développement. La richesse des villes, des provinces et des nations dépend de la qualité de l’attelage que forment les marchés et les gouvernants pour mobiliser ces forces ». Le nouveau Rapport sur le développement dans le monde conteste l’idée que les activités économiques doivent être bien réparties géographiquement pour que les plus démunis et les plus vulnérables puissent en profiter. En tentant de disperser les activités économiques, on peut entraver la croissance sans faire beaucoup pour faire reculer la pauvreté. Pour favoriser une croissance rapide et partagée, les gouvernements doivent promouvoir l’intégration économique, qui dépend fondamentalement de la mobilité des personnes, des produits et des idées. « Au fil de l’histoire, la mobilité a aidé les gens à échapper à la tyrannie d’une géographie pénalisante et d’une mauvaise gouvernance, affirme Gill. Selon le rapport, la mobilité fait partie d’un processus vital d’intégration économique étant donné que la mobilité des personnes et des produits est la pierre angulaire d’une mondialisation durable servant les intérêts de tous ». L’intégration doit être au cœur de la réflexion des responsables gouvernementaux lorsqu’il s’agit de débattre de la localisation de la production, des populations et de la pauvreté — et en particulier de débattre de l’urbanisation, du développement régional et de la mondialisation. Pourtant, dans ces trois cas, l’accent est surtout mis sur les interventions localisées. « Dans un monde où la concentration économique est un fait, les gouvernements doivent améliorer les politiques foncières, fournir des services de base à tous et investir de façon efficace dans l’infrastructure ajoute Katherine Sierra, Vice-Présidente, Développement durable. Comme le montre le Rapport sur le développement dans le monde, il faut utiliser avec modération les incitations visant à attirer des industries dans les régions en perte de vitesse ». Le Rapport sur le développement dans le monde recentre les débats pour inclure tous les instruments de l’intégration — les institutions qui unifient, les infrastructures qui facilitent les liaisons et les interventions ciblées. Dans le rapport, les « institutions qui unifient » désignent les réglementations qui régissent la terre, le travail et le commerce, ainsi que les services sociaux tels que l’éducation et la finances, qui sont financés par des taxes et des transferts. L’infrastructure concerne les routes, les liaisons ferroviaires, les ports, les aéroports et les réseaux de communication. Les interventions incluent les programmes d’élimination des taudis, les incitations fiscales spéciales pour les entreprises et l’accès préférentiel aux marchés pour les pays pauvres. La géographie a une grande importance lorsqu’il s’agit de décider ce qu’il faut faire, ce qui est inutile et ce qui ne marchera pas, indique le rapport. En calibrant ces différents moyens d’action, les pays en développement peuvent remodeler leur géographie économique, de la même façon généralement que l’ont fait dans le passé les pays à revenu élevé d’aujourd’hui. S’ils le font correctement conclut le rapport, leur croissance sera déséquilibrée, mais les fruits du développement seront plus largement partagés. Généralités/PRINCIPAUX FAITS · L’activité économique se concentre lorsque les régions prospèrent. La moitié de la production du monde provient de 5 % seulement des terres de la planète, soit une superficie inférieure à celle de l’Algérie. Tokyo, la plus grande métropole du monde, abrite 35 millions d’habitants — le quart de la population du Japon — mais occupe moins de 4 % de la superficie du pays. Le Caire produit plus de la moitié du PIB de l’Égypte, n’utilisant à cette fin guère plus que 0,5 % du territoire national. Les trois États du sud et du centre du Brésil représentent 15 % de la superficie du pays, mais plus de la moitié de la production nationale. L’Amérique du Nord, l’Union européenne et le Japon — qui comptent globalement moins d’un milliard d’habitants — entrent pour deux-tiers environ de la production du monde. · Les niveaux de vie convergent avec le développement. Presque partout dans le monde les taux de pauvreté en milieu rural sont plus élevés que dans les zones urbaines. Au Brésil, en Chine et en Inde, les États en perte de vitesse accusent des taux de pauvreté plus de fois plus élevés que les États dynamiques. Les pays où se concentrent les exclus du développement, le « bottom billion » — situés pour l’essentiel dans l’Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et en Asie centrale — abritent 12 % de la population mondiale, mais ne produisent que 1 % du GDP de la planète. Toutefois, l’incidence de la localisation sur les niveaux de vie est de moins en moins sensible lorsque les pays prospèrent. Les estimations de plus d’une centaine d’enquêtes sur les niveaux de vie montrent que la consommation des ménages des régions les plus prospères de pays en développement comme le Ghana et l’Indonésie est supérieure de près de 75 % à celle des ménages des régions en perte de vitesse. Dans les pays riches, l’écart est inférieur à 25 %. · La croissance ne va pas sans transformations géographiques. L’augmentation de la densité qu’entraîne le développement des villes, le raccourcissement des distances qui accompagne la migration des populations et la diminution du coût des transports, et la réduction des divisions qui suit « ’amenuisement »des frontières économiques dans les pays — tels sont les ingrédients d’une croissance rapide et partagée. Certes, les villes sont bien plus imposantes aujourd’hui, mais le rythme de l’urbanisation observé dans les pays en développement n’est pas sans précédent. Dans l’intervalle, les provinces côtières ont prospéré par rapport aux régions moins accessibles lorsque la part des exportations mondiales au PIB mondial est passée de 6 % à 26 % au cours du XXe siècle. Le nombre des frontières internationales est passé de 100 à plus de 600 depuis 1900. Mais l’élément qui importe pour la croissance économique, c’est « l’épaisseur » des frontières économiques, laquelle est fonction des restrictions qui entravent le mouvement des biens, des capitaux, des personnes et des idées. Les frontières entre les pays de l’Europe de l’Ouest in Western Europe sont quatre fois moins épaisses que celles qui séparent les pays d’Afrique de l’Ouest. La prospérité est fonction de la mobilité des personnes et des produits. La Corée, qui était rurale à plus de 80 % en 1950 était devenue urbaine à plus 80 % en 1990, son revenu par habitant passant dans le même temps du niveau de celui du Bénin aujourd’hui à un niveau supérieur à celui du Portugal. La plus grande économie du monde, qui est celle des États-Unis, est aussi l’une des plus mobiles, puisque quelque 35 millions de gens changent de lieu de résidence chaque année. En Chine, plus de 150 millions de gens se sont implantés dans les régions côtières à la fin des années 90. La baisse du coût des transports favorise la spécialisation et les échanges entre les économies parvenues à des stades de développement analogues. Les échanges intra-industriels—ceux qui concernent des biens et des services plus ou moins similaires—représentent désormais la moitié du commerce mondial, contre un quart environ dans les années 60. Comme ces échanges sont particulièrement sensibles au coût des transports, ils sont en grande partie le fait de l’Asie de l’Est, de l’Amérique du Nord et de l’Europe de l’Ouest. |