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La crise financière : les répercussions pour les pays en développement

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  • Le Groupe de la Banque mondiale renforce son soutien face à la crise
  • Il revoit ses prévisions de croissance en 2009 dans les pays riches comme dans les pays pauvres
  • Il met l'accent sur des programmes qui assurent des filets de sécurité pour venir en aide aux populations les plus pauvres
  • Il cherche des solutions pour stabiliser le secteur financier et trouver des options de réformes

11 novembre 2008 — L’économie mondiale a subi d’importants bouleversements depuis septembre 2008. La crise qui a débuté sous la forme d’un retournement du marché immobilier aux Etats-Unis a pris des proportions mondiales aujourd’hui et s’est propagée aux économies des pays riches comme des pays pauvres. Beaucoup estiment qu’elle pourrait bien figurer dans l’histoire comme la crise la plus grave depuis la Grande dépression des années 30.

Les pays en développement (épargnés dans un premier temps par les ondes de choc les plus violentes) sont aujourd'hui beaucoup plus exposés. Ils subissent en effet une réduction des flux de capitaux, des retraits massifs de fonds entraînant des pertes sur les marchés des actions et une montée en flèche des taux d'intérêt.

Encore récemment, les prévisions annonçaient pour 2009 une croissance du PIB de 6,4 % dans les pays en développement. Selon les économistes de la Banque mondiale, il est maintenant probable qu'elle ne dépassera pas 4,5 %. L'institution prévoit que les économies des pays à revenu élevé, dont beaucoup sont déjà entrés en récession, verront leur croissance se contracter de 0,1 % durant l'année qui vient

Réagir aujourd'hui pour plus de stabilité demain

Le document d'information (a) préparé par la Banque mondiale à l'occasion du sommet des dirigeants du G-20, qui se tiendra à Washington le 15 novembre, fait ressortir les conclusions suivantes : le tassement de la croissance, associé au resserrement du crédit, auront probablement pour effet de réduire les investissements des gouvernements dans l'éducation, la santé et la parité hommes- femmes.

D'après les estimations, l'augmentation du prix des aliments et des combustibles a déjà fait basculer 100 millions de personnes dans l'extrême pauvreté. Ce chiffre augmente rapidement, d'environ 20 millions chaque fois que les taux de croissance baissent d'1 % dans les pays en développement.

« La crise financière mondiale, qui suit de si près les crises des prix des denrées alimentaires et des combustibles, sera probablement plus préjudiciable aux populations pauvres dans les pays en développement », a expliqué M. Zoellick. « En collaboration avec le FMI, les institutions des Nations Unies, les banques régionales de développement et d'autres entités encore, le Groupe de la Banque mondiale fournit un appui aux pouvoirs publics ainsi qu'au secteur privé en consentant des prêts, en procédant à des investissements sous forme de participations, en mettant à leur disposition de nouveaux instruments novateurs et en élaborant des programmes pour assurer des filets de sécurité.»

La réponse du Groupe de la Banque mondiale inclut l'augmentation des prêts (qui devraient quasiment tripler pour passer de 13,5 milliards de dollars l'année dernière à plus de 35 milliards cette année)aux pays en développement touchés par la crise. Le Groupe s'efforce également d'accélérer l'octroi de dons et de prêts sans intérêt à long terme aux 78 pays les plus pauvres du monde, dont 39 se trouvent en Afrique.

En plus de l'aide accrue qu'il apporte aux gouvernements nationaux en mal de liquidités, le Groupe de la Banque mondiale renforce son appui au secteur privé par le biais de quatre initiatives de l'IFC, qui est l'institution du Groupe chargée des opérations avec le secteur privé. Il fournit également aux marchés bancaires des pays en développement les liquidités dont ils ont un besoin urgent par l'intermédiaire de l'Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA).

Révision des prévisions de croissance dans les pays en développement

Prévisions de croissance réelle du PIB pour les régions
en développement
(évolution des pourcentages
par rapport à l’année dernière)

Région20082009

Asie de l'Est et Pacifique

8.86.7
Europe et Asie centrale63.5
Amérique Latine et Caraïbes4.52.1
Moyen-Orient et Afrique du Nord5.73.5
Asie du Sud6.35.4
Afrique subsaharienne5.44.6

Un premier aperçu de l'analyse contenue dans le rapport de cette année du Global Economic Prospects, qui paraîtra le 9 décembre 2008, indique que la croissance réelle du PIB connaîtra une baisse en 2009 dans toutes les régions en développement.

«L'impact direct de la crise est moins fort dans les secteurs financiers des pays les plus pauvres  », selon Uri Dadush, directeur du Groupe d'étude des perspectives de développement, « mais ils vont quand même être touchés par le ralentissement de la croissance des exportations (on prévoit une baisse de 2,5 % du commerce mondial en 2009), la diminution des envois de fonds des travailleurs émigrés et la baisse des prix des produits de base, qui affectera les pays exportateurs de ces produits.»

L'annonce de la diminution du commerce mondial en volume, un phénomène qui ne s'était pas produit depuis 1982, a inspiré à M. Zoellick les commentaires suivants : «L'un des principaux facteurs est le resserrement du crédit. Il ne s'agit pas seulement d'une insuffisance de la demande, mais des répercussions dramatiques de la crise sur le financement du commerce et même, semble-t-il, sur les fonds de roulement de certaines compagnies maritimes. C'est pourquoi la Banque mondiale avait déjà renforcé son mécanisme de financement du commerce international pour le porter à 1,5 milliard de dollars, et nous comptons encore augmenter les fonds. »

Éviter les conséquences humaines de la crise financière

Comme les précédentes, cette crise va toucher plus durement les personnes les plus pauvres. De nombreux foyers, déjà affaiblis, risquent de devoir vendre des ressources telles que le bétail pour survivre. La malnutrition pourrait augmenter et les taux de scolarisation baisser. La crise financière va devenir une crise humaine si on ne vient pas en aide aux pauvres.

Les économistes de la Banque mondiale estiment que les programmes qui mettent en place des filets de sécurité (notamment lorsqu'ils sont bien conçus) constituent un investissement avisé pour aujourd'hui comme pour demain. Ces programmes sont d'un coût raisonnable : Oportunidades, mis en œuvre avec succès au Mexique, et Bolsa Familia au Brésil, ne représentaient que 0,4 % du PIB.

«Les crises ont donné naissance aux pires politiques de protection sociale comme aux meilleures », a déclaré Martin Ravallion, directeur du Groupe de recherche sur le développement à la Banque mondiale. « Certains pays en développement, parmi lesquels le Mexique, ont transformé la crise en une opportunité en supprimant les subventions inefficaces au profit de filets de sécurité plus adaptés.»

Dans un document de travail consacré à la recherche sur les politiques, élaboré en octobre 2008 et intitulé « Bailing Out the World’s Poorest «  (« Venir en aide aux plus pauvres »), M. Ravallion note qu’un filet de sécurité efficace implique l’association de deux éléments : des transferts conditionnels d’argent (ou de nourriture) ciblés, destinés à ceux qui ne peuvent pas travailler ou devant se consacrer entièrement à d’autres activités (suivre un enseignement, par exemple), et des programmes de travail d’utilité publique, faiblement rémunérés, dans le cadre des projets à l’initiative de la communauté.  

 

Les membres du Groupe de recherche sur le développement de la Banque mondiale ont souligné, dans un document rédigé en novembre 2008 et intitulé « Leçons tirées des recherches de la Banque mondiale sur les crises financières », que les stratégies adoptées à court terme pour faire face à une crise (stabilisation macroéconomique, politiques commerciales, mesures concernant le secteur financier et la protection sociale) doivent également prendre en compte les répercussions à plus long terme sur le développement économique et la vulnérabilité aux crises futures.   

Stabiliser le secteur financier

« La prise de décisions dans le secteur financier fait place aujourd’hui à de nouvelles priorités», explique Asli Demirguc-Kunt, directrice des recherches dans le domaine financier au sein du Groupe de recherche en développement de la Banque mondiale. « Cette crise nous oblige à réévaluer certains principes et pratiques auxquels est soumise la prise de décision dans le secteur financier. La structure et la supervision des systèmes financiers pourraient connaître des changements importants à l’échelle mondiale ».

Pour éviter les transferts de dépôts vers les banques publiques, les pays en développement devront peut-être désormais fournir une sorte de garantie des dépôts du système bancaire. Il faut cependant un système d’assurance des dépôts bien conçu parce que de telles mesures nécessitent, pour être crédibles, d’importantes ressources fiscales et peuvent inciter à des emprunts excessifs.   

 

Selon la nouvelle analyse des politiques de la Banque mondiale, le renforcement du système financier exigera également des modes efficaces d’inscription et de mise en œuvre des garanties, des systèmes de paiement et de règlement adaptés, et des structures de gestion d’entreprise bien conçues.  

 

Les gouvernements devront aussi trouver un équilibre consistant à maintenir la stabilité financière tout en encourageant l’innovation dans ce domaine.

 

Le besoin de relancer les prêts au secteur réel suite à la restriction du crédit pourrait amener plusieurs pays à renforcer le rôle des banques de développement et l’utilisation de lignes de crédit et de systèmes de garantie des crédits, ainsi qu’à participer aux décisions d’allocation de ressources des banques récemment nationalisées. La concrétisation de ces hypothèses sera dépendante des contextes nationaux.

 

« Il est très important que les pays s’unissent pour faire face à la crise de manière coordonnée », a déclaré Justin Lin, économiste en chef de la Banque mondiale, lors d’un discours prononcé à l’Institut coréen de développement à Séoul en octobre 2008. Mais quels que soient les efforts multilatéraux dans le détail, l’envergure du problème exige davantage de créativité. Nous ne pouvons nous laisser entraver par des structures institutionnelles et des approches conçues pour un monde qui ne connaissait pas encore la mondialisation financière.»

 


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