Défi
En 2003, un rapport de la Banque mondiale consacré à la problématique "Genre et développement dans la région MENA" (a), et plus particulièrement à la place des femmes dans la sphère publique, révélait ce paradoxe : tandis que les indicateurs témoignaient des progrès considérables enregistrés dans l’accès à l’éducation – dans 11 des 18 pays de la région, le nombre de femmes inscrites dans les universités dépassait même celui des hommes – cette percée n’a pas conduit, contre toute attente, à la démarginalisation économique et sociale des femmes.
Le même rapport soulignait la pénurie de travaux de recherche économique de qualité sur les questions liées aux inégalités hommes-femmes. Il était essentiel de combler cette lacune pour pouvoir informer les responsables chargés de l’élaboration des politiques économiques et les aider à savoir comment intégrer la problématique du genre dans le processus de planification économique et d’établissement du budget. Il existait en outre peu de groupes de défense des droits des femmes susceptibles de conseiller les décideurs politiques et de promouvoir et diffuser des informations pouvant être utiles aux femmes dans le monde économique. Les organismes chargés de la condition féminine (ministères, conseils…) disposaient de ressources limitées, qu’ils devaient répartir entre diverses institutions publiques et privées.
Démarche
Ces conclusions ont servi de base à l’initiative de la Banque mondiale pour une promotion durable de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (SAGE), qui visait à développer l’expertise et à encourager le renforcement des capacités. Pour mener à bien cette initiative, la Banque mondiale s’est appuyée sur l’expérience d’une importante organisation non gouvernementale (ONG) régionale, le Centre de recherche et de formation pour les femmes arabes (CAWTAR), créé par le Fonds du golfe arabique (AGFUND, soutenu par le prince Talal bin Abdul Aziz) et le gouvernement tunisien. Cette ONG est, dans la région, la composante la plus reconnue de la voix de la société civile sur les questions de genre dans le monde arabe. De par son statut juridique, sa mission et son rayonnement dans toute la région, le CAWTAR est en mesure de collaborer à la fois avec l’ensemble des parties prenantes et des organisations et sur l’ensemble des thématiques concernées.
Résultats
L’initiative SAGE a permis de développer dans la région MENA des capacités durables de production d’analyses et de travaux de recherche de grande qualité sur les questions de genre, lesquelles ont à leur tour contribué à ce que la dimension du genre soit mieux intégrée dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques – dans des domaines tels que l’acquisition de la citoyenneté et les garanties juridiques par exemple. Ces avancées seront particulièrement utiles à l’heure où la région connaît des changements historiques et profonds. L’initiative SAGE a enregistré les résultats suivants:
- Création de l’Arab Gender Network, un réseau regroupant quelque 450 experts des questions de genre répartis dans 22 pays arabes et issus de toutes les disciplines (avocats, sociologues, statisticiens, parlementaires, journalistes, universitaires, entrepreneurs, etc.).
- Production de rapports régionaux conjoints sur les thèmes prioritaires définis par les membres du réseau.
- Création parallèle d’un réseau pour les pays de langue persane (Persian Gender Network), qui compte environ 160 membres issus de toutes les disciplines.
- Promotion des connaissances en recherche économique et analyse des politiques sur le genre, ayant porté le nombre de chercheurs spécialisés à près de 90 en 2010 (contre une poignée seulement avant l’initiative).
- Octroi d’un financement de 1,4 million de dollars EU réparti entre 52 projets auxquels ont participé 108 chercheurs sélectionnés par voie de concours, avec renforcement des capacités, mentorat par des économistes renommés (dont un prix Nobel) et processus d’assurance qualité.
Contribution de la Banque
La Banque mondiale a conçu l’idée de la création de différents réseaux dédiés aux questions de genre dans le but d’exploiter et de mettre à profit une expertise largement dispersée entre les pays et sur un sujet culturellement très sensible. Elle a également fourni la « mise de fonds initiale » pour développer les produits du savoir et financer les activités de partage des connaissances et de renforcement des capacités. La Banque a en outre usé de sa capacité de mobilisation pour convoquer des comités consultatifs et directeurs constitués de membres renommés, lesquels ont conféré à l’initiative une crédibilité et une visibilité immédiates. Elle a aussi tiré parti de son partenariat avec plusieurs universités de premier plan (telles que Harvard et l’Université de Chicago) pour aider les chercheurs à pouvoir bénéficier de ressources de pointe. La Banque a mobilisé pour cette initiative environ 500 000 millions de dollars EU par an entre 2002 et 2011.
Partenaires
Les activités de mise en réseau et de recherche de la Banque ont attiré différents groupes de partenaires. L’Arab Gender Network a notamment regroupé la Ford Foundation, l’UNIFEM, le FNUAP, l’IPPF, la Ligue arabe et des organismes bilatéraux comme la GTZ, le CIRD, la Coopération espagnole, l’ACDI, etc. Les contributions financières de ces partenaires ont contribué à renforcer et à intensifier les activités du réseau. Le Persian Gender Network a quant lui été le cadre d’un partenariat intellectuel avec l’Association iranienne de recherche économique, lequel a facilité la promotion des questions de genre à l’occasion des conférences de l’Association. Dans le domaine de la recherche économique et de l’analyse des politiques, la Banque s’est associée à l’Université Harvard et à l’Université de Chicago pour la spécialisation et le mentorat des chercheurs.
Perspectives
Un fonds de dotation est en train d’être mis en place pour poursuivre et pérenniser l’action du CAWTAR. Le Persian Gender Network sera constitué d’un organisme indépendant à but non lucratif aux États-Unis et en Europe afin de lever des capitaux. Plusieurs groupes de réflexion et fondations ont aussi exprimé leur souhait d’utiliser et de financer l’infrastructure de recherche économique et d’analyse des politiques sur le genre afin de mettre l’accent sur ces questions dans leurs propres études et travaux de recherche.
Bénéficiaires
Il existe trois catégories de bénéficiaires. En premier lieu, les bénéficiaires ultimes sont les hommes et les femmes de la région car les résultats des travaux de recherche peuvent se traduire par l’adoption de politiques mieux éclairées qui amélioreront l’accès de tous aux opportunités. En deuxième lieu, il y a les spécialistes des questions de genre, les chercheurs et les défenseurs de cette cause qui ont établi une communauté de praticiens soudée et sont en mesure de coopérer, de manière transdisciplinaire et transnationale, sur les questions liées à l’égalité entre les sexes et à l’autonomisation des femmes. Le troisième groupe de bénéficiaires est composé des décideurs politiques qui peuvent désormais faire reposer leurs options stratégiques sur des travaux et des résultats de recherche de meilleure qualité et davantage fondés sur des données scientifiques.







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