Des représentantes kenyanes du secteur de l'eau se sont rendu en Inde pour voir comment les groupes d'entraide féminine ont contribué à transformer l'accès à l'eau et à l'assainissement.
Ce Voyage d'étude a permis aux responsables Kenyans de se confronter leurs propres défis avec ceux connus en Inde.
L'autonomisation, au Kenya, des femmes, tant politiquement qu'économiquement, pourraient bénéficier d'un meilleur accès à l'eau, disent les membres de la délégation.
27 octobre 2011 – Dans un village du Maharastra, en Inde, des visiteurs venus du Kenya s’émerveillent de la rapidité avec laquelle la vie des gens a changé.
Il y a trois ans à peine, les femmes de ce village parcouraient de longues distances pour trouver de l’eau. Elles passaient plusieurs heures chaque jour à la transporter sur des chemins difficiles. Aujourd’hui, l’eau arrive directement dans les maisons, et ce sont les femmes qui gèrent ce service, ouvrant et fermant les pompes grâce à leur téléphone portable.
Libérées de la tâche chronophage que représente la collecte d’eau, les femmes ont rejoint des organisations locales et se sont lancées dans des activités annexes, comme la production de pâtes et de serviettes hygiéniques.
« Elles nous ont montré leurs projets, et nous ont fait part de leur bonheur et de leur satisfaction à avoir désormais de l’eau à proximité », a déclaré Leunita Sumba, responsable en chef des recherches sur l’eau pour le Kenya Water Institute.
En mai, M. Sumba et 17 autres représentants du secteur de l’eau kényan ont constaté par eux-mêmes comment des groupes d’entraide constitués de femmes avaient permis de transformer l’accès à l’eau et à l’assainissement dans les communautés indiennes, depuis les villages ruraux jusqu’aux établissements informels des zones urbaines.
Dans leur pays, la plupart des visiteurs kényans s’occupent de politiques sexospécifiques et d’actions de sensibilisation. Ce voyage en Inde, financé par le South-South Knowledge Exchange de l’Institut de la Banque mondiale, est intervenu au moment où les décideurs se demandaient comment atteindre les objectifs fixés dans la nouvelle Constitution du Kenya : eau potable en quantité suffisante, assainissement pour tous et amélioration de la participation des femmes à la prise de décisions.
Ce voyage a permis aux Kényans de comparer leurs problèmes d’eau et d’assainissement à ceux de l’Inde, et de réfléchir à la transposition éventuelle de ces solutions dans leur pays, déclare Asa Torkelsson, spécialiste senior de la question genre à la Banque mondiale, basée à Nairobi.
Une approche « avancée » de l’autonomisation des femmes
Plusieurs membres de la délégation kényane ont déclaré qu’ils étaient impressionnés par les politiques indiennes visant à donner aux femmes des pouvoirs politiques et économiques, et que le Kenya pourrait bénéficier d’efforts analogues.
« Les politiques d’autonomisation des femmes sont très en avance, a affirmé Phanuel Matseshe, responsable assurance qualité pour le Water Services Trust Fund au Kenya. Nous [au Kenya] avons besoin de renforcer les nôtres ».
Les programmes de discrimination positive au Maharastra et au Kerala ont fortement accru la représentation des femmes dans les assemblées locales et les comités de l’eau et de l’assainissement. Les collectivités locales en quête de prestataires motivés ont constitué et formé des groupes d’entraide pour la prestation de services d’eau et d’assainissement, faisant de ces groupes des entrepreneurs communautaires.
Cette décision s’est révélée pertinente : les groupes de femmes sont très attachés, personnellement et économiquement, à la bonne gestion des services, explique Ramachandran R. Mohan. Ils ont également créé une fédération et investi les profits dans l’infrastructure et dans des secteurs importants aux yeux des femmes, comme la santé et l’éducation.
Le spécialiste senior du développement social à la Banque mondiale a accompagné la délégation kényane dans les zones rurales du Maharastra, où la Banque mondiale a soutenu la construction d’infrastructures hydrauliques locales. Aujourd’hui, les femmes contrôlent l’eau et collectent les redevances dans de nombreuses communautés rurales, où 100 % des foyers sont raccordés à l’eau courante. Les autorités sont satisfaites et envisagent d’introduire ce modèle dans tous les villages de l’État, ajoute M. Mohan.
Desservir les établissements informels
Au Kerala, où 10 % du budget des autorités locales est alloué à des activités sexospécifiques, des centaines de groupes de femmes ramassent les ordures ménagères, gèrent les toilettes et bains communautaires 24 heures sur 24 dans les établissements informels et collectent les droits d’utilisation ainsi que les redevances pour le raccordement à l’eau. Depuis peu, elles le font aussi dans les bidonvilles dont les habitants n’ont pas de droits de propriété.
Les autorités locales ont observé que, lorsque des groupes de femmes se chargeaient de la conception et de la construction des toilettes et bains, les installations étaient mieux bâties et entretenues, déclare Jonnalagadda Murty, spécialiste du développement des institutions chargées de l’eau à la Banque mondiale à Delhi. Parmi les dernières innovations, notons les toilettes pour enfants, dotées de portes plus petites pour que les parents puissent surveiller.
Au Kenya, les pouvoirs publics s’efforcent de porter à 50 % la représentation des femmes dans les organisations communautaires qui exploitent les kiosques à eau, afin de faire comprendre aux gens que les femmes peuvent participer sur un pied d’égalité à la vie de la collectivité, explique Rose Nyaga, directeur financier d’Athi Water Services Board.
De plus, la prestation de services d’eau dans les établissements informels du Kenya s’améliorerait si les femmes y participaient davantage, ajoute-t-elle. Les femmes qui fournissent ces services en Inde « n’ont pas nécessairement fait [plus] d’études, c’est juste qu’on leur donne des pouvoirs ».
Et Haji Massa, responsable assurance qualité du Coast Water Board au Kenya, d’ajouter : « Dans notre région, la plupart des projets communautaires sont pilotés par des hommes, mais nous voulons que les femmes dirigent davantage. Nous pensons que lorsqu’elles ont un rôle actif, il y a moins de gabegie ».
« L’expérience indienne a été très utile. C’est très encourageant de voir que ces femmes sont actives, et que leur nouveau rôle change les modes de vie. »
Un « lien » se forme
Les Kényans avouent être impressionnés par ce qu’ils ont vu, et pensent que plusieurs solutions pourraient être adoptées dans leur pays :
Utiliser le téléphone portable pour gérer les services d’eau
Passer des contrats avec des groupes communautaires, comme les groupes d’entraide formés par des femmes, pour la fourniture de services élémentaires
Accorder des pouvoirs aux femmes dans les comités et collectivités au niveau local
Louer des terres pour installer des toilettes communautaires dans les établissements informels
Faire participer les femmes dès les premiers stades des projets et les encourager à piloter ces projets
Former les travailleurs et promouvoir l’appropriation d’un projet dès le début
S’attacher à octroyer des pouvoirs économiques aux femmes
En outre, les Kényans estiment que leur visite leur a ouvert les yeux sur les similitudes entre les deux pays. À la fin du séjour, un « lien » s’était formé : les Indiens ont partagé leur savoir et les Kényans leurs impressions sur les innovations dont ils ont eu connaissance, affirme M. Mohan.
« Ce fut une bonne expérience, enrichissante même pour le pays hôte, déclare Suseel Samuel, spécialiste de l’eau et de l’assainissement à la Banque mondiale à New Delhi. C’est également bon pour eux de savoir ce qui se passe ici. »