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Chine : construire des logements éco-énergétiques pour des villes sobres en carbone

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  • Dans des conditions de froid équivalentes, les immeubles résidentiels de Chine consomment deux fois plus d’énergie de chauffage qu’en Europe ou aux États-Unis.
  • Grâce à un projet de modernisation des systèmes de chauffage soutenu par la Banque mondiale, le logement urbain en Chine devient moins énergivore.
  • La Banque mondiale est prête à appuyer de nouveaux efforts pour étendre la maîtrise de l’énergie dans le bâtiment à l’édification de villes globalement sobres en carbone.

9 novembre 2011

L’hiver approche à Tianjin et, avec lui, l’heure d’allumer les radiateurs. Cette année Shen Tianxiang a de quoi être satisfait : il vit à présent dans un logement à basse consommation d’énergie et sa facture de chauffage s’annonce autrement moins lourde qu’auparavant.

Pouvoir se chauffer l’hiver est une question de survie dans cette région du nord de la Chine où les températures peuvent chuter jusqu’à -30°. Or la plupart des chaudières, collectives, sont au charbon, inefficaces et très polluantes. Sans compter que les bâtiments sont mal isolés.

Pour aggraver les choses, les habitants ne sont guère incités à réduire leur consommation énergétique puisque, le plus souvent, leurs factures sont liées à la taille de leur appartement et non à ce qu’ils ont effectivement consommé.

Résultat : le parc immobilier résidentiel en Chine utilise en moyenne deux fois plus d’énergie de chauffage qu’en Europe ou aux États-Unis, pour des températures extérieures équivalentes.

Mais les choses peuvent changer et c’est ce à quoi contribue le projet de réforme du chauffage urbain et d’équipements à haut rendement soutenu par la Banque mondiale et le Fonds pour l’environnement mondial (FEM). L’enjeu est de moderniser les systèmes de chauffage et d’accélérer la maîtrise de l’énergie dans les villes chinoises.

Des économies d’énergie et d’argent

Le complexe résidentiel de Huasha Classic, où habite Shen Tianxiang, fait partie de ce projet. Ses constructions attestent des gains qu’il est possible de réaliser en termes de rendement énergétique et de coûts du chauffage.

Le projet, lancé en 2005, poursuit trois objectifs :

  • améliorer le respect des normes de rendement énergétique dans le bâtiment ainsi que la conception et l’utilisation de l’isolation entre autres mesures d’économie d’énergie ;
  • introduire un système de mesure du chauffage, de tarification au coût et de facturation à la consommation ;
  • moderniser les systèmes d’alimentation pour que les habitants puissent choisir ou non d’allumer les radiateurs.

« Depuis l’installation des compteurs de chauffage, j’économise plus de 2 000 yuans (300 dollars) par an, indique Shen. Grâce à l’isolation des murs extérieurs, je peux n’allumer qu’un des huit radiateurs de mon appartement. Avant qu’on nous installe les robinets de réglage, nous devions ouvrir les fenêtres quand il commençait à faire trop chaud à l’intérieur. Maintenant nous faisons une double économie, d’énergie et d’argent ».

« L’hiver dernier, dans le complexe de Huasha Classic, environ 60 % des habitants ont eu des factures de chauffage inférieures à ce qu’ils devaient payer avant l’introduction des compteurs et des autres mesures d’économie d’énergie. Ce qui prouve qu’il y a de vrais avantages à habiter un bâtiment à haut rendement énergétique », souligne Tang Xiao, coordonnateur de projet au sein de la commission de Tianjin pour le logement et le développement urbain-rural et responsable de la mise en œuvre du projet dans la ville.

L’opération a aussi incité les promoteurs immobiliers à couvrir une partie des frais supplémentaires découlant des nouveaux dispositifs de maîtrise de l’énergie. Wang Jian, vice-président et ingénieur chef de Tianjin Huasha Construction & Development Company, estime que son entreprise a acquis une solide expérience qui lui sera utile pour ses futurs projets. « Le fait d’être partie prenante au projet a également renforcé notre image de marque », ajoute-t-il.

Pour lui, les avantages ne se limitent pas aux économies d’énergie : « ce projet nous a aussi poussés à envisager des mesures plus larges d’économie des ressources. Nous avons par exemple installé un système de recyclage de l’eau dans le complexe ».

Le projet contribue aussi à financer des campagnes de sensibilisation menées auprès de la population par les autorités locales sur le thème de la maîtrise de l’énergie. Chaque ménage emménageant dans un bâtiment neuf reçoit ainsi une brochure sur les compteurs de chaleur.

Depuis l’installation des compteurs, j’économise plus de 2 000 yuans (300 dollars) par an

Shen TianxiangUn habitant du quartier Huasha Classic, à Tianjin

Un mouvement parti de Tianjin

Tianjin a fait œuvre de pionnier dans la réforme du chauffage et sert de modèle à d’autres villes de Chine. En 2015, la ville devrait avoir installé des systèmes de chauffage contrôlables et une facturation en fonction de la consommation dans 35 % des constructions existantes et 100 % des bâtiments neufs.

D’autres villes suivent son exemple. Le projet a aidé la ville d’Urumqi, dans la province du Xinjiang, au nord-ouest du pays, à mettre au point les premiers chantiers de construction verts, et soutenu l’introduction de mesures de facturation à la consommation dans plusieurs autres villes.

« La Chine a fait de gros efforts ces dernières années pour améliorer la maîtrise de l’énergie dans le bâtiment. Après avoir défendu des normes de construction pointues en matière de rendement énergétique, elle a veillé à les faire respecter pour que les nouveaux immeubles intègrent ces éléments », souligne Gailius Draugelis, spécialiste principal des questions énergétiques à la Banque mondiale.

Du logement à la ville sobre en carbone

Ce boom dans la construction ne concerne pas uniquement le nord de la Chine, où l’amélioration des normes de rendement énergétiques est d’autant plus nécessaire que la consommation d’énergie pour le chauffage est élevée. Dans le Sud, où les climatiseurs peuvent tourner la moitié de l’année, la nécessité d’une utilisation plus rationnelle de l’énergie s’impose également.

L’urbanisation rapide oblige également à construire des immeubles de bureaux et des équipements, qu’il faut alimenter en énergie.

Selon les experts, les constructions éco-énergétiques sont l’une des stratégies les plus rentables pour réduire les émissions de gaz à effets de serre et contribuer à la préservation des ressources.

« Nous sommes prêts à poursuivre nos efforts en Chine dans le sens d’une recherche d’intégration des principes de maîtrise de l’énergie dans le bâtiment résidentiel à l’édification de villes sobres en carbone », conclut M. Draugelis.

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