Économie de l’éducation : Devant les ministres africains des Finances, la Banque mondiale présente un nouveau rapport sur l’enseignement supérieur et la compétitivité
WASHINGTON, le 11 octobre 2008 — Les gouvernements des pays africains doivent investir davantage — et plus judicieusement — dans l’enseignement supérieur pour que les diplômés du continent réussissent dans un environnement mondial très compétitif. Tel est le principal message adressé aux ministres africains des Finances au cours d’une table ronde sur l’enseignement supérieur, organisée à l’occasion des Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI à Washington.
En Afrique subsaharienne, le taux de scolarisation dans l’enseignement supérieur est extrêmement bas — en moyenne 5 %, contre 20 % en Asie de l’Est, 29 % en Amérique latine et 24 % en moyenne au niveau mondial. À l’évidence, il est nécessaire de développer ce secteur de l’éducation. Toutefois, ce développement doit absolument préserver la qualité et l’utilité de l’enseignement et être financièrement viable.
Lancée au cours de la table ronde sous le titre Accelerating Catch-up: tertiary education for growth in Sub-Saharan Africa, une nouvelle étude de la Banque présente quelques-unes des formules qui s’offrent aux pays pour élaborer des stratégies de réforme débouchant sur un enseignement supérieur plus efficace, mieux adapté et de meilleure qualité.
Résolument engagée dans le secteur, la Banque mondiale a affecté plus de 6 milliards de dollars à des projets d’éducation en Afrique subsaharienne au cours des 18 dernières années, dont juste un peu plus de 1,15 milliard de dollars à l’appui de l’enseignement supérieur. La pérennité de la croissance économique sur un marché de plus en plus mondialisé et compétitif dépendra en grande partie de l’efficacité avec laquelle un pays peut assimiler le savoir existant et s’assurer un avantage comparatif dans certains secteurs. « Les ressources financières sont certes nécessaires, mais le facteur déterminant du succès — voire de la survie — économique dans le monde d’aujourd’hui est la capacité à mobiliser le savoir et à l’utiliser pleinement », a déclaré Yaw Ansu, directeur sectoriel pour l’éducation dans les services de la Région Afrique de la Banque mondiale.
L’enseignement supérieur en Afrique s’est beaucoup développé au cours des 20 dernières années, obtenant des résultats impressionnants : les taux de scolarisation ont progressé au rythme annuel de 8,7 %, contre 5,1 % au niveau mondial, et l’effectif a triplé depuis 1990, pour approcher les 4 millions d’étudiants. Le secteur privé se pose comme un acteur important du système d’enseignement supérieur, attirant 18 % des étudiants dans la région. L’accès des femmes à l’enseignement supérieur a nettement progressé : on comptait une femme pour six étudiants en 1990, on n’en compte environ une pour trois de nos jours. De ce fait, on peut dire que l’enseignement supérieur est en train d’arriver à maturité dans de nombreux pays africains.
Ces réalisations ont toutefois un prix. De nos jours, les pays de l’Afrique subsaharienne consacrent en moyenne 18,2 % de leur budget à l’éducation, s’approchant ainsi de la limite supérieure de ce que l’on considère en général comme matériellement possible. Malgré cet effort, leurs moyens financiers ne suffisent plus à faire face à l’augmentation de l’effectif, ce qui dans bien des cas est à l’origine d’une dégradation de la qualité de l’éducation. Dans le supérieur, les dépenses publiques par étudiant ont chuté, passant de 6 800 dollars en 1980 à 1 200 dollars en 2002, et elles n’atteignaient récemment que 981 dollars en moyenne dans 33 pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne. Le ratio enseignants/étudiants a décru sensiblement, ce qui se traduit par des classes aux effectifs pléthoriques et une charge de travail insoutenable pour le personnel enseignant.
Seul un développement plus largement assis sur le savoir peut conduire à une croissance soutenue. Si bon nombre de pays d’Afrique subsaharienne ont connu une croissance encourageante depuis cinq à dix ans, il s’agit aujourd’hui de trouver comment passer de ce niveau de base solide à une croissance soutenue.
Obiageli Ezekwesili, vice-présidente de la région Afrique de la Banque mondiale et elle-même ancienne ministre de l’Éducation, a souligné dans ces termes les défis auxquels l’enseignement supérieur est confronté et la nécessité d’établir un lien stratégique entre le secteur de l’éducation et la politique économique : « Malgré les pressions sociales et politiques qui incitent à accroître sans cesse les taux de scolarisation dans les établissements d’enseignement supérieur et dans les universités, il faut rechercher un juste équilibre entre cette attente et la nécessité d’améliorer la qualité de l’éducation et de la recherche, et de mieux les adapter aux besoins. Les pouvoirs publics doivent élaborer des stratégies pour former des diplômés qui pourront aider à sortir les pays de la pauvreté, une mission qui n’incombe pas qu’aux ministères de l’Éducation, mais qui fait partie intégrante de la stratégie de développement qui prend sa source dans les ministères des Finances ».
Les ministres des Finances réunis autour de la table ont accueilli favorablement le nouveau rapport, indiquant qu’il arrivait à point nommé et que ses conclusions s’appuyaient sur un travail de recherche approfondi. Certains ministres ont mentionné des exemples de leurs pays respectifs, évoquant notamment le rôle de la diaspora et la fuite des cerveaux, et soulignant la nécessité d’adopter des programmes d’enseignement adaptés aux besoins de l’économie locale, de réformer les systèmes de droits de scolarité, et de faire preuve d’une sélectivité plus rigoureuse dans certaines filières de l’enseignement supérieur. L’intérêt des formules régionales pour faire face aux contraintes budgétaires a également été évoqué par les intervenants.
Ce rapport, préparé en anglais, français, portugais et swahili, sera placé sur le site web de la Banque le mercredi 15 octobre 2008. Il a notamment tiré parti d’une série de consultations avec un groupe consultatif externe constitué d’éminents chercheurs, de responsables gouvernementaux et de spécialistes du développement d’Afrique et d’ailleurs.